samedi 24 mars 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Shining



Jack Torrance, un écrivain en panne d'inspiration, accepte un poste de concierge intérimaire dans un hôtel de luxe isolé dans les montagnes enneigées. C'est l'hiver et l'établissement n'est ouvert qu'à la belle saison. Jack arrive dans cet endroit du bout du monde avec Wendy, sa femme, et Danny, leur jeune fils. Tout est tranquille et Jack sent qu'il pourra, dans cette atmosphère sereine, retrouver enfin le goût d'écrire. Mais le calme n'est qu'apparent. On dit que l'hôtel est hanté. Il a jadis servi de cadre à un massacre atroce perpétré par un ancien concierge. Peu à peu, Jack glisse vers une folie meurtrière, tandis que Danny, grâce à un don télépathique particulier, revit certains épisodes tragiques du passé de cet endroit sinistre...

Adaptation très personnelle du chef d'oeuvre de Stephen King – détesté par l'auteur -, Shining fut la première et dernière incursion de Kubrick dans le cinéma d'horreur, et un des bijoux du genre. Car au travers de l'intrigue le génial Stanley aborde frontalement et par allusions fines la programmation mentale de la CIA et le programme MK Ultra, au travers du personnage joué par Jack Nicholson, dont on devine dans l'énigmatique entretien d'embauche qu il fut autrefois à son insu déprogrammé puis reprogrammé en tant qu'ancien officier. Egalement que plus que probablement attouchements sur son fils Danny il y eut, ce qui explique le don de shining de ce dernier ayant du pour survivre développer en une bulle une porte de sortie dans l'irrationnel. 

Shining de fait devient un voyage intérieur dans l'esprit malade de Jack Torrance, écrivain et mari impuissant – Kubrick le montre plusieurs fois assis immobile le regard vide sur le LIT du couple -, symbolisé à la fois par l'hotel immense construit mentalement comme un labyrinthe clos sur lui-meme duquel du fait de l'hiver on ne peut sortir. Et bien entendu du labyrinthe extérieur, lequel est la reproduction du précédent, mais dans lequel cette fois Nicholson n'est plus maitre – vu que c'est là que son propre fils va l'enfermer.

La prison mentale se matérialise par une construction géographique du lieu sans logique aucune. Tantot pour aller du couloir au salon la caméra tourne à droite, tantot elle tourne à gauche. De même la frontière temporelle est catapultée, passé et présent se confondant – signe de folie pure. 

La fameuse chambre 266 – la symbolique du chiffre 6 n'est pas anodine – est donc le lieu du crime et c est aussi le lieu de l'interdit dans lequel Torrance puis Danny vont un à un pénétrer. Le lieu est en soi synonyme de danger et de satanisme, la femme dans la baignoire se liquéfie tel un démon dans les bras du père, puis le fils se fait griffer et en sort traumatisé. Les fillettes jumelles sont là pour attirer la proie, tantot elles apparaissent tantot elles disparaissent, parfois en sang.

De même le dancing avec ce bar et ces toilettes immenses dans lesquelles un dialogue surréaliste entre le barman et Torrance se tient. La scene a lieu au debut des années vingt, et l'esprit de Torrance s'y téléporte pour y rencontrer un personnage diabolique qui va lui intimer l'ordre et le convaincre de massacrer sa femme et son fils. L'esprit malade de l'écrivain qui ne fait que réécrire depuis des semaines UN TIEN VAUT MIEUX QUE DEUX TU L AURAS créée de toute pièce une fiction c'est-à-dire une justification du crime qu'il veut commettre ou plutot pour lequel il fut programmé. 

On comprend donc que l'essence même du programme est inspirée directement du culte de Satan – tuer l'être aimé et sa propre progéniture, c'est-à-dire tuer la VIE - et s inscrit dans la répétition du crime précédent, les gardiens de l'hotel en hiver étant tous passés par les mains de MK Ultra.

On en déduit que cet Hotel qui appartient à un milliardaire – tiens tiens … - est la demeure ou plutot une demeure du Diable. Qu'en tant que telle cette synagogue du Malin réclame du SANG. Et que l'hiver permet au rituel de se répéter, la cellule familiale ne pouvant du fait des conditions météorologiques s'échapper. Du moins en théorie.

La seule chose qui échappe aux marionnettistes absents est le DON de Danny, c est-à-dire un pouvoir proprement spirituel de divination et de vision. Celui-ci s'inscrit dans une dynamique de foi sur laquelle les démons n'ont aucune prise. Autant ils peuvent créer de toutes pièces des visions d'enfer – les litres d'hémoglobine qui se déversent dans l immense couloir de l'hotel, les fillettes, la femme dans la baignoire par exemple – et également conduire leur pantin à tuer celui qui venait sauver Dany et sa mère, autant ils n'ont pas prise sur l'inconscient et le pouvoir de l'enfant.

