lundi 2 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Marathon man



Thomas Babbington Levy, dit Babe, un étudiant new-yorkais, déploie plus d'énergie à s'entraîner quotidiennement pour le traditionnel marathon annuel qu'à rédiger la thèse qui réhabilitera la mémoire de son père, poussé au suicide par le maccarthysme. A Paris, son frère, «Doc», échappe à un attentat après avoir remis une mystérieuse petite boîte à un antiquaire. Peu après, Babe fait la connaissance d'Elsa, une étudiante suisse dont son frère, revenu en hâte aux Etats-Unis, lui recommande de se méfier. Une mort violente l'empêche d'en dire plus. Babe ignore encore qu'un ancien tortionnaire nazi du nom de Szell tire les ficelles de ces sinistres événements et qu'il est à présent en grand danger...

Marathon Man s'insère dans une série de films américains tournés dans les années 70 et traitant tous de manière différente d'une forme de paranoïa et de haute méfiance envers les gouvernants des Etats Unis et leurs différentes agences. Comme une théorie du complot en somme appréhendée à la suite de l'assassinat de JFK et de la guerre du Vietnam par des cinéastes engagés, curieux de leur époque, soucieux de faire partager leurs craintes sur certaines dérives du pouvoir et révélateurs de manipulations des opinions et des citoyens. Network, Les hommes du président, Les trois jours du Condor, Blow out, Conversation secrète, les exemples ne manquent pas.

Le film culte de John Schlessinger mêle habilement plusieurs thèmes. Maccarthysme, chasse aux communismes et limitation des libertés, judéité et Holocauste, accointances entre agences américaines et anciens dignitaires et scientifiques nazis. Le cocktail avouons-le est croustillant.

Ce polar paranoïaque créant un personnage absolument terrifiant, sorte de Docteur Mengele en liberté dans les rues de New York et capable de faire des expériences de torture épouvantables au moyen de chirurgie dentaire soulève évidemment la question de la coexistence partenariale entre le pays de Walt Disney et l'axe du Mal à savoir leur collision. Le jeune marathonien contacté par son frère pénètre dans un monde explosif de secrets à ne dévoiler sous aucun prétexte. MK Ultra et les Paper-Clip c'est secret défense, et soulever le couvercle expose le contrevenant à des risques maximum.

Haletant, le suspens quasi étouffant – la scène ou Dustin Hoffman se fait coincer par Laurence Olivier est absolument glaçante – est d'autant plus réussi qu’il est traité de manière réaliste. Le coureur devient proie et la course synonyme de fuite. Il n'y a guère de moyen pour la proie pour survivre que de traquer son traqueur et de le réduire définitivement en silence. Les voies naturelles, je veux dire par là légales, de la protection ne sont plus applicables, la souris est lâchée dans la nuit de la Nueva York comme un insecte dans la gueule du chat, et le premier ne peut compter que sur lui-même.

Ce portrait d'une traque nocturne le plus souvent offre de l'Amérique un visage profondément inquiétant. Les loups sont dans la place, protégés plus que vraisemblablement, et les citoyens quelque peu éclairés sont en danger de mort, laissés seuls face à une figure du mal capable du pire.

Telle est la signification de cette œuvre qui avec le recul et surtout l'actualité – post Patriot Act – se révèle prophétique. Ce qu’à l'époque on appréhendait comme une œuvre de distraction était en définitive un appel du pied à l'éveil des consciences. 


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