dimanche 12 août 2018

Prison cellulaire



Il apparut vers le milieu des années quatre-vingt dix de mémoire, dans ma vie tout du moins. Ce petit rectangle, à l'époque plus gros que ceux du jour, comme une espèce de talkie walkie portatif te permettant d'appeler et d'être joint à volonté depuis ta poche. Le téléphone portable. L'outil pratique par excellence, et d'ailleurs vendu comme tel. Finis les retards sans prévenir, la nécessité de rentrer chez soi ou chercher une cabine téléphonique, pour traiter une urgence. Tant de choses autrefois compliquées devenant simples.

Impact évident, et pas forcément que bon, dans la vie professionnelle, le salarié, le fournisseur, joignables à tout moment y compris le weekend à la maison, pas sur que ce soit un réel progrès sauf pour ceux qui tiennent le manche.

L'objet devint le centre de tout, ce vers quoi tout, à commencer par le regard, converge. Dès lors qu'on y intégra appareil photo et vidéo, applications diverses et variées, compte en banque, news, musicothèque, bref toute une vie dans ta poche.
Ainsi créa t-on de toutes pièces en une petite décennie une humanité les yeux rivés sur un tout petit écran faisant écran avec le réel, avec les autres, avec le monde. Tels les touristes japonais dégainant l'objectif avant d'ouvrir l'oeil.

Le pratique devint chaine, aspirateur, contrainte. Pour faciliter ta vie je l'enferme et prends la clef et t'y plonge, toi humain muni de ton cellulaire te voila asservi et enfermé dans une bulle. Ceux qui croisent ta route sont des personnages virtuels de jeux vidéos, tes amis sont devenus des Mario et des Pokémon, collectionne-les et tu auras un tour gratuit au grand jeu de la virtuelle vie.

Le cellulaire est devenu le cerveau disque-dur des humanoides paresseux au point de télécharger tout et n'importe quoi pour s'éviter tout effort, et leurs données les plus intimes sont dorénavant stockées puis revendues par des matrices et des multinationales tributaires des banques rapteuses de vie. Le tout avec un consentement tacite, l'esclave a tacitement accepté le contrat, acheté le produit, mis à jour les logiciels et les applis, Orwell a gagné, par ce simple objet l'esclave a signé son arrêt de mort et avance un bandeau sur les yeux sur la planche dressée au dessus du précipice d'une vie devenue aussi creuse que vide.

Ote-leur leur boite de controle, et ils sont perdus, brebis égarées sans repères quémandant le regard implorant le retour de leur chaine, l'exercice de leur liberté leur est devenu impossible, les fait littéralement souffrir, un manque, comme un drogué addict qui réclame sa dose sous peine de défaillir. La nature, la majestueuse nature qu'il traversait sans un coup d'oeil, elle leur fait peur désormais, privé de son reflet instagram le voila nu et insignifiant. Contraint au silence, au recueillement, à la solitude, à l'isolement, ces petites morts sociales indispensables à une renaissance véritable dont il ne veut pour rien au monde.


2 commentaires:

  1. Bonjour Christophe

    Tout n est-il pas question là encore de discipline,de contrôle de nos besoins réels?
    Savoir éteindre l appareil,sélectionner les sujets selon leur intérêt.
    Rien n est totalement blanc ou noirâtre.
    On peut relever l aspect pratique,la rapidité avec laquelle on peut communiquer,distances abolies,informations disponibles rapidement
    et sentir une menace sourde,l idée que dans cette humanité infantile,pas évoluée,ces avantages peuvent devenir un danger,une arme contre nous et commencer alors à éprouver de la méfiance voire une forme de répulsion instinctive envers ces technologies enrobées de plastiques froids qui peuvent nous faire éprouver un malaise réel.

    En ressentir une perte d intérêt parce que rien ne vaut la création individuelle et dés lors que nous nous attachons à réaliser des oeuvres avec notre cerveau et nos mains ces technologies restent ce qu'elles ont toujours été,un simple outil et non pas un but ni une vocation.Et l envie de télécharger des jeux ou autres choses superfétatoires peut être absente parce que nous pouvons en comprendre la stérilité.
    La méfiance peut prévaloir à l encontre de ces "applications" proposées si nombreuses,une espèce d écoeurement latent dissuasif et l idée qu'en fait nous pouvons nous passer de cet appareil,nous en sommes capables.La technologie,oui mais à la condition de pouvoir tout contrôler à notre niveau individuel sinon elle ne présente aucun intérêt réel ce n est qu'une illusion,un artifice offert par des forces obscures envers lesquelles la suspicion est de règle.Et puis on peut apprécier à ne pas être dérangés donc sachons éteindre les lumières artificielles comme durant les alertes dans un monde en guerre.
    En guerre,c est le cas actuellement.Mais à notre faible niveau d évolution n est il pas toujours en guerre?
    Maintenons le cheval de Troie hors les murs de nos cités intérieures.Rester conscient d avoir un ennemi potentiel entre nos mains.

    Et à ce sujet qui a inspiré ce type de réalisation?D où viennent vraiment les plans initiaux de ces puces microscopiques et autre fatras implantés dans ces appareils?Qui a soufflé semblable concept?Est-ce réellement humain?
    Et quel est le prix du pacte secret conclu avec les propagateurs de ces technologies?

    On aimerait savoir.



    LOUIS

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  2. Il y a de cela moult décennies bien avant J-C (Jean-Claudius, évidemment, pas l'autre), du temps où une communication pouvait vous mettre à la merci d'une standardiste perverse, quelqu'un, dont je tairai le nom parce que je ne me le rappelle plus, disait qu'il ne voulait pas avoir le téléphone chez lui, car il n'avait pas l'habitude de répondre tel un domestique à qui venait le sonner... Bonne hygiène de vie pour qui veut vivre comme un ermite ou que d'aucuns traiteront de fâcheux misanthrope.

    Depuis, l'homme des cavernes s'est fait plus rare au profit de l'homo-connecticus, nouvelle espèce sur laquelle on peut tomber à chaque coin de rue ou qu'on peut entendre près de soi dans les transports en commun vous raconter toute sa vie sans qu'on lui ait rien demandé, ses oreillettes vissées dans ses portugaises, et vous laissant la désagréable impression de passer vous-même pour un importun, à vous immiscer ainsi dans son intimité.

    Souvenons-nous de cette pub géniale - pour une fois - pour un papier-toilette qui sent bon la petite fleur et qui versait dans l'auto-dérision par le biais d'une tablette qui, malgré tous ses mérites, ne saurait vous torcher des fesses... oui, Christophe, l'avenir est dans le papier... cul, tous les libraires le savent. Les gens lisent de moins en moins et regardent de plus en plus les images : c'est le monde de l'instantanéité, où demain sera tout oublié de la veille. Alors pensez à vérifier l'état de vos batteries, et n'oubliez pas les sauvegardes.



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