samedi 4 août 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Caagazu -2ème partie



A compter de mon installation au centre sportif en mode camping en solo, mes journées prirent véritablement tout leur sens. Elles furent près de cinq mois durant rythmées identiquement. Réveil aux aurores, 6 ou 7 heures, café froid sous la tente, petite toilette aux lavabos publics, puis départ en direction de différents cafés wifis – au fil de l'eau je trouverai de moins en moins cher. Travail jusqu à 18 heures, puis retour en flanant au camping avec quelques courses sur le chemin du retour. Au diner – un soir sur deux – trois fois rien, des cloppes, une fiole de whisky bas-de-gamme vu l'état des finances. Rêvasseries jusqu au coucher, en général entre 22 et 23 heures. Puis sommeil de plomb.

La nuit sous la tente – une alcove. Respirer à plein poumons, revasser. Parfois être contraint de se lever en pleine nuit pour cause d'orage et de tout déplacer sous un préau en ciment, voire dans une pièce au sol en terre et de m installer sur un lit en bois quasiment mort, dans une odeur de poussière et sans électricité. Du basique de chez basique. Avec parfois un SDF dans la même pièce, avec qui je lierai amitié et qui prendra grand soin de mes affaires, me mettant en garde contre certains voleurs.

Je me ferai deux fois dérober des affaires, dont une fois dans ma poche de nuit mon porte monnaie avec une somme conséquente. Le hasard – qui n'existe pas – fit qu'une nuit ma voleuse vint dormir dans la même pièce que moi. Je lui dis d'un air sévère que je savais qu'elle m'avait volé il y a peu et que je lui intimais l'ordre de dégager. Elle se mit à pousser des cris stridents, avec un regard de possédée, nul doute j'avais vu ou plutot senti juste.

Les propriétaires des cafés wifis, le dernier excepté, le meilleur de tous, charriaient sur les tarifs, parfois l'argent manquait et il fallait faire des contorsions pour obtenir un crédit, parfois ils coupaient eux-mêmes le wifi juste parce qu'ils ne savaient ni négocier ni dire non. Là-bas, couper le wifi juste pour faire chier l'autre, ca résume assez bien la mentalité ambiante, l'abonnement ne compte quasiment rien, ils te surfacturent l'heure et après te coupent s'ils n ont pas leur fric.

J'ai envers une majorité des gens de Caagazu un jugement dur du fait de ce que j'ai vécu là-bas, quand tu es dans la dèche et que tu es face à des gens qui ne rêvent qu'à te prendre le peu que tu as alors qu'eux ont un toit, tu vois tout de suite la vérité des êtres, et dans l'ensemble ce n'est pas fameux. Ils sont pour beaucoup faibles, hypocrites et vraiment incultes, ne connaissant que leur langue, leur ville, ne s'intéressant qu'à l état de leur frigo, qu'au fric, salissant leur nature, délaissant leurs animaux et passant toute la journée sur FaceBook à poster des selfies ou devant un programme abêtissant à la télé en buvant des sodas. Bien des filles ou des femmes sont grosses et peu aimables, ce sont les hommes qui bossent et les baleines tiennent la caisse et disent non à tout. Humainement c'est désolant.

Avec de formidables exceptions. Le couple, le policier et son épouse, par exemple, avec leurs deux petits garcons en très bas age avec lesquel je jouais souvent. Je les faisais rire avec mes grimaces et mes poses clownesques, jouer avec eux me plaisait tant. Et puis ces hommes allant le soir deux fois la semaine jouer au tennis, des vrais gars avec qui j'eus de superbes échanges sur les gradins à la nuit tombée. L'épicière et son mari, juste à coté du stade, chrétiens tous deux et tout à fait conscients des choses. Enfin ce geek énorme chez qui je fus invité, lui aussi un éveillé.

Fort peu donc, mais la qualité rattrapa la quantité manquante.

Je passai parfois voir Néo qui en cinq mois ne vint jamais au stade, pourtant à vingt minutes. Il restait à la maison, assis dans le jardin, s'amusait le plus souvent sur Facebook. Néo, quoi, joyeux et aux petits soins pour sa mémé de pacotille, qui continuait à faire ce qu'elle aimait le plus, encaisser. Envers moi quand je passais, on pataugeait dans la schizophrénie, une fois sur deux charmante, la fois suivante elle me jaugeait d'un air sévère avec un regard qui en disait long. Pour ensuite demander de mes nouvelles à Néo et fondre en larmes le jour du départ. Complètement barrée …

Je parvins quelques jours à faire fonctionner à nouveau le Macintosh et à rédiger deux chapitres de Sundance 3, avant une nouvelle panne. Trouvai un adorable ingénieur en informatique qui travailla des heures gratuitement dessus dix jours pour finalement ne point y parvenir. Me résignai à acheter – 120 euros – un portable neuf, ce qui me permit de reprendre enfin vraiment le roman, et de l'achever en Bolivie fin 2017, mi décembre de mémoire.

Les textes avaient un lectorat impressionnant mais les ventes de mes livres demeuraient au point mort. Pourtant j'étais toujours aussi sur qu'un jour … bref, ce qui se passe depuis janvier 2018, ca se vend et de mieux en mieux. Dix ans, il aura fallu dix ans.

On voulut bouger, on pensa d'abord vers la Bolivie, Néo voulait s'installer en Guyane, je n'y ai jamais cru à ce projet, la Guyane, c'est cher, dangereux, il y règne un racisme anti blanc et le travail y manque. Puis on opta pour l'Argentine, on y alla en bus, on resta quatre jours dans une ville frontalière coté argentin… avant de revenir au point de départ. Beaucoup trop cher, on ne tiendrait pas, impossible de se faire prendre en stop, impasse totale.

Donc retour au camping pour un mois. Avant le départ – enfin – pour la Bolivie.


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