dimanche 13 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mr Smith au sénat



Le sénateur d’un état de l’Ouest américain vient de mourir. Sam Taylor, homme d’affaires véreux et magnat de la presse locale, ordonne au gouverneur de nommer à sa place un homme de paille, « qui obéira aux ordres » – c’est-à-dire qui ne remettra pas en cause un projet de loi destiné à l’enrichir encore davantage. Le choix du gouverneur se porte sur Jefferson Smith, chef des scouts du coin, un idéaliste naïf et sans expérience que l’on pense pouvoir manipuler sans trop de difficulté. Mais Monsieur Smith, aidé par sa charmante secrétaire, finit par découvrir le complot, qu’il n’aura dès lors cesse de dénoncer et de faire échouer.

On a tendance à considérer Franck Capra comme un optimiste béat, comme une espèce de Lelouch à la sauce yankee. Ce que certains de ses films, celui-ci surtout, contredit. Non que Mr Smith au sénat ne donne de la démocratie américaine telle qu’elle devrait être une vision quelque peu faussée au travers de cet honnête Mr Smith – lequel va s'agenouiller devant la statue de Lincoln, lequel quand on creuse … Mais la façon toute didactique avec laquelle Capra expose son absolue dévoiement au profit des puissances de l'argent constitue tout de meme en cette année 1939 un véritable coup de pied dans la fourmilière des vendus que sont bien des sénateurs américains.

Le quidam – Smith est un des noms les plus répandus aux Etats Unis – prétendument homme de paille va par son intégrité revivifier un système démocratique représentatif que le cinéaste refuse de jeter par-dessus bord. Pour lui et pour son personnage idéaliste guerrier, le problème n'est pas tant le système que sa perversion. Etre acheté ou brisé, tel est la ligne de conduite que fixe le riche magnat contre ce Gulliver qui ose se dresser sur son chemin. Pour cela toutes les manettes sont utilisées sur un plan légal et le film montre de manière didactique tout le processus législatif à destination de ses concitoyens.  A la fois le cadre légal qui permet à une loi de naitre et le processus de détournement possible.

Pressions il y eut sur le patron du studio ayant produit le film pour empêcher sa diffusion en Europe. Comme par enchantement – le producteur refusa – les pays alliés des Etats Unis lui firent un triomphe, tandis que les pays de l'Axe l'interdirent. Ces dictatures comprirent en effet le lien évident entre la démocratie dévoyée et leur propre système ou les collisions entre argent financeur et politique constituent le socle de faisabilité.

Alors candeur et idéalisme oui, vision naïve des fondations de la démocratie américaine appréhendée comme un El Dorado atteignable. Capra dessine une utopie en y croyant fermement – comment le lui reprocher … Comment ne pas s'identifier a ce courageux citoyen élu qui seul se dresse contre les colonnes du mensonge et de la manipulation … Comment ne pas saluer l'extrême noblesse de son combat, ne pas être touché par cette voix qui d'épuisement se brise puis renait encore plus forte jusqu’à faire trembler les murs du sénat …

Il y a dans le rêve américain, c'est écrit dans les termes, une part significative de REVE. C'est à elle que se rattachent comme un forcené Capra, le scénario de Sidney Buchman – membre du Parti Communiste américain et cible dans les années 50 du maccarthysme – et ce magnifique Mr Smith auquel le merveilleux James Stewart prête son visage et sa voix.

Cet acteur – fidèle parmi les fidèles du cinéma de Capra – est par essence une des plus belles incarnations jamais découvertes par Hollywood de l'ame américaine dans ce qu’elle a de plus noble. Ce Mr Smith c'est Mr Stewart. Homme admirable, Tout sauf un comédien.


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