samedi 28 juillet 2018

Carnets de voyage intérieur en ce monde - Prologue


Pareil voyage, intérieur s'entend, dans le corps de plus de vingt pays sur une durée de six ans, loin des siens, loin de tout, accompagné de son meilleur ami et de son chat, ne peut se faire sans une préparation intérieure soutenue. Il faut etre prêt, c'est-à-dire avoir pu endosser suffisamment d'épreuves forgeant le caractère et la volonté, car de l'inconnu, de ce saut dans le vide ou tout peut advenir, le pire ou certaines de ses variantes se dressent sur le chemin. Cet inévitable qui advient pour tester l'endurance et la force, mieux vaut l'avoir appréhendé auparavant et en être sorti victorieux. Ainsi l'épreuve glisse t-elle sur toi comme l'eau sur les plumes d'un canard, et bien que sinueuse, la route du chemin de vie est-elle bien traversée par une calèche dirigée par le voyageur intérieur et non pas le cocher, lequel ne fait qu'exécuter les ordres.

Il fallut une première aventure, en ce mois de décembre 2008, que je contais dans cet ouvrage autobiographique, Une déflagration salutaire, au Brésil, pour découvrir émerveillé une première fois à l'age de quarante trois ans ce qu'est la liberté. Un lacher prise, un voyage décidé à la dernière seconde, un départ seul, à Rio, là ou je ne connaissais ni la langue ni personne. Ce furent douze jours d'émerveillement absolu, une re-naissance, toucher du doigt avant de revenir à quai pour y vivre une première et douloureuse dépression ce qu'est vivre déchainé, c'est-à-dire sans chaine aucune.

Un second départ deux ans plus tard à peine pour vivre sur une ile lointaine, la Réunion de son nom, et une seconde fois expérimenter ce qu'est vivre réellement, cette fois plus longtemps, cela dura plus de neuf mois pleins. Avec, la-bas, l'initiation au chamanisme, ce rituel ancestral ouvrant des portes sur l'au-delà et sur l'en-dedans. Là, j'y pus vivre des expériences surnaturelles, découvrir certains pouvoirs, établir des connexions qui n'avaient rien de rationnelles. Et une seconde fois vivre sans attaches, sans obligations et donc sans peurs.

Pour une deuxième fois tomber à nouveau, deuxième dépression, quitter l'ile, revenir au point de départ, redécouvrir les barreaux de la capitale, les habitudes, les mêmes têtes, la vie emmurée, l'ennui, et la peur, la peur de manquer d'argent, créatrice à elle-seule de ce qui fut ma troisième et dernière dépression.

Survenue quelques mois après une nouvelle libération, cette traversée en vélo onze jours durant de la France depuis Paris en direction du Lot, onze jours en été à sillonner les routes de France, à force de délivrer le corps de ses tensions en pédalant, le corps se libère, puis l'ame s'ouvre, et par bribes, des flots d'intrigues, des flashes de ce qui devint Sundance, mon plus important roman. Dont j eus la vision par morceaux lors de ces onze jours, et dont je batis la structure le lendemain de la fin du périple, assis sur le gazon de la maison familiale. Puis d'en entamer la rédaction trois jours plus tard, de noircir en quatre mois plus de trois cent feuillets, jusqu'à arriver à cette rupture financière d'ou revint les peurs, lesquelles tarirent pour deux ans et quelques l'inspiration.

La plus longue des trois dépressions, la plus pénible, la plus monotone, dix-huit mois interminables ou remplir un jour assombri quel que soit le temps fut un calvaire. Jusqu'à un certain réveillon de 2015 à 2016 sonnant enfin la fin du cauchemar.

Une rencontre lumineuse et pleine de sens deux semaines seulement après, puis le commencement d'une histoire d'amour avec un tout jeune homme un mois plus tard, une magnifique jeune pousse au passé inconnu de lui tumultueux, un éden amoureux, magique, jamais vécu auparavant. Puis l'amour qui du fait d'un comportement de sa part soudainement changeant et inquiétant s'effrite de l'intérieur, révélant un déséquilibre intérieur, le mien en plus du sien, la nécessité de m'atteler au mien pour tacher de sauver les meubles, une hypnothérapie courte mais dense, la décision de rompre, son refus, un enchainement irrattrappable de chocs et d'entrechocs, une soirée d'anniversaire culminant le climax, ma douleur explosant et sortant enfin de moi, nettoyage du passé réussi, une échappée de deux semaines dans le Lot, un accident cardiaque, mon deuxième, un retour à Paris, des retrouvailles plus que désolantes annonciatrices de l'échec inévitable, une décision de partir seul sans lui à Athènes sans date de retour prévue, son incapacité à rompre avant mon départ tandis que je lui tendais une perche, mon départ enfin pour, là -bas, et de là, une renaissance de fond en comble, le point final donné au second volume de Sundance, la parution du premier, une révélation somptueuse, tout enfin s'éclaire et s'ordonne, le passé, le présent, l'avenir, un monde qui soudain m'offre toutes ses clefs ou presque et la décision de partir loin et longtemps.

J etais prêt. Le passé etait digéré, la route claire, l'intention et le but à atteindre lumineux et l'horizon dégagé.



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