dimanche 29 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Place Vendome



Vincent Malivert, l'un des joailliers les plus réputés de la place Vendôme, se suicide, a priori sans motif apparent. Marianne, sa femme, habituée des cocktails de somnifères et d'alcool depuis bon nombre d'années, et dont le mari était le seul réconfort, est alors brutalement tirée de sa léthargie. Elle apprend la proche faillite de la bijouterie de son mari et cherche à démêler l'écheveau qui a conduit à cette situation. Dans le coffre-fort secret du défunt, elle trouve cinq diamants de fort belle taille, vraisemblablement acquis de manière frauduleuse. Elle découvre que ces pierres sont convoitées par Battistelli, son premier grand amour, dont elle est sans nouvelles depuis vingt ans...

Place Vendôme, les grands joaillers, le Ministère de la Justice, le Ritz … Le propre de la Place Vendôme c'est son intemporalité. Intemporalité que Nicole Garcia dans ce 3eme film comme réalisatrice – son meilleur à mon sens – s'en va retrouver au travers d'une résurrection ou d'une renaissance, celle de son héroïne, qui s'en va enfin parvenir à débusquer dans son propre passé les racines de la trahison dont elle fut victime afin de transcender ce traumatisme.

Le monde des joaillers – à Paris, en Suisse, ailleurs – est un monde en soi, intemporel, clos sur lui-même, ou l'on s'en va travailler la pierre précieuse et lui attribuer un cout inestimable. C'est un monde feutré, en apparence ayant pignon sur rue, mais où les négociations troubles abondent. Attirant l'argent comme la lumière les papillons, il est l'univers par essence des secrets, des initiés, des mensonges et des jeux de dupes.

Celle qui fut la femme de, sa veuve, renait à compter de l'enterrement de son mari, lequel ouvre le film. Sortant d'un long coma ou l'alcool fut son compagnon le plus fidèle, dissimulant les bouteilles qu’elle boit au goulot en se cachant des regards, le personnage de quinquagénaire interprété magistralement par une Deneuve au sommet de son art – on dirait Geena Rowlands ! -  s'en va fouiller dans le passé et dans les alcôves, là ou tout se cache et se tait. La perspective de la banqueroute donne à sa quête sa dimension d'urgence, soudain placée au centre des regards, celle qui hier occupait l'ombre s'en va se rebeller contre ces hommes d'affaires qui veulent la contraindre à jouer son rôle de manière passive et silencieuse. Marianne – prénom pas pris au hasard …- reprend le flambeau. Le sien, celui de son défunt mari, celui des affaires – elle fut négociante de bijoux, risqua la prison et ne fut sauvée que par celui qu’elle épousa de cette ignominie.

L'on comprend qu’elle lui doit beaucoup et que sa quête de vérité s'inscrit dans un processus de réparation, tant à son égard qu’envers elle-même. Il s'agit dans cette plongée de sauver son ame, de re-venir au centre, de réécrire l'histoire maculée, d'effacer les coups et de panser les blessures. Pour cela il lui faudra retrouver et donc affronter son ancien amour, celui qui autrefois l'a trahie.

Leur face-à-face, dans une chambre d'hôtel, loin d'être un règlement de comptes – tous deux ont vieilli et pas forcément bien pour lui -, tous deux sont devenus adultes, tous deux ont vécu l'épreuve du temps qui passe avec les remords qui s'y attachent. On – Nicole Garcia et sa caméra pudique – les surprendra assis sur un grand lit, immobiles, presque mutiques et semblant regarder dans le vague, re-vivre l'hier en songeant à demain. La pierre précieuse  s'incarne en cette Marianne emplie de mansuétude, désireuse de tourner la page. De sortir du passé, de se défaire de ses chaines intérieures.

Pour vivre plus légère, sans être happée par la nostalgie.


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