samedi 30 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Les enfants du paradis



Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

Sixième film de Marcel Carné et avant dernière collaboration entre le cinéaste et le poète Jacques Prévert – juste après Les visiteurs du soir -, Les enfants du paradis est considéré comme le plus grand film français jamais tourné, et un des plus grands chefs dœuvre de lhistoire du cinéma.

Cette fresque en deux parties – avec entracte comme au théâtre ! - de trois heures en tout fut tournée pendant loccupation allemande, et connut plusieurs déboires. Arrêts de tournage, changements de producteur, dacteur – Robert Le Vigan, collabo et antisémite, en fuite en Allemagne – et de directeur de la photo, décors détruits et reconstruits etc. Son budget absolument faramineux surprend pour une époque où lon manquait de tout. Arletty- dans son plus grand rôle -, son actrice principale, ne put assister à la première, emprisonnée à sa sortie pour avoir eu pour amant un officier ennemi.

Les enfants du paradis, présentés au Festival de Venise en 1946, sortirent dans limmédiat après-guerre et connurent un triomphe populaire incroyable, sonnant la fin des années de défaite. La maitrise et la rigueur de sa mise en scène, la poésie et la virtuosité de ses dialogues, lincroyable casting et les performances exceptionnelles de ses interprètes – citons Pierre Brasseur et Maria Casarès -, jusqu’au plus petit rôle secondaire, en font un classique indémodable, une ode à la vie, à lart, à lamour et à la spécificité du génie du grand cinéma français, puisant ses racines dans le théâtre, tant celui de la commedia dell arte que de la tragédie antique.

Situant laction au début du XIXème siècle dans le célèbre Boulevard du crime parisien – entièrement reconstitué par limmense décorateur Alexandre Trauner à Nice -, Marcel Carné recrée un univers où les acteurs de théâtre et de pantomime – avec le personnage, réel, du mime Deburau interprété génialement par Jean-Louis Barrault – se fondent à leur public, fait parfois de grands criminels – le célèbre Lacenaire. Et où les comédiens sur scène répondent au public voire le supplantent. Le monde de Carné et Prévert est une scène où et à lombre, de laquelle tout se joue, jusque dans les coulisses.

Film sur lamour idéal et impossible, incarné par la mythique Garance, laquelle tel un révélateur n’a de cesse de faire naitre les passions, d’aller et venir en toute liberté, et dont l’absence fait croitre le désir envers elle telle une déesse grecque -, Les enfants du Paradis obéissent à la logique de la fresque et du feuilleton à la Alexandre Dumas grouillant de personnages hauts en couleurs. Construit en actes, le film plonge ses protagonistes endiablés dans le chaudron du temps qui passe et expose des figures types, le poète, le séducteur, l’homme de pouvoir et le cérébral, possédant chacun des nuances et des parts d’ombre concourant à une issue dramatique.


Admirablement dialogués, contenant des passages de pure poésie où les répliques prononcées atteignent parfois la somptuosité des vers de tragédies antiques, ce pur chef dœuvre, plus il avance vers son dénouement, plus il concentre au travers de personnages aussi bouleversants que possible une émotion palpable, frémissante, de celles que lon ressent au spectacle de destins dexception lancés à toute allure dans une foule endiablée. Et, comme dans la célèbre chanson dEdith Piaf, emportés par elle dans une folle farandole. 


2 commentaires:

  1. Christophe, Tu as très bien rendu la profondeur humaine , le génie et la complexité de l’être humain ! J’ai vu « les enfants du Paradis « au moins six fois et en sortais toujours nourrie et émue. C’est un véritable miroir de l’ame.

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