lundi 20 novembre 2017

50 ans de cinéma SF : Terminator




2029, comme une suite à Soleil Vert : une guerre oppose ce qui reste d’une humanité décimée par le nucléaire à une armée de robots dotés de cette intelligence artificielle que nos élites et leurs multinationales commencent à mettre de nos jours sur le marché. Les résistants étant pilotés par un certain John Connor, les robots envoient aussi dans le passé, en 1984 à Los Angeles, un assassin cybernétique du nom de Terminator afin de tuer la mère de ce dernier. Un resistant parviendra à son tour à voyager à rebours dans le temps afin de mettre en sécurité celle qui donnera naissance à celui grâce auquel la race humaine a encore une infime chance de survie au sein d’une planète dévastée et livrée à la machine et aux technologies.

Second film de James Cameron (après une suite de type série B de Piranhas), ce Terminator sorti en 1984 et couronne à l’époque du Grand Prix du Cinéma Fantastique d’Avoriaz, inspiré d’un épisode de la série télévisée Au-delà du réel, rencontra un immense et inattendu succès, faisant de son acteur vedette, l’autrichien Arnold Schwarzenegger, une star. En apparence film d’action (au même titre que le New York 1997 de John Carpenter, sorti 3 ans plus tôt), du fait d’un nombre élevé de scènes de poursuites extrêmement tendues, il se rattache aussi et surtout au cinéma d’anticipation pur, de par l’exposition d’un monde post humanité ou la machine créée par un homme se prenant pour un demiurge s’en est allée conquérir pour elle-même le pouvoir sur toutes choses, et tel le monstre de Frankenstein exterminer son créateur.

Terminator a pour mérite, 15 ans après le 2001 de Kubrick, de replacer la technologie au cœur du process de destruction de l’homme par lui-même. L’ordinateur désincarné du génie britannique est ici devenue une machine-arme quasi indestructible mêlant tissus organiques, haute technologie et matériaux, sorte de synthèse froide dénuée de conscience entre homme et machine, programmée pour tuer et ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins. 

Incarnation d’un Etat Policier totalitaire, ce Terminator invincible lancé tel un bolide à la poursuite implacable de sa cible personnalise à merveille tant nos terreurs face à la force brute et aveugle de toutes les formes de destruction de l’homme en quête de pouvoir. Au contraire de fictions précédentes traitant de ce basculement dans un monde inhumain, l’innovation  ici est l’impossibilité absolue d’une once de dialogue et donc de dérivatif de la mission de destruction, le tueur étant aussi sourd que muet et aveugle. 

Outil maximal du capitalisme sécuritaire, il est à la fois caméra de surveillance, couteau suisse de toutes les armes de James Bond, bolide automobile ultra puissant, policier/chasseur/tueur et esclave par essence. Surplombant l’humain de par une productivité optimum et un taux d’erreur proche de zéro, cette machina ex Deus s’en va donc à rebours tenter de réaliser ce pour quoi il fut conçu : à savoir tuer la vie avant que celle-ci n advienne. Ultime prétention de l’homme tout puissant, lequel ne peut que se vivre que comme supérieur à tout, elle se heurtera à la limite même de sa capacité à créer, fut-ce pour tout détruire.

L’échec final de la machine sur l’homme, au bout d’un suspens de métal et de feu absolument sensationnel (et dépassé par le second Terminator, peut-être moins surprenant mais encore plus réussi) ramène le sens profond de la vie au sein d’un univers où celle-ci en fut violemment, jusqu’à l’étouffement, évacuée : aucune force, aucune intelligence, fussent-elle surhumaines et aveugles, ne peuvent changer une virgule de ce qui doit advenir. Et rien, et notamment pas au cœur du passé, ne peut interférer sur la foi d’un peuple éclairé, déterminé à survivre coute que coute dans les ténèbres.


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