lundi 4 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Le passager de la pluie



L’action se déroule dans le sud-est de la France. Mélie est l’épouse de Tony, un navigateur de l’aviation civile qui s’absente souvent. Un soir, dans leur villa située à l’écart en bord de mer, la jeune femme est agressée et violée par un inconnu. Cet homme a débarqué d’un bus quelques heures auparavant, trempé et amené par la pluie. Mélie parvient à le tuer, puis elle se débarrasse du corps le jetant dans la mer depuis le haut d’une falaise. Elle pense avoir fait le plus dur, mais le lendemain un mystérieux personnage surgit dans sa vie. C’est Harry Dobbs, un Américain qui s’intéresse de très près à l’affaire dont il semble savoir beaucoup de choses. Il se met rapidement à harceler la jeune femme pour lui faire avouer. Dans le même temps, la police enquête, elle aussi.

Adaptation par René Clément du roman de Sébastien Japrisot, ce Passager de la pluie, gros succès du tout début des années 70, est une magnifique illustration du jeu du chat et de la souris sur fond dintrigue policière et surtout de schéma psychanalytique. Autant lintrigue demeure classique autant la caractérisation des personnages et les rets qui les lient les uns aux autres forment le fond même du film. Lequel doit énormément à ses principaux interprètes, Charles Bronson, tout en sadisme feutré, Marlène Jobert, femme enfant, et Annie Cordy, une révélation.

Mélanie est au début du film maintenue dans un état infantilisant tant par sa mère alcoolique que par un mari absent la plupart du temps. Le viol dont elle sera victime – scène extrêmement tendue et admirablement découpée – par ce fameux passager de la pluie, celui qui descend dun autobus dont dhabitude personne ne descend, cest la déflagration qui manquait à cette souris, laquelle parviendra certes à effacer la trace du corps mais point lacte en lui-même.

Vu qu’un second passager, américain, et très au fait de tout ce qu’elle veut taire – telle une enfant Mélie nie l’évidence avec acharnement jusqu’aux larmes – va à son tour sintroduire dans son intimité. Une sorte de figure paternelle manquante. Qui va jouer avec sa proie, lapprocher, linquiéter, la séduire.

Ce qui est en jeu n est pas tant la résolution dune intrigue sans suspens mais le fait que Mélie devienne une femme adulte, c’est son affirmation qui constitue le sujet central du film. Le personnage de Bronson ajoute à la transgression physique du viol une seconde o combien plus trouble, psychologique. Ou la femme enfant ne peut jouer car les cartes sont tenues fermement en main par un matou qui nentend pas repartir bredouille. Dans ce piège tendu par laméricain, la souris ne peut que céder du terrain et à un moment cesser ce qu’elle et les siens se font les uns les autres en permanence, mentir.

Les sentiments ne seront point absents de cette quête au travers du test du lancer de noix sur la vitre que propose Bronson à Marlène Jobert. Si la vitre se brise alors cest que je suis amoureux, lui confiera t-il avant que de briser la glace littéralement. Puis de repartir une fois la transformation intérieure de lhéroïne actée.


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