mercredi 21 mars 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - La Reine Margot



1572. La guerre de religions entre catholiques et protestants fait rage. Afin de réconcilier les Français, Catherine de Médicis décide de marier sa fille, la catholique Marguerite de Valois, la "reine Margot", avec le protestant Henri de Navarre, le futur roi Henri IV. Au cours de la nuit de la Saint-Barthélemy, alors que le sang coule à flot dans les rues de Paris, la "reine Margot" sauve du massacre le seigneur de la Môle. Entre Margot la catholique et le protestant la Môle naît une passion qui fera basculer leurs destins.  

Dès le mariage arrangé, filmé comme une succession de tableaux en mouvements, le cadre est posé. Nous voici donc au cœur d un pouvoir profondément mafieux, construit autour dune famille sanguinaire et incestueuse, dont le roi Charles IX nest guère qu’un pantin désarticulé livré conjointement à linfluence de sa monstrueuse mère Catherine de Médicis et de son ami protestant lamiral de Coligny. Cette apparente réconciliation entre le pouvoir catholique et le chiisme protestant nest qu’un leurre conduisant au génocide de ces derniers, et Margot fait office dappât.

Agglutinés tels des cafards murmureurs dans les couloirs du Louvre, les frères de Margot et leurs troupes complotent, sagitent, sopposent, se préparent. Le signal de la Saint Barthelemy sera arraché au roi et donnera lieu, sous la musique fascinante de Goran Bregovic, à une succession de scènes filmées et de travelings somptueux dun bal macabre fait dépées plongeant dans les entrailles, de gorges tranchées, dassauts sanguinaires piques en avant. Horrifiée par ce spectacle digne de lEnfer de Dante, Marguerite désormais de Navarre parviendra in extremis à sauver à la fois son amant protestant La Mole et la tete de cet Henri à qui de force elle fut mariée. Quittant les intrigues et les crimes des siens, elle deviendra dissidente dune lignée confondant ses actes faits au nom de la religion aux crimes de linquisition. 

Ballet cinématographique de plans suspendus dans l éternité sur fond de ciel absent, La Reine Margot dans sa réalisation par limmense metteur en scène de théâtre, le regretté Patrice Chéreau, se détourne des clichés du cinéma historique pour rejoindre les grandes œuvres américaines sur l univers de la mafia, Le Parrain surtout. Cette gangrène de Médicis, ces démons incestueux avides de sang, ces frères grouillant tels des corbeaux autour dune marâtre – immense Virna Lisi – au visage blême et aux habits de deuil sont les équivalents de ces Corleone jamais rassasiés. 

Il leur faut du sang, du sang encore, et le subit empoisonnement par erreur du roi – Jean-Hugues Anglade, stupéfiant -, coulant littéralement de tous les pores de lhémoglobine sur la blanche robe de sa sœur – une Adjani sublime, sublimement faite pour incarner ce rôle de victime et damoureuse rebelle – illustre in fine le destin de ces êtres livrés au mal. 

Lauto destruction, le meurtre par la Mère du Fils et du Roi. Le poison catholique ainsi désigné qui emporte tout sur son passage, ouvrant une ère de guerres de religion et de misères. Les images de ces charniers, évoquant les camps de la mort, nous ramènent à limminence et à lactualité de ces combats dhier. Le pouvoir pour lui-même dans lexcommunication de toute différence conduit à ca et ca seulement. Lextinction, au-delà de toute dignité – de la race en tant que telle.


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