jeudi 19 juillet 2018

Le crépuscule du grand Charles - Dialogue 4



Ces sombres jours de mai, ma chère Yvonne, ou sous nos yeux le pouvoir sest de lintérieur délité, ou dans les rues de Paris une jeunesse manipulée sélancait contre des forces de lordre parfois effrayées du tournant que prenaient les choses. Depuis notre chambre du palais de lElysée, nous entendions, tard dans la nuit, résonner les bruits des échaufourées, ni vous ni moi ne trouvions le sommeil, nous étions comme tétanisés, nous souvenant de la Place de la Concorde en 1945, de la descente des Champs Elysées, de tous ces moments de paix, de liesse et de gloire. Et là, quasiment sous nos yeux, la chienlit, linsurrection, la révolte, les pavés, les voitures en feu, la moitié du pays qui se révolte contre lautre, quoique la moitié, non bien sur, bien moins, mais si violente, si extrémiste, si dechainée …

Jai vu à lexception de Pompidou chacun faire ses valises, le pouvoir désertait, les ministres prenaient peur, se confondaient avec les courants dair, peur dune résurgence de la guillotine, peur de nimporte quoi. Des pleutres qui navaient jamais rien connu que les ors des palais de la république, et qui craignaient pour leur vie, comme si cétait ca le sujet, la France, manipulée par lagence des américains, se disloquait de lintérieur, et eux, eux les tenants du pouvoir, comme en 1940, quittaient un à un le navire.

Je vis, ce fut la première et la dernière fois de ma vie, léchec, le terrassement, à bout de lorgnette, cette possibilité criante dun renversement de tous lesordres, larrivée dun chaos orchestré depuis létranger, la France qui tombe, sécroule, la statue du commandeur qui sonnée met un pied à terre puis choit de son socle et se brise en mille morceaux. Je me suis vu moi, De Gaulle, choire, tomber, et ne plus me relever. Je me suis vu, en cette sombre nuit, vieux, presque mourant, desarmé, sans ressort et abandonné.

Alors je suis parti. Avec vous, sans rien dire à personne. Nous sommes partis à Baden Baden trouver du souffle et de la hauteur, jétais tombé, je devais, la France devait se relever. Ce fut Massu, le fidèle Massu, qui nous ouvrit sa porte, et comprenant mon immense désarroi, il me sermonna. Il me sermonna, ce fut le seul dans ma vie qui le fit, et je lacceptai, ses mots durs et tranchants, il me fallait les entendre et je les fis miens, après quelques heures le vieil homme fourbu remonta sur son cheval et repartit sabre en lair au champ de bataille. Non De Gaulle ne pouvait laisser cela se faire sans faire un coup déclat, un de plus, la botte secrète du militaire, la carte sortie à la surprise générale, cette disparition, je le compris, était une chance, il y eut un trou dair, un manque, une peur nationale, la perte du père, la perte de tous les repères des francais, des vrais francais. 

Et ceux-ci, à mon retour, macclamèrent et par centaines de milliers sortirent de chez eux et une seconde fois, plus de vingt ans après la libération, envahirent les Champs Elysées.
Ce fut lappel du peuple, celui de France, lappel des profondeurs, lécho, un écho immense et majestueux, et je lentendis et à nouveau me sentis à la place qui est mienne, celle dune incarnation nationale, au-dessus-de la melée, au-dessus-des partis, de tous ces politicards de pacotille, ce pauvre Mitterrand, totalement dépassé par les évènements, ratant son putsch grotesque, un débutant, un bleu que celui-là qui me mit en ballotage. Ah ca ce fut une résurrection, une résurgence, un retour aux sources. Et je pus ainsi dissoudre lassemblée, me séparer de Pompidou le fourbe, et moffrir pour un an encore un peu de tranquilité.

Les diables, ce Cohn Bendit commandité par qui on sait, cet allemand infiltré, je le fis expulser, et pour quelques années, avant que les mêmes intérêts manigancent pour le faire revenir au bercail, sur ce sol quil macula, lui et les siens. Oui ma chère Yvonne, relisons ensemble Dostoievski, relisons Les possédés, tout y est dit sur le véritable visage de ces révolutionnaires apatrides, pire que la chienlit, la racine du mal, le culte de lorgueuil, la dégénérescence des moeurs. Ah, quon ne dise point que je sois vieux-jeu, on ne peut dignement défendre lindéfendable mais le combattre ardemment, et le chasser, oui, le chasser telle une lèpre.

Je devins, jétais devenu, je le savais, en souffrais parfois, mais sans jamais me renier, quelque peu en décallage avec la permissivité ambiante, ces femmes soudain nues exhibant ce quelles nomment leurs charmes et exigeant de nouveaux droits, comme si moi, De Gaulle, les avait jamais confinées aux fourneaux. Des droits oui Mesdames, mais des devoirs, des devoirs aussi, être francaise  cest cela, cest être digne, élégante, dévouée, discrète, peu dispendieuse. Comme vous, ma chère Yvonne. 

Ah que votre présence apaisante, ah que vos remarques parfois rèches soulagent le vieux chêne. Vous futes et demeurerez jusquà mon dernier souffle le suc de ma vie. Et je vous en remercie. 


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