jeudi 14 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - JFK



Oliver Stone, qui est de la même génération que Scorcese ou De Palma, est connu pour ses films souvent très engagés, qu’on place à la gauche de l’échiquier politique, et dont le point commun est d’interpeler et d’interroger jusqu’à la paranoïa la civilisation occidentale et plus précisément le pouvoir américain dans ses ressorts les plus profonds. Et de le confronter à d’autres points de vue et d’autres angles au moyen du cinéma, jusqu’à son dernier film, une interview aussi passionnante que de parti pris de Vladimir Poutine, qui on l’a vu fascine le cinéaste.

Lequel depuis son engagement dans la guerre du Vietnam, tant sur le terrain qu’en termes politiques, semble être revenu de loin et remettre en cause tous les fondamentaux des thèses d’état et médiatiques.

Ici il s attaque au travers d’un film enquête à cent à l’heure éminemment subjectif – l’identification entre Stone et le procureur joué par Kevin Costner est totale, le second étant un double du premier – à une remise en cause totale de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy tel qu’il nous fut compté par la commission Warren. Armé d’archives, de lectures d’ouvrages contredisant entièrement la vérité officielle, et aussi de ses propres enquêtes personnelles, Oliver Stone, trois heures durant, s’en va avec un montage frénétique catapulter une à une toutes les pièces et thèses du dossier et les retourner comme un gant, usant en l’assumant de la fiction, elle même facteur évident au travers de l’émotion, du montage et du choix des scènes reconstituées, de manipulation.

Parler de subjectivité assumée est essentiel afin de ne pas d’un revers de main écarter le film, lequel en tant qu’objet filmique regorge de qualités à la fois narratives et formelles. Car Stone le citoyen est aussi et avant tout un metteur en scène, extrêmement talentueux parfois, capable du meilleur comme du moins bon, mais ici à son sommet pour tenir en haleine un spectateur et le conduire là ou il a envie qu’il aille, en clair à reprendre le flambeau. C’est à vous de jouer, dira face caméra le procureur Garrison après un procès d’une heure qu’il aura perdu.

JFK met donc en image un complot ourdi par l’état profond et des agences comme la CIA contre le dirigeant américain opposé à la guerre. Cette thèse dite complotiste est loin d’être la seule, et certainement pas la plus générique, une autre existe qui fait porter le motif du crime à la volonté du président défunt de lâcher face caméra aux américains tout ce qu’il savait sur les véritables détenteurs cachés du pouvoir aux Etats Unis, d’ailleurs il avait peu avant sa mort fait quelques brèves déclarations sur ce sujet. Ce terrain-là, la thèse de Stone ne s’y aventure pas vraiment et reste circonscrite à l’affaire de la guerre contre Cuba et de la Baie des Cochons.

Quoi qu’il en soit, la dimension exceptionnelle de ce sublime film politique qui s’inscrit comme un successeur des meilleures œuvres d’un Costa Gavras ne dépend pas de la thèse de l’auteur mais bien de sa capacité à mobiliser tous les moyens – manipulatoires par essence, j’insiste – du cinéma pour non pas nous convaincre mais nous amener à nous affranchir de ce qu’au dessus on voudrait que l’on croit.

Bien que s’achevant dans un dernier tiers très américain – le fameux film de procès avec les bons et les méchants, lesquels à la fin gagent contre le chevalier blanc de la vérité -, JFK demeure avec le temps un brulot animé par une envie sincère, en prenant une caméra stylo, d’interroger l’Amérique et de tacher d’en puiser la substantifique pureté par le biais d’un art, celui du cinéma. Lequel art sert à déciller les regards et se révèle ici un outil propre à faire trembler les colonnes du temple. Un art – celui de la contestation – dans lequel bien des cinéastes américains ont brillé.


1 commentaire:

  1. Et sorti 12 ans avant JFK, un film francais qui m'avait mis aussi une bonne gifle : "I comme Icare".

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