Ecrivant à même le miroir de la chambre le mot MEURTRE à l'envers et le scandant en étant en état de possession, l'enfant indique sa connaissance profonde sur le plan inconscient de la logique du monde, c est-à-dire la technique bien connue de l'inversion. Inversion du sens, de l'histoire, des mots, technique du serpent de la Genèse et technique de nos dirigeants et de leurs financeurs. 

Dany de part son don n'est donc point prisonnier de l'univers mental de son père malade mais capable de s'en échapper et de sauver par là meme sa mère. Passant en glissant sur la neige d'un labyrinthe l'autre il attire alors Torrance dans un traquenard et revient sur ses pas à même ses propres empreintes – son passé en clair. L'enfant violé par le démon paternel – qui n'est donc pas son père - devient donc en mesure de déjouer les plans funestes. Et c'est au sein même de son trauma qu'il aura eu la lumière – traduction de SHINING.

On ne peut être plus clair ce me semble sur l'importance absolue de l'irrationnel et de la spiritualité pour se sauver du mal. Dany semble etre doté de dons de chamane qui font de lui un acteur efficace contrairement à sa mère qui vit la même situation en état d'absolue épouvante. Elle crie, elle se débat avec une batte de base ball, elle court en tous sens mais n'a aucune prise sur le réel, elle est comme la plupart des humains, piégée, soumise, en réaction et en réaction seulement. Elle veut une cellule familiale saine et elle ne voit pas l'ombre s'installer, elle a en clair toujours trois trains de retard alors que les choses se passent sous ses yeux. 

En tant que mère on peut dire sans la juger qu'elle est défaillante puisqu'elle ne parvient en rien à mettre son fils unique à l'abri, elle n'a su ni le protéger des assauts sexuels dont elle ignore tout, ni refuser la proposition de ce contrat démoniaque – au début du film elle sourit béatement dans la voiture qui file tout droit dans la gueule du Loup-, ni voir en situation que son époux devenait fou, ni mettre Dany à l'abri une fois la folie en action, vu que l'enfant se sauve lui-même et sauve sa mère.

On est donc en plus sur une cellule familiale inversée ou c est un enfant de six ans qui parvient à sauver sa mère et en outre son père de lui-même, étant donné que celui-ci ne s'appartient plus depuis fort longtemps. Congeler papa permet donc en symbolique de figer dans la glace l'image paternelle tout en s'en préservant.


2 commentaires:

  1. Bien entendu, Shining c'est évidemment un film génial,
    Il pleut tellement ici que je me suis regardé: Jeune et Innocent - Alfred Hitchcock de 1937 que je ne connaissais pas
    Le maître arrivait déjà a tenir le public très éveillé par le suspense ....
    Que tal en Ecuador ?
    Abrazos
    Ker ou Ac

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  2. Je te suis pas du tout dans ton analyse du film. C'est un de mes films préférés donc je pense le connaître assez bien. Déjà l'histoire du mk-ultra n'a rien à faire ici. Jamais Kubrick nous tend cette perche, à aucun moment (ou alors faut préciser ce qui pourrait nous mettre sur cette voie parce que là je vois pas du tout). Ensuite, le don de Danny n'a rien à voir avec une histoire d’attouchements. Il faut y voir là un don naturel d'un gamin solitaire de nature. A la limite on peut tenter d'expliquer cette solitude par le fait d'une famille perturbée avec un père au lourd passé alcoolique qui une fois a porté la main sur son fils, ce qui l'a poussé à en sortir. On touche ici à la fragilité psychologique du père, élément clé pour tout ce qui va suivre. Ensuite le numéro de la porte de l'Overlook c'est 237, pas 266, pas d'allusion satanique. En revanche la chambre est le lieu d'un meurtre donc chargé d'énergies très négatives, d'où l'injonction d'Hallorann de ne pas y aller. L’hôtel est construit sur un cimetière indien d'où le fait que tout le lieu soit chargé de l'énergie des victimes de tout un peuple massacré. C'est aussi un élément clé qu'il faut retenir (le flot de sang pourrait en être une allusion). Le labyrinthe, très intéressant aussi, mythologiquement le lieu d'enfermement d'un monstre, le minotaure. Le même monstre, humain celui-ci, qui finira perdu dedans et congelé sur place.

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