lundi 2 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - L'homme de marbre



La journaliste polonaise Agnieszka – la géniale Krystina Janda -est persuadée que son idée est la bonne : réaliser un reportage sur Mateusz Birkut, ce jeune maçon devenu héros national dans les années 50, dont elle a retrouvé une statue abandonnée. Son directeur d'études tente de la dissuader, mais la jeune femme s'obstine et finit par découvrir le dessous des cartes. Un cinéaste réputé, Burski, lui raconte comment Birkut a conquis sa gloire, en posant 30 000 briques en une journée. D'autres témoins, elle apprend que son exploit lui a valu la haine d'autres ouvriers...

Film-enquête, film sur lhistoire passée, sur le mythe construit de toute pièce par le régime communiste polonais, dont la meilleure compréhension permet de décrypter le présent, LHomme de marbre, 1er et meilleur opus d un tryptique, est la première incursion du grand Andzej Wajda dans le grand cinéma politique, en pleine décennie, les années 70, ou le cinéma politique, cf Costa Gavras, Sidney Pollack, Yves Boisset, Francesco Rosi et tant dautres, était un genre en soi.

Il sagit donc pour le cinéaste sidentifiant entièrement à son enquêtrice héroine de soulever le mythe fabriqué de toute pièce à partir dun Mateusz ouvrier réel à partir duquel le régime construisit un FILM de FICTION. Et au moyen dune enquête partant du personnage daller à la rencontre de lindividu, de sa vie réelle, ainsi que des conditions de la manipulation passée.

Cette statue dHomme de marbre, le film éponyme se donne donc pour cible de la faire vaciller de son socle et de la briser en mille morceaux, acte en soi transgressif et bel en bien héroique, tant pour la journaliste dans le film que pour Wajda dans la vie. Car cest bien un metteur en scène, en loccurrence le metteur en scène polonais le plus respecté et dans son pays et au monde qui de lintérieur et ce sous un régime guère connu autrement que comme un regime totalitaire quil opère la fabrication, la mise en scène au vu et au su de tous et donc la révélation dune arme de destruction pointée sur la tête de lEtat polonais.

Car en sattaquant au mythe et donc au mensonge au travers dun symbole du passé récent cest bien au présent qu il sattaque par ricochets puisque ce dernier est lenfant du précédent. Il y a nous dit Wajda dans la longue enquête rythmée par la démarche fonceuse dAgnieszka au coeur même des images et des messages vehiculés par ce pouvoir absolument la même chose que ce quil y avait dans les images créées de toutes pièces par les nazis. A savoir du mensonge, de la mystification, une utilisation des êtres à des fins politiciennes. Et un total travestissement du réel que moi, cinéaste engagé, je men vais littéralement détruire.

Le cinéma, nous le savons, est une arme à double tranchant. Pro-pouvoir et donc outil de propagande pur – regardez les films hollywoodiens de nos jours – ET outil de réinformation placé dans les mains de créateurs libres et vaillants, artistes se donnant pour mission de contribuer à remettre le cerveau de leurs contemporains à lendroit.

Avec cet homme de marbre, Wajda parvint à porter un coup décisif dans les chevilles du pouvoir polonais. Il récidivera en 1981 soient quatre ans plus tard avec sa suite, LHomme de fer, couronné Palme d Or au Festival de Cannes. Dans lequel il fera étonnamment comme une fiction propagande pro-Solidarnosc et pro-Lech Walesa. Cest-à-dire en termes de cinéma linverse que dans lopus précédent.

Il ne faudra alors guère que quelques petites années pour que le Colonel Jaruzelski se résigne sous la pression populaire à rendre les clefs. Ce sera la premiere brique du bloc communiste à tomber.

La force du grand cinéma se donne à voir là.  Travailler directement à l’éveil des consciences et offrir le terreau de la rébellion des peuples.

La VRAIE fiction qui fait tomber la fausse.


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