mercredi 25 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 10



Ce fut à l'age de quinze ans, ma chère Yvonne, que j'écrivis, en 1905 donc, le premier texte ou je me présentais en Général de Gaulle, sauveur de la France et Chef de l'Etat. Cela s'appelle, davantage qu’une vocation ou une ambition, un destin, et je le sus fort jeune. Quand je dis que je le sus, c'est que ce me fut révélé lors de mes prières et de mes flâneries. Un jour la lumière descend en vous et vous révèle le sens des choses. Des lors, il suffit d'accomplir le chemin avec force et humilité. Ce que je fis.

Mes racines les plus profondes, je les tiens de ma mère, catholique fervente et intransigeante patriote. On trouve dans nos ancêtres des royalistes, il y eut même un de mes aïeux qui échappa à la guillotine. Les De Gaulle puisent leur sang dans celui de la France éternelle, celle des rois représentant Dieu sur Terre. Je ne puis dire que je suis de ce pain-là, que je militerais pour le retour d'un roi, quoique … Disons que j'y suis secrètement sensible mais que je fais avec mon temps, ce qui est la raison d'être et l'essence d'un militaire de haut rang, composer avec le terrain, savoir certes voir haut et loin mais demeurer fermement les pieds sur terre. On ne remporte aucune bataille, aucune victoire à rêvasser et à s'imaginer accomplir des lubies. Un stratège n'a d'autre choix que s'appuyer sur le réel pour mieux le transcender et prendre à bras le corps une nation pour la rehausser.

Ce que je tachai de faire toute ma vie, sans réussir loin s'en faut à chaque coup. Mais il y eut – quand même – de bien belles victoires. Ephémères, ma chère Yvonne, oui, je le sais …

Jeune adolescent j'étais ce qui s'appelle fougueux et de commerce taciturne, distant avec mes condisciples, que je trouvai pour la plupart fort légers, quelque peu prétentieux et o combien peu ambitieux. Se contenter de mettre les pas dans ceux de leurs pères – très peu pour De Gaulle, qui lui, à cet age fort jeune, savait vers ou il se dirigeait, déjà. D'ou, cela m'en couta alors car ce caractère entier n'était pas encore construit, ces critiques incessantes, ces agacements de certains de mes professeurs d'alors, n'admettant pas ce regard, ces refus de ma part d'obtempérer, de croire leurs dires parce qu’ils étaient protégés par un titre et avaient un age respectable. Je n'étais point irrespectueux, simplement déjà convaincu intérieurement qu’eux et moi ne jouions pas dans la même cour. La suite me donna raison, et il m'arriva d'en rencontrer bien après tel ou tel, qui revenant sur ces années-là, reconnurent l'évidence.

Un destin n'est pas une croix, ou alors de Lorraine, c'est-à-dire, ma chère Yvonne, un honneur que d'être distingué du commun des mortels pour entrainer au Nom de Dieu ses enfants. Je ne fus, je ne serai jamais qu’un dépositaire, le dépositaire humble d'une autorité supérieure, et justement parce qu’elle est d'essence divine qui se doit de demeurer ferme dans l'exercice de son pouvoir terrestre. Ce que Dieu exige se doit d'être exécuté sans palabres, d'ou mon autoritarisme, car ces hésitations, ces piaillements, ces reculades et ces peurs si humaines n'ont pas leur place dans l'exercice d'un pouvoir qui, contrairement à ce qui fut tant et tant dit et répété, fut tout sauf solitaire.

Un homme, une nation, un peuple, ainsi va la France, ainsi va t-elle quand elle va bien, songez-y, Saint Louis par exemple, quel bel exemple, n'est-il pas vrai. Sainte Jeanne, ah ! Sainte Jeanne, l'esprit même de la résistance, de la pureté, de la sainteté personnifiée, le regard droit devant ses bourreaux, le regard perclus de larmes mais tourné vers les cieux tandis que les flammes brulaient son pauvre corps. Dieu que cette femme, que dis-je, cette figure bouleversante, incarne à mes yeux ce qu’il y a de plus beau en ce Royaume de France.

Je tachai donc, ma chère Yvonne, et vous me surveillâtes avec une sévérité toute méritée afin que je puisse accomplir ma tache, un des descendants, le dernier à ce jour, de Jeanne, de Saint Jeanne d'Arc, cette si jeune bergère qui à quinze ans leva une armée.


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