lundi 30 octobre 2017

Pour revenir sur BIUTIFUL (Alejandro Inarritu)


L’homme – le père de deux enfants, un homme séparé d avec son épouse, toxico, est allongé dans le noir dans son lit, la main tendue vers sa fille ainée. On les entend chuchoter, on reconnait la voix de Javier Bardem, et l’anneau passe de lui à elle, il conte l’histoire de l’anneau et transmet.

Ce père transmet.

Une scène de nuit ou bien à l’aube sous la neige, un homme plus jeune, on dirait un rêve post mortem, ils parlent, les traces de pas, les arbres majestueux. L’homme, le père, ou est-il, hier, après la mort, dans un songe ?  

Puis le titre, BIUTIFUL.

Barcelone, pas le Barcelone touristique, mais celui de la mondialisation, des clandestins, des ateliers de confection chinois, de la pègre qui grouille de pauvreté, circulation impossible, pollution et bruit.

L’homme marche, silhouette lourde et regard habité, il trafique pour trouver de la main d’œuvre illégale, et à côté de ça va voir les morts pour recueillir leurs pensées – il a ce don de parler avec les morts, c’est un passeur, avec les morts, avec l’économie, avec les clandestins, avec ses enfants, avec tous cet homme est dans le don de soi en permanence, il compose avec, avec le système, avec son emploi du temps, avec le monde tel qu’il est. Du temps pour lui il n’a point, ou si : un repas avec ses enfants, un instant de rires avec son ex entre deux crises, trois fois rien dans un appartement sombre et étroit.

Puis il apprend sa maladie. Une maladie mortelle, il lui reste quelques semaines à vivre, nous allons le suivre telle son ombre pendant ses derniers instants.
Bouleversants.

Ses enfants, lui le père qui fait à manger et rentre tard, l’ainée s’occupe du plus jeune…

L’épouse qui passe et vient partager des moments, parfois en manque de came elle craque, il la soutient, elle pleure de le savoir perdu …

L’atelier chinois, les rues embouteillées, la traque et la fuite, une vie en fin de parcours dans une ville inhumaine avec une petite cellule familiale de rien du tout pour se réfugier…

Les scènes s’additionnent, de plus en plus bouleversantes, le regard de Bardem à lui seul vaut un film. Et puis ces travelings majestueux sur ces nuées d’oiseaux qui traversent l’aube naissante, ces cadavres de réfugiés charriés par les vagues de l’océan et qui s’échouent sur la plage, ceux dont on ne parle point, ceux des antichambres du capitalisme destructeur.

Portrait d’un monde, le nôtre, qui se meurt, un monde quand même BIUTIFUL suggère le titre car OUI, l’amour, celui du père, du mari, des enfants, de cet humaniste qui sombre vers la mort, seul l’amour des siens et l’amour tout court d’un homme les pieds dans la glaise et qui quête les cieux à la recherche d’un Dieu bien silencieux : seul compte et demeure l’amour.

Ce long chemin de croix christique signé par l’immense cinéaste mexicain Alejandro Inarritu (son - à mon sens - plus beau film) résonne comme un appel du cœur d’un homme découvrant l’horreur européenne mais s’accrochant au regard d’un de ces méconnus géants sacrifiés sur l’autel du profit et de la modernité.
Oui restons rivés à ce qui est beau et noble, dit le film, ravalons nos larmes, partons la tête haute et le cœur débordant d’amour pour les nôtres.

Ce père transmettra bien, l’anneau, l’amour, le sens des choses, à son ainée.

Il laissera trace sur la neige et dans les cœurs.

Et s’évanouira tel un ange vers les cieux.





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