vendredi 23 mars 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Le lieu du crime



Dimanche, déjeuner de communion en famille de Thomas en présence de ses grands parents – nous sommes chez eux -, ses deux parents divorcés – Lanoux et Deneuve – et, bien entendu, Monsieur le Curé. Nous sommes dans le sud-ouest, il fait beau, fin juin sans doute. La scène ressemble à une Scène, caméra immobile et plan large et chacun à sa place, conventions respectées, Thomas fait office de prétexte, sa communion c est peu dire qu’il sen fout, et dailleurs à un moment dune insolence il fait péter le cadre et se prend une gifle par son père. Et tout se délite, chacun quitte la table avant sur ordre de la grand-mère Danièle Darrieux de revenir. 

Comme si de rien était.

Exploser les conventions, sortir du cadre, faire entrer le romanesque et la fiction, tel est le désir de Thomas, et tel va devenir à son tour le choix de sa mère. Au travers dun intrus, un beau malfrat échappé de taule, joue par Wadek Stanczak, de retour chez Téchiné après Rendez-vous. Que Catherine va rencontrer, qu’elle va recueillir, planquer dans une chambre dhôtel, avec qui la romance va commencer. Lily – c est son prénom et cest ainsi que son fils contre son gré lappelle car à ses yeux maman est une enfant et il lentraine progressivement hors de sa maison et hors des sentiers battus vers Le lieu du crime.

Le crime cest quoi, un meurtre, ou bien une envie de vivre vraiment, de quitter les siens, ceux qui vous imposent sans rien dire des choses, ceux qui se sédentarisent et ont besoin comme des abeilles davoir tout le monde dans la ruche. Thomas puis Lily nen veulent plus, ils ne veulent plus de ce père qui nest ni un père ni un époux, qui est dailleurs parti ou qu’elle a quitté et qui quand même la fait chanter pour quelques lâches attouchements devant un film de famille dautrefois projeté en super huit. Scène triste, glauque, on entend Lily dire non et se laisser faire ecoeurée quand meme, de ce bonheur dantan que reste t-il, un vieux film et ca, elle qui ne peut dire non à son ex qui la palpe comme un morceau de viande.

Les grands parents sont du coté de lex, ils ne veulent en rien la liberté tant de Thomas que de Lily, la scène de lorage splendide entre Darrieux et sa fille quand elle lui exprimera enfin ses désirs les plus profonds sa mère lui dira VA TEN, quitte cette maison que tu ne mérites pas, vas donc tenfuir sous cet orage, peu importe ce que tu deviens je ne te reconnais plus donc je te chasse.

La dureté de ces dialogues de ce magnifique film romanesque du grand André Téchiné qui claquent, les relations entre les personnages sont souvent synonymes de collisions, de baffes, de refus dentendre ou de se confier. On est dans un univers féroce ou règnent les égoïsmes, ou imposer ses choix demande un combat, ou lenvironnement familial est aussi mortifère que la nature est généreuse et le ciel ensoleillé, et ou seuls les accords dune chanson de Jeanne Mas résonnent de nuit sur fond de lampions encore allumés. 

Il y a cette femme jouée par Claire Neboud, compagne des deux malfrats, aussi froide que la mort, dans cette décapotable rouge qui finira carbonisée contre un mur de nuit. Et cet orage, cette rébellion, ce déchainement des éléments gagnant le cœur de cette Lily qui enfin fait exploser les barreaux de sa cage et finira dans un panier à salades sourire aux lèvres.

Dialogues étincelants dintelligence, souffle romanesque, interprétation magistrale – Deneuve est absolument prodigieuse, elle accompagne la régression ou lenvol de son personnage et fait exploser son image, Téchiné fut son metteur en scène préféré ou du moins le plus fidèle, sept ou huit films depuis Hôtel des Amériques les ont réunis et à chaque fois cest pour elle comme un retour aux sources.

Film sur lenfance, sur ladolescence, celle de Thomas qui sémancipe mais aussi celle que retrouve sa mère, autrefois corsetée et enfin libre bien qu’arrêtée par la police. Le film se clôt sur son visage, elle rêve, elle semble enfin sereine.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire