jeudi 5 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Coup de torchon



En 1938, Lucien Cordier est l'unique policier de Bourkassa, un village sénégalais. Veule et opportuniste, il veut contenter tout le monde : Huguette, son épouse irascible, Nono, son beau-frère, ainsi que Le Péron et Léonelli, les deux proxénètes locaux qui ne cessent de l'humilier. Lucien trouve son seul réconfort dans les bras de sa maîtresse, Rose, une femme régulièrement battue par son mari. Lorsque son chef lui conseille de ne plus se laisser ridiculiser, Lucien prend aussitôt conscience de sa médiocrité. A peine rentré au village, il élimine froidement Le Péron et Léonelli et parvient à en faire retomber la faute sur son chef...

Librement transposé en Afrique d'un roman noir de l'américain Jim Thomson, ce Coup de torchon sonne le retour d un des meilleurs scénaristes du grand cinéma français, Jean Aurenche, de l'après-guerre ainsi que d'un chef décorateur de très grand talent de la meme époque, Alexandre Trauner. Ne serait-ce que par ces deux choix, Tavernier indique la filiation. Coup de torchon est bel et bien le retour du cinéma de Marcel Carné et des grands de ladite époque.

Située dans l'Afrique d'avant guerre dans une petite bourgade ou les sots le disputent aux félons, et les racistes aux minables, cette truculente farce ou un shérif froussard se retrouve à endosser les habits d'un Christ vengeur tuant un à un de sang froid d'authentiques crapules fait apparaître et gesticuler toute une galerie de personnages hauts en couleur, habités par des dialogues étincelants de drôlerie parfois métaphysique et joués par une pléiade de très grands comédiens s'en donnant à cœur joie.

Ce Lucien Cordier admirablement interprété par un Philippe Noiret tantôt bouffon, tantôt inquiétant, tantôt tragique, mène la danse et manipule ce petit monde d'aveugles et d'andouilles, femme, amant de sa femme, maitresse, commissaire en chef, lesquels depuis toujours le font tourner en bourrique. Un à un ils vont y passer et se retrouver juste avant de passer à trépas médusés de découvrir l'authentique visage impitoyable de leur ancienne victime.

Film sur le châtiment divin qu’endosse un faux simple d'esprit s'étant donné pour mission de nettoyer les écuries, ce pur chef d'œuvre du grand Bertrand Tavernier aligne sans discontinuer les scènes cultes. Stéphane Audran se curant les dents au cimetière et demandant à un aumônier sous le choc combien coute le pigeon au dessus de l'autel. Jean Pierre Marielle et son comparse tirant les macchabées de nuit flottant sur le fleuve, puis contraints à chanter a capella O Catarinella Bella Chichi. Isabelle Huppert, petite pute au langage fleuri, alignant les grossièretés en parlant de son mari mort et lui décrochant un coup de pieds aux testicules. La scène des latrines avec le propriétaire sortant couvert de merde.

Evidemment la projection A L'ENVERS de nuit d'un film vu depuis leur balcon par les personnages principaux, et la tempête provoquant un coup de torchon sur l'écran.

Tout dans ce bijou, jusqu’à la toute fin si désespérée et désespérante, tandis qu’on annonce le début de la seconde guerre mondiale.

Seule la jeune institutrice trouvera grâce aux yeux d'un réalisateur rigolard osant meme tracer le portrait de ces NEGRES – le mot est du film – comme des lâches soumis à leurs oppresseurs et leur cirant les bottes au sens propre comme figuré. Oui, elle seule est pure et innocente et sincère. Les autres, tous les autres sans aucune exception, sont des cloportes qu’un coup de torchon mérite de définitivement emporter dans les poubelles de l Histoire.


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