dimanche 29 juillet 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Néo



Le voyage, sa durée, son contenu, le point d'arrivée, ce vers quoi je me dirigeais et à quelles fins, tout ca apparut en une fraction de secondes, très calmement, et j'entendis le message. Je ne l'avais en rien décidé ou imaginé, ca venait d'une inspiration supérieure, à moi de l'exécuter.

De même partir avec Néo, son visage, sa présence à ses cotés s'étaient imposés au même moment, je le savais dans une impasse, à Granville, cette ville ou plus de deux années durant il avait veillé sur son père, décédé mi décembre 2015. Il lui fallait prendre le large, l'un puis l'autre de ses parents n'étaient plus, j'avais été à ses cotés aux deux enterrements, avais écrit et prononcé à six ans d'intervalle les deux oraisons funèbres, tout cela qui nous avait unis, fait se séparer puis se retrouver depuis plus de dix ans avait un sens, faisait sens, il serait, il était déjà, mon complément, non plus mon amant mais mon ami, le meilleur, en ce sens le plus complémentaire. Mon opposé et mon pendant.

Je l'appelai le lendemain, lui proposai, il hurla de joie et dit oui au bout de quelques secondes, ca tombait sous le sens pour lui, il n'avait plus d'attaches, seulement des poids dont se défaire, je serais la tête et lui les jambes, il a un sens pratique qui parfois me manque, moi ce furent les années d'université, lui qui quitta écoeuré l'école en fin de troisième ce fut l'école de la vie, autant dire complémentaires, ca oui. Caractère fort comme le mien posé sur un relatif manque de confiance en soi – qui cela dit progresse -, et comme moi capable d'assurer quand il le faut. 

En un mot – fiable.

A peine revenu à Paris je partis le retrouver à Granville, revis son tout jeune collocataire, fis connaissance de Shadow. Il travaillait, un job de nettoyeur de trains, pas bien payé comme toujours. Je lui dis, ca va, finies les galères, tu as assez donné comme ca, j'assurerai pour deux. Il acquiesca. Lui dont l'adage est Ne grandissez pas c'est une arnaque, ne pas travailler comme un esclave pour des clopinettes ca lui va très bien, et ca, je l'entends enfin.

On avait fixé le départ à fin décembre, puis on l'avanca au 5 décembre car il avait trouvé un tarif imbattable, 289 euros seulement pour un aller à Rio via Casablanca. Avant d'avancer au 5 novembre pour le même prix, un mois plus tard. On était déja partis dans nos têtes, pourquoi retarder, faire durer le déplaisir de Paris, connaitre les premiers froids. On prit les billets par internet aussitot. Voilà, c'était bouclé, impossible de reculer.

Nous partimes sur Paris, nous installames dans le 3 pièces en travaux et primes la chambre de ma collotaire absente. Un de ses amis avait pris ma place, un garcon que j'aimais beaucoup, fort sensible et intelligent, avec qui j'eus de bien beaux échanges. Elle l'avait bien casté. Je compris par lui à quel point mon départ la desarconnait, je ne pouvais hélas que faire ainsi, j'avais à ses cotés passé trois années dont nous pouvions être fiers, cette femme est vraiment quelqu'un de formidable et de rare avec un potentiel inoui, mais ma présence à ses cotés, l'équilibrant presque, servant d'appui, justifiait presque son immobilisme, il fallait je pense pour elle qu'elle bouge, qu'elle remette en cause l'existant, ce n'était pas simple du tout, nous n'avions plus le meme rythme, j'avancais soudain à toute allure et elle faisait du surplace, ca arrive dans la vie, ne pas être synchrones. Bah nous nous retrouverons d'ici quelques années, et je tacherai de lui offrir son rêve sur un plateau d'argent, d'ici là beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts.

Je sentis Néo parfois tendu, les choses matériellement ne se passaient pas comme prévu, mon interdiction bancaire j'étais parvenu à la contourner, il ne partageait pas mon optimisme de fer, ses peurs remontaient parfois, pas évidentes à gérer. Je decidai de contourner, de le laisser se plaindre, de ne pas répondre sur le fond. Et d'avancer. Avec lui, parfois malgré lui.

La première année ses indemnités nous sauvèrent, mes rentrées, il y en eut peu, significatives pour certaines mais les siennes avaient le mérite de la régularité. Il tint le bateau et me mena parfois la vie impossible par peur, je lui disais, tu t'angoisses pour rien, tout va finir par rentrer dans l'ordre. Un an comme ca, jusqu'à novembre 2017, la fin de ses allocs. Miraculeusement à compter de, mes rentrées, régulières cette fois, prirent le relai. Et ca continuera ainsi jusqu'au bout.

Je lui ai dit un jour de 2017, ton reve de paillote sur une ile je te l'offrirai, en attendant profite et amuse-toi j'assure pour deux. Ca me convient parfaitement, l'un travaille tous les jours tandis que l'autre se divertit, ou est le problème, ca se complète admirablement, j'ai mon espace et mon temps pour moi, je cultive ma solitude, nécessaire pour construire cette oeuvre gigantesque, et les premiers résultats étant là, j'ai gagné une paix royale. Il est enfin en confiance, il est épaté par le tour des choses, ce que je lui avais annoncé avant le départ est en train de se réaliser sous ses yeux, et il en profite sans abuser. Royal je vous dis.

Quand, c'est arrivé quelques fois, l'un a un coup de mou, l'autre assure pour deux. Ca marche dans les deux sens. Il est plus souple de caractère que moi et est en même temps capable de se braquer pour trois fois rien. Quant à moi, je suis déterminé et peu voire pas ouvert du tout aux compromis, quand une situation ou un individu ne m'attire pas je ne fais même pas semblant, je n'ai tout simplement plus de temps pour ca, j'ai donné avant. Il y a des gens, c'est ainsi, tu ne pourras jamais compter sur eux, tu n'es que dans une comédie des apparences, j'ai suffisamment étudié la nature humaine et donné à perte, à présent j'impose mes choix sans rien imposer à personne. Et je baisse le pont levis dès que j'en ressens le besoin.

Je le vois épanoui, serein, confiant, rieur, et bien plus mature à présent qu'auparavant. Je sais que je n'y suis pas pour rien, en même temps sans lui cette aventure aurait été du domaine de l'impossible, j'avais et ai besoin de ce partenaire de premier choix, ami fidèle, solide, qui a bon coeur et sait facilement se faire apprécier de tous, bien plus que moi qui attire aujourd hui comme toujours des avis tranchés en bien comme en mal. Ca l'agace quand je lui dis que les premiers de classe n'ont que faire des avis ou jugements des bonnets d'ane, car il le prend pour lui, lui que l'école a maltraité. Alors que justement je considère qu'il est lui aussi, dans son genre, bien différent du mien, un autre premier de classe.


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