jeudi 19 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Rendez-vous



Paulot et Quentin accueillent dans leur appartement Nina, jeune comédienne. Fascinée par Quentin, être inquiétant et possessif, elle refuse l'amour que lui voue Paulot. Un événement tragique transformera cet attrait déchirant en véritable hantise.

Recit initiatique pétri de fantômes, ce rendez-vous est celui d'une apprentie comédienne tout droit arrivée de son sud-ouest natal, région du cinéaste, dans un Paris inquiétant, avec son métier et son destin. Son éducation, sentimentale et artistique, se fera au travers de trois rencontres. Un homme qui la respecte et qu’elle dédaigne. Un amant qui l'humilie et qu’elle dit aimer. Enfin un mentor qui l'aidera à incarner cette Juliette de Shakespeare et lui permettra d'interpréter à partir des blessures toutes fraiches le personnage.

Wadek Stanczak, Lambert Wilson et Jean-Louis Trintignant interprètent les trois figures de ces pères ou pairs, en tous cas acteurs de cette mue d'une débutante inexpérimentée en actrice professionnelle. Egalement en jeux de miroir celle de sa comédienne, la toute jeune Juliette Binoche, accédant avec ce brulot aux premiers rôles après quelques essais chez Doillon et Godard.

Le prix de la mue sera violent, dans les deux premiers tiers du film, coups, crachats, fuites, scènes, violence psychologique, jusqu’à un suicide. Quentin l'ange noir ne lui permettra de grandir qu’en lui opposant le chaud et le froid, tantôt viens tantôt vas t'en. Il chute tandis qu’elle s’élève et il lui fait payer le prix fort. Mort, il la hantera et lui intimera l'injonction de cesser de souiller la mémoire de la vraie Juliette, son ancienne partenaire détruite – dit-il … - par le metteur en scène qui fera de Nina une actrice.

Jeux de perdition au qui perd gagne dans un Paris glacé et glaçant, le Paris des egos, celui des fantômes du passé, celui ou les innocents se prennent des coups en plein cœur et où les pervers peuvent tout se permettre en apparence.

Initiation violente d'abord avant que de s'adoucir avec l'apparition de la figure paternelle du directeur d'acteurs et surtout d'actrices, avec lui le rendez-vous devienne sécurisant, Nina tout en angles s'adoucit, se pose, questionne, écoute sagement et apprend son rôle. Le mentor l'accompagne mot à mot, lui permet de s'ouvrir, de lâcher prise, de donner du corps à son rôle, de l'incarner. Jusqu’à l'entrée finale sur les feux de la rampe ou elle essuiera ses dernières larmes.

Puis entrera enfin en scène.


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