lundi 6 août 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Pérou, Santa Teresa



Le départ de Bolivie pour le Pérou résonna positivement, bien que la première étape, Cuzco, ville censée être tout proche du Matchu Pitchu que nous rêvions de visiter, en définitive à quatre heures de voiture, fut ltape la moins intéressante, car bruyante et sale dans l'ensemble, de celles que nous fimes en ce splendide et chaleureux pays.

Arrivés en tout début de soirée après une longue traversée de quinze heures pénible en autobus bondé, nous trouvames à proximité de la gare autoroutière un hotel de troisième ordre au personnel fort sympathique, ou nous nous y posames quelque six jours. De là, je postai de fort nombreuses vidéos, dont certaines, je pense notamment à celle sur les mystères de la mort d'Hitler, obtinrent des scores phénoménaux – plus de 420 000 visions avant que Youtube, effrayé par ce succès, ne bloque quelques mois après les compteurs.

Ce fut a Cuzco le relai de l'image sur lcrit, je mis entre parenthèses quelques semaines lcriture, et découvris à quel point le fait dtre à l'image, de parler aussi naturellement, avec un sens de l'analyse et de la synthèse, créait pour l'auditoire, à quelques exceptions près, un effet très fort. L'affect, la résonnance dtre à être passait, bien mieux ou plutot différemment qu'à lcrit. Ctait ma voix, le ton adopté, le fait dtre posé, réfléchi, de dérouler calmement un long argumentaire, d'utiliser l'humour quand cela était nécessaire, qui créa je ne dirais pas un engouement, mais un authentique mouvement de fond. J'en fus le premier surpris, et constatai qu'enfin sans l'avoir deviné ou calculé j'avais vraiment trouvé le bon bout, la vidéo amènerait aux textes, l'oral à l écrit, lcrivant à un auditorat devenant lectorat. Mais aussi et surtout, je vis se nouer des liens du coeur a partir de ma personne et de mon travail, et commencai a recevoir publiquement ou en privé de très nombreux messages, notamment de jeunes, me remerciant de les avoir éveillés, de leur apprendre des choses, d'être, je les cite, comme un grand frère bienveillant tout près d'eux. J'accueilis, sans prendre cela pour moi, ces marques de reconnaissance par centaines, puis par milliers.

Nous quittames Cuzco pour Santa Teresa, petite ville de montagne à deux heures du Matchu Pitchu. Sachant que l'excursion sur ce site exceptionnel, compte tenu du racket opéré sur le tarif, nous n'en aurions pas les moyens. Ce fut plus pénible à supporter pour Néo que pour moi car à mes yeux mon travail prédominait sur tout le reste. Et puis, j'en étais certain, le site ne disparaitrait pas de sitot et mes moyens dans le futur me et nous apporteraient de quoi le visiter ultérieurement.

Le village de Santa Teresa, ces dix ou quinze jours en hauteur, dans un silence majestueux, celui des montagnes, constitue à mes yeux à ce jour ltape de ce voyage que je préfère. J'ai envers la montagne une adoration, au point dtre certain d'y finir mes vieux jours, à Cilaos pourquoi pas, sur l'Ile de la Réunion, ou a Mafate, là ou la civilisation, la notre, n'est pas. Là, l'apaisement, ces villageois souriants, apaisants, silencieux, pas de radios hurlant de la musique atroce, pas de cris, pas de klaxons, que du silence, le silence de la montagne qui nous entoure et nous veille. Et puis, à cette hauteur, trois mille mètres, le sentiment de planer dans un état méditatif constant.

Le premier jour nous descendimes à trente minutes à pied dans la vallée avec Néo en direction de thermes naturelles, des bains, creusés à même la montagne, une eau claire et chaude, ou se tremper et demeurer immobiles rend on ne peut plus paisible. Avec, autour, les cimes, les arbres tombant sur les fronts de la montagne, les aras et perroquets sauvages, bref le paradis sur terre. Trois ou quatre heures ainsi avant que de rentrer et de se faire dévorer par des hordes de moustiques qui firent de nos bras et jambes des nids de boutons et de démangeaisons.

Depuis le petit village je me perdais dans mes pensées, vagabondais au hasard, pensais le lendemain, je veux dire les dix ou quinze prochaines années. Tout m'apparaissait si clair, si limpide, la place de chacun, les sortis, les sortants, les rentrants, les personnes clefs, le sens de chaque rencontre, les signes semés par la vie, ma place dans le dispositif, et surtout le contexte et son évolution future. Plus ce monde devenait fou et plus je m'apaisais, j'avais réussi à atteindre la quiétude, celle d'un homme qui a beaucoup vécu, qui est tombé, a su se relever, et est devenu enfin lui-même.

Santa Teresa, nous y passames les réveillons de Noel et du jour de l'an. Je réussis une mission, la première réussie depuis plus de neuf mois, ce qui occasionna la veille du 31 un versement significatif. Tout tombait à point, je savais que 2018 offrirait de très significatives différences par rapport a cette année qui s'achevait. J'aimais tant la vie, ma vie, mais aussi la vie en général, ce suc empli me concernant d'irrationnel, à un point tel que m'isoler souvent, conserver cette chose pour moi, en parler très peu, me contenter de lcrire ou d'en parler parfois face caméra, je n'avais plus besoin d'autrui, jtais seul face à la montagne et je la tutoyais.


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