mardi 7 août 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Lima



Départ navré de Santa Teresa dans un petit bus avec trois francais dont … un complotiste. Autant dire que les trois heures de voyage pour revenir à Cuzco passèrent comme une lettre à la poste. Nous arrivames sur les hauteurs de la ville sous des trombes d'eau, peinames à trouver un taxi libre puis revinmes dans l'hotel bon marché dans lequel nous avions déjà séjourné, pour y rester une semaine.

Puis – moi qui ne rêvais que de montagne et de nature – direction Lima, la capitale. Je redoutais, le bruit, le monde, les voitures, les klaxons … et ce fut le contraire. Un quartier paisible, une très grande ville étendue, moderne par endroits, avec un Eden en bord de mer, l'incroyable quartier des artistes, Barranco.

Ou habitait Jérémie. Jérémie, expatrié au Pérou depuis plusieurs années, était un de mes très nombreux auditeurs. Il avait pris contact avec moi et quelques jours plus tard je partis un midi le rencontrer à Barranco. De là, il nous conduisit sur la terrasse d'un restaurant donnant sur l'océan, ou, conversant des heures et fumant comme des pompiers, nous avalames chacun près de dix whiskies.

Je le sentis immédiatement, je mtais fait un ami, pas un pote, un ami, un vrai, un sacrément bon, un homme avec qui la complicité immédiate est sans nuage, aussi paisible et cool que moi, d'une nature généreuse, un bon vivant, fort drole et profond, avec une biographie tout à fait singulière. Ce fut la première de très nombreuses rencontres, le soir, chez lui, dans sa petite maison. Ou il se mettait aux fourneaux et nous préparait de succulents plats francais. Bonheur que de déguster une succulente viande rouge, chose quasi absente de mon assiette depuis près de un an et demie. Sans oublier les fromages, les frais, les excellents vins que nous buvions, les whiskies, je rentrais souvent quelque peu émêché mais sur un nuage tant nos soirées filaient à toute allure, on passait du sérieux à la déconnade pure, on se passait des clips, du rock, du jazz, de la très bonne chanson francaise, on chantait a capella.

Apres une année et demie de quasi vie monastique, quel bonheur d'enfin me connecter avec une ame soeur. Les soirées avec Jeremie ont participé grandement à ce que ces près de deux mois à Lima soient en tous points exceptionnels.

De la, textes et vidéos à haute dose, j'y entamai le 4ème volume de Sundance, et enfin, à compter de janvier, la vente de mes livres, qui décolla enfin. Il avait fallu dix ans pour me créer un lectorat composé de gens que pour 95% d entre eux je ne connaissais pas. Je décidai d'en offrir aussi sous version numérique, et plus j'en offrais et plus ils se vendaient. Je proposai à chacun sur une capsule filmée de les traduire moyennant 30% des recettes dans la langue concernée, en deux semaines 17 répondirent présent. 

Les finances allaient et venaient, je dus me résoudre, ce ne fut la première fois pas simple car cela touchait à un vieux principe ancré, de demander un coup de mains au travers d'une cagnotte. Devant le mouvement soulevé de bon coeur, je compris que ce principe était caduque, je donnais beaucoup, je pourrais dans le futur inverser les choses, bref il fallait sortir de la logique comptable, quitter encore plus mes oeillères, accepter à la fois de donner beaucoup sans retour ou presque comme je l'avais fait depuis début 2017 en étant dans la dèche, et ensuite accepter de recevoir ce que j'avais semé, avant de pouvoir redistribuer.

J'adorais cette ville, j'ai adoré y vivre. Ce petit restaurant familial avec le plat du ceviche, poisson cru trempant dans du citron et des herbes servi avec de l'ail, cette craquante petite grand-mère servant cafés et sandwiches, avec son adorable petit chien, sous le petit marché blanc. Ce parc des Oliviers, immense, si calme, avec ces arbres majestueux, ou je venais parfois écrire. Ces traversées de la ville le soir ou de nuit en taxi, avec ces tours géantes ultra modernes puis ces zones pavillonnaires chic. 

Lima, c'est – c'est si rare – une capitale à taille humaine ou la nature a conservé ses droits et ou les parcs sont partout. La voiture y est chez elle mais on trouve des zones d'ou elle est proscrite et ou règne le silence. Les habitants y sont paisibles, souriants, aimables, tout sauf speed. Les jeunes y sont fort séduisants, point trop vulgaires, élégants pour beaucoup. Il y a le meilleur de la modernité sans le pire. Je ressentis un vrai pincement au coeur avant de reprendre la route. J'y avais ici vécu des moments en tous points inoubliables. Jusqu' à mon Macintosh que Jérémie avait fait réparer, participant généreusement aux frais. Enfin, un peu moins d'un an après la panne, je retrouvais l'usage de mon matériel de travail. Etre patient, ne jamais cesser d'y croire, les solutions finissent toujours par arriver …





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