mardi 6 mars 2018

50 ans de cinéma SF - Ghost in the shell



Monument de la culture manga des années 90, au même titre qu'Akira, ce Ghost in the Shell arrive après une tres belle adaptation animée suivie de rumeurs fort négatives. L'adaptation du récit fort complexe du japonais Shirow Masamune avec des acteurs et des décors semble avoir plongé ses fans dans les abimes.

Sans doute ne trouve t-on pas, j'en conviens, toute la subtile profondeur de l'œuvre initiale dans cette superproduction remplie d'effets spéciaux et de scènes d'actions  incroyables visuellement. Toutefois les deux œuvres sont distinctes, et on ne peut opérer, jamais, un équivalent depuis la page à sa retranscription sur grand écran. Les arts en tant que tels sont trop distincts, et réapprendre à regarder un film en se mettant à distance de l'œuvre qui l'a inspiré est essentiel.

La traduction visuelle de l'univers du dessinateur est bien plus fidèle que la traduction du scénario, tellement complexe qu’il fallut aux auteurs condenser, c est-à-dire simplifier pour atteindre le plus grand nombre. La question sous-jacente à l'œuvre du japonais, à savoir qu’est-ce qui fait de nous des humains, quel est le critère, et au-delà une création d'intelligence artificielle peut-elle avoir une ame, ces thèmes sont abordés dans le film, ne serait-ce que dans l'interprétation splendide de Scarlett Johansen, laquelle fait montre à plusieurs reprises d'émotions sous le masque du robot programmé.

Le monde tel qu’exposé dans le film est celui d'un futur proche ou les Elites maffieuses contrôlent tout via un état policier sous traité à des machines à l'apparence humaine dotées de super pouvoirs à la Marvel. On s inscrit dans la suite logique des œuvres d'Asimov et Philip K.Dick, de Total Recall, Minority Report ou Matrix. La Cité Pieuvre sur-technologiséee fonctionne comme une matrice dont toutes les données, jusqu’au moindre mouvement, sont géo localisées donc observées et donc sujettes à interventions de ceux qui dans l'ombre gouvernent.

Le film va suivre l'évolution de son personnage, mi humaine mi machine, depuis sa fonction reprogrammée à la MK Ultra vers son être profond, et ce au travers de ce thème essentiel qu’est la filiation. C est la re-connaissance de SA propre matrice, à savoir sa mere, que l héroïne va progressivement abandonner comme une peau morte ses chaines intérieures imposées par un pouvoir manipulatoire.

La beauté stupéfiante des scènes, leur incroyable puissance visuelle, font de ce film injustement décrié à sa sortie un joyau – et que le temps, j'ouvre les paris, remettra à sa juste place – et le conduisent sur les terrains d'un long poème désabusé contant la déshumanisation des villes et des êtres.

En contrechamp il est une invitation singulière à faire dissidence, à quitter ce faux confort en trompe l'œil, a revenir aux sources, à la source, à l'eau, à la mer et à la mère.


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