mercredi 13 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Sunset boulevard



Norma Desmond, grande actrice du muet, vit recluse dans sa luxueuse villa de Beverly Hills en compagnie de Max von Meyerling, son majordome qui fut aussi son metteur en scène et mari. Joe Gillis, un scénariste sans le sou, pénètre par hasard dans la propriété et Norma lui propose de travailler au scénario du film qui marquera son retour à l’écran, Salomé. Joe accepte, s’installe chez elle, à la fois fasciné et effrayé par ses extravagances et son délire, et devient bientôt son amant ...

Davantage réputé pour son immense talent de réalisateur de comédies, Billy Wilder signe ici probablement son film le plus respecté, une authentique tragédie datant de 1950, mettant en scène l’écroulement d’un certain Hollywood en plein âge d’or de ce dernier. Cet Hollywood de la première partie de l’histoire du cinéma, celle qui s’arrête en 1933 avec l’arrivée du parlant, qui mit instantanément au chômage et donc dans l’ombre à la fois la plupart des stars du muet et bien des réalisateurs, tel Erick Von Stroheim, présent dans le film dans le rôle d’un ancien metteur en scène ayant fait tourner l’ancienne gloire.

A peine mis un pied dans l’immense demeure gothique de l’ancienne star du muet, celui dont la voix off ouvre le film, une voix d’outre tombe en l’occurrence, se trouve pris dans les rets de cette actrice n’ayant plus tourné depuis plus de quinze ans et qui ici vit dans un culte au passé et à elle-même, loin, très loin de la réalité. Cette demeure est autant un mausolée qu’un tombeau ou règne une araignée aussi folle que manipulatrice, dont cet apprenti écrivain deviendra l’amant et en quelque sorte l’esclave avant que d’être la victime.

Le crépuscule de cette déesse des temps anciens, filmé dans un noir et blanc expressionniste ou comme dans le cinéma allemand des années vingt chaque détail est grossi et déformé, et ou Gloria Swanson recrée de manière aussi bouleversante que caricaturale le style de jeu hyper expressif de l’époque, s’apparente donc à une mise à mort qui va comme ressusciter une dernière fois la star en convoquant, pour une stupéfiante descente de l’escalier, les flashes des projecteurs et les micros des journalistes.

Presque morte vivante, l’actrice star d’antan fait son ultime et dernier numéro sous les sunlights après avoir échoué son come back sous la caméra de Cecil B De Mille, et par sa capacité à avaler la lumière sur son passage parvient à étourdir autant la véracité que les présents. Particulièrement grave, Wilder clôt son brulot sur une note de tragique flirtant sur la crête du ridicule sans y plonger et jette une dernière pelletée de terre sur toutes ces gloires oubliées.


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