dimanche 22 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 7




Quand on a fait ses classes dans des écoles chrétiennes puis à Saint Cyr, on connaît son histoire de France. Pas celle que l'on apprend sur les bancs des écoles de Jules Ferry, non, la vraie, celle de la fille ainée de l'Eglise et de son ennemi héréditaire d'outre Manche. C'est avec ce prisme que je pus une fois posé un pied sur le sol d'Angleterre définir et connaître la ligne qui fut et demeura mienne jusqu’au bout. Ne jamais céder. Composer parfois si nécessaire, mais maintenir fermement sa position. Les anglais, ce Lord Halifax par exemple, s'opposaient à De Gaulle, entendaient le circonscrire, l'utiliser tel un pantin. A leurs yeux Giraud était plus malléable, ils l'auraient préféré mille fois comme interlocuteur. L'appel du 18 juin, ils n'en voulaient pas, de peur d'effrayer Pétain, ils me firent biffer une phrase, je dus accepter, c'était le prix de la liberté.

Je fis là-bas la connaissance de la Reine d Angleterre, cette Elizabeth dont je vis quelques clichés, enfant, faire le salut nazi. Le duc d'Edimbourg, tout-à-fait complaisant envers ce monsieur Hitler. Leurs firmes, les firmes américaines, certaines de France également – le patronat, ces pleutres, firent commerce tout du long avec le régime nazi, lequel put prospérer grâce à eux et lever une armée contre nous. Tout cela était présent à mon esprit lorsque respectueusement je fis une révérence toute protocolaire.

La couronne d'Angleterre, nos livres d histoire me l'apprirent jeune, fut usurpée par les Windsor. Ceux-ci ne durent leur rang qu’à leurs compromissions avec les usuriers, ce que la Sainte Bible proscrit. La lutte acharnée de l'Angleterre contre la France, c'est ca, la source est ici et pas ailleurs. Je sus donc que je m'étais refugié dans le nid même du mal, chez ceux-là qui avaient financé pour grande partie notre ennemi du jour, lequel n'était qu’un pantin que l'Histoire balayerait.

Churchill, Dieu que cet homme était complexe, nous passâmes des jours et des soirées ensemble à dialoguer, à nous jauger, à négocier. Diable d'homme, grand amateur d'alcools forts et que l'ivresse ouvrait à davantage de sincérité. Nos relations furent aussi orageuses que passionnantes, j'étais là face à une stature d'exception, à un homme roué, malicieux, pas dupe, et aussi capable de chaleur. A ses cotés je pouvais parfois mettre cartes sur table et tonner de la voix, tonner un refus, le regarder droit dans les yeux et attendre le petit sourire à la commissure des lèvres, signifiant un tardif acquiescement. Je fus béni d'avoir eu cet adversaire, il fut d'une grande qualité et m'aida finalement souvent bien plus que je ne l'aurais cru.

J'eus par contre davantage de mal avec Roosevelt, que je vis peu. Un franc-maçon, d'un grade élevé, sur de lui, idéologue à ces heures, et à mon sens sans racines véritables si ce n'est idéologiques, c'est-à-dire pas grand chose. Son New Deal, je lui avais alors signifié, ne pouvait qu’entrainer un retour de balancier, ce qui eut lieu lors du maccarthysme. Trop prendre au haut du panier, c'est s'assurer d'une vengeance, et celle-ci fut terrible contre les américains.

J'ai envers ce peuple d'outre atlantique un authentique respect, en même temps je ne puis faire autrement qu’adopter une certaine forme de condescendance à leur égard. Leur chaleur humaine m'est toujours apparue comme une marque d'adolescence, le rêve qui est le leur fut bâti sur un génocide, leur histoire, fort récente, est mensongère. L'arbre n'a donc pas de racines profondes, et celles-ci sont mal irriguées, ce qui explique ce décalage entre le verbe et le sens, cette difficulté qu’ils ont à prendre de la hauteur sur l'instant et par rapport à eux-mêmes. Ils sont fort doués, fort roués pour les affaires, et se mêlent bien trop des affaires des autres, de celles de la France, que dès 1944 ils ont tenté d'annexer, culturellement surtout. Ce à quoi je me suis opposé de toutes mes forces, refusant cette Europe vassalisée qu’ils nous préparaient pour lui substituer une Europe des Nations. Cela, je le compris aussitôt, était à leurs yeux une déclaration de guerre, de même le refus de rentrer dans le commandement intégré de l'OTAN, cette chose … La France, la France éternelle, la fille ainée de l'Eglise, sous commandement américain, moi vivant, jamais !

Je fus donc leur ennemi, leur ennemi selon leur logique guerrière, car à mes yeux ils n’étaient pas les ennemis de la France en soi, ils l'étaient, ils le devenaient par leurs actes par-en-dessous, mais je leur opposai un dialogue, ma porte, la porte de De Gaulle, la porte de la France, leur était tout autant ouverte qu’à l'URSS ou à la Chine de Mao. La France parle à tous, la France parle à chacun, et la France, la voix de la France, ne se confondent avec personne.

Ainsi, ma chère Yvonne, ai-je du mieux que je pus tenté d’incarner tant bien que mal ce grand pays sur le sol duquel, dans cette belle ville de Lille, je suis né. 


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