lundi 4 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Les autres



En 1945, dans une immense demeure victorienne isolée sur l’île de Jersey située au large de la Normandie, vit Grace, une jeune femme pieuse, et ses deux enfants, Anne et Nicholas. Les journées sont longues pour cette mère de famille qui passe tout son temps à éduquer ses enfants en leur inculquant ses principes religieux. Atteints d’un mal étrange, Anne et Nicholas ne doivent en aucun cas être exposés à la lumière du jour. Ils vivent donc reclus dans ce manoir obscur, tous rideaux tirés.

Le cinéaste espagnol Alejandro Amenabar s’embarque avec un scénario original pour Hollywood, et replonge dans les racines du grand cinéma d’angoisse britannique. Devenu culte depuis sa sortie en 2001, Les autres fait penser autant aux Innocents de Jack Clayton qu’à son modèle, Le tour d’écrou, cette magistrale nouvelle fantastique d’Henry James.

Anachronique en diable, le film pose une atemporalité en cette immense demeure saisie par les ombres dans laquelle les deux enfants vivent, sous la surveillance pointilleuse d’une mère – admirable Nicole Kidman – armée d’un trousseau de clefs. Cette inversion cocasse – c’est la lumière, le danger – par rapport aux habitudes du cinéma d’angoisse permet en même temps de rendre cet univers de survie qu’est l’immense demeure plus qu’inquiétant.

Dans l’obscurité, tout bruit suspect devient matière à frémir, et la musique composée par le cinéaste rajoute une couche de frayeur. D’autant que la lenteur volontaire et hypnotisante du récit, ainsi que le minimalisme voulu – tel un film du siècle dernier Les autres joue sur l’économie d’effets, le minimum devant créer le maximum – renforcent le sentiment d’enfermement à la limite de l’asphyxie. Ce que ressentent et vivent ces deux enfants se confond avec les ressentis des spectateurs enfermés littéralement et interdits d’aller au jardin, sinon pour surprendre une tombe et une silhouette inquiétante.

Sans déflorer l’intrigue, il y a dans le récit et son apothéose un lien direct effectué par le cinéaste entre cinéma et mort. Art de la lumière, le cinéma vit d’ombres, les personnages sur l’écran sont des projections, des ombres donc, pas du côté de la vie. Tels des photographies de disparus en sépia.

Ces autres auxquels le titre fait allusion, qui sont-ils ? Sont-ils ceux qui sont présents à l’écran ou ceux qui n’y ont pas accès, ou encore ceux qui veulent entrer et que la mère entend à coups de portes fermées à clef exclure ? Les autres, sont-ce les vivants ou les morts ?

La révélation finale, tout aussi forte que celle de Sixième Sens, auxquels nombre de spectateurs fascinés ont rapproché cette spectaculaire réussite, offre à tout ce qui a précédé son sens. Effet reflet d’une intrigue se déconstruisant et se reconstruisant dans son énigme. Ce qui fut projeté est à reprendre à de nouvelles aunes, le cinéma est l’art de l’illusion, les fantômes et les morts ont envahi la maison.


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