vendredi 11 mai 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Histoire d’Adèle H



Elle a fui sa famille, son père, son nom, lequel est lourd. Hugo, l'écrivain exilé à Guernesey. Amoureuse éperdue du Lieutenant Pinson, Adèle s enfuit à sa recherche, le débusque sur une ile anglaise, se refugie dans une pension, sous un faux nom. Son identité lui pèse, elle veut retrouver ce qu’elle a perdu, l'innocence, l'amour, car elle fut éconduite mais semble incapable de faire autre chose que ce que produit son père, réécrire l'histoire, la sienne, l'Histoire d'Adèle H, un H muet qui ne dit son nom, réécrire sa vie et en faire un roman.

La réalité la rattrape de nuit lors d'un sommeil peuplé de cauchemars de noyades, elle suffoque et se débat contre ses fantômes. De jour elle fonce tete baissée acheter du papier et telle une furie passionnée, écrit, écrit, écrit encore, vite, comme si la vie allait manquer, cet amour passion qui se défie du réel semble la consumer de jour en jour.

Lorsque l'incarnation – vide, presque vulgaire – de cet amour vertige tendant vers la mort et la folie entre dans la pièce, face à son refus répété, elle passe des mots d'amour aux cris de haine, aux menaces, puis aux larmes. Adèle – Isabelle Adjani, vingt ans à peine, sublime, son premier très grand rôle – s'en va alors lentement tel une barque abandonnée sombrer, fuir, se fuir, errer telle une morte, une silhouette titubant entre vie et mort, errant le long de la jetée, visage brisé, cœur en loques et regard de folle.

Le superbe film de François Truffaut nous entraine sur des rives qu’il connaît pour les avoir expérimentées lui-même plus d'une fois, lui, l'homme qui aimait les femmes à en mourir d'amour s'identifie à cette héroïne désespérée qui ose affirmer que ses désirs les plus fous et les plus beaux ont davantage de poids qu’une triviale réalité, fut-elle associée à un nom légendaire, celui de ce père absent dont Adèle ne répond plus aux missives.




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