mardi 5 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Bon voyage



Cétait, en 2003, le grand retour de Jean-Paul Rappeneau, un cinéaste rare, auteur de certaines des plus brillantes comédies du cinéma français, La vie de château, Les mariés de lan II, Le sauvage … Avec à laffiche Adjani, Depardieu, Ledoyen, Attal, et un petit nouveau qui crevait l écran, Gregori Berangère, disparu depuis ou presque.

Bon voyage, sur un scénario de Patrick Modiano, cétait le retour de la grande comédie sur fond historique, ici la débâcle de 1940, lexode à Bordeaux du gouvernement, lavant capitulation. Le tout avec une kyrielle de personnages hauts en couleur tout droit sortis du cinéma populaire dantan, une action soutenue à un rythme sans faille, une mise en scène brillantissime et une caméra virevoltante. Et, surtout, un plaisir immense pris par chacun à participer à cette histoire, certains acteurs, je pense à Depardieu, brillantissime, semblant enfin retrouver un rôle à sa mesure.

Et ce fut un flop, en dépit de critiques élogieuses et unanimes.

Etrange époque que celle ou un cinéma français populaire de très grande qualité ne trouve plus son public, étranglé entre une comédie canal et une superproduction hollywoodienne.

Bon voyage, cest un précipite démotions sur un rythme endiablé, une grande histoire qui se fait rattraper et peindre par mille petites histoires, des destins de personnages puisés dans notre mémoire cinéphilique, lécrivain intraitable, le ministre amoureux, lactrice arriviste, la jeune étudiante idéaliste. Le tout plongé dans le bain dun conflit mondial qui déferle et bouscule les égoïsmes.

Admirablement construit, le scénario écorne la lâcheté de ces hautes fortunes qui ne pensent qu’à sauver leur chemise, pointe du doigt cette frénétique agitation de ces politiciens en exil totalement à louest. Loin de sattarder, Rappeneau et sa virevoltante caméra les saisit en plein vol, nous les fait croiser, ne sappesantit pas, fonce dans les rues de Bordeaux, filme des poursuites dignes de films de cape et dépée, fait parler ses acteurs à toute vitesse. Vite, vite, semble-t-il murmurer à ses protagonistes pendant les prises, le cadre est parfois rempli à ras bord, les personnages se croisent, se bousculent, se heurtent, séloignent, se retrouvent. Et les dialogues pétillent.

Le directeur dacteur se révèle une nouvelle fois époustouflant, parvenant à tirer le meilleur de chacun, à ressusciter certaines gloires enfouies, à réveiller des vocations. Sous son égide, le talent comique stupéfiant dIsabelle Adjani éclate, vingt ans après leur essai dans Tout feu tout flamme, lactrice se revêt dune caricature delle-même, comédienne capricieuse, hystérique et manipulatrice, toujours en représentations et sur la corde raide – bref, irrésistible à chaque apparition.

Bon voyage cest un peu la rencontre de La grande vadrouille et de Casablanca, un cinéma de distraction pure de très grande facture, un bijou de mise en scène, dune absolue perfection sur tous les plans, photo, montage, décors, musique, tout brille, tout est optimisé, une recette perdue depuis longtemps que Jean-Paul Rappeneau le magicien, amoureux du 7ème art comme jamais, ressuscite. Pour notre plus grand plaisir !


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