vendredi 20 octobre 2017

Amour : Plume au vent


Je me souviens comme si c’était hier – j’avais 13, 14,15, 16 ans, j’étais puceau, connaissais cette attirance envers les personnes de mon sexe, le vivais mal, le cachais, ne le vivais pas en fait. J’étais alors un adolescent solitaire, grand liseur de BD puis de grande littérature, très secret, très introverti mais rêveur a un point dingue. Je me voyais, je voyais, j’imaginais ma vie dans les Etoiles, l’idéal, créer, écrire, être libre, aimer et être aimé, l’amour parfait, l’homme idéal, le partenaire de vie de rêve, artiste comme moi, fiable, droit, doux, parfait complément, une épaule sur laquelle se reposer.

A l’époque, me serrant contre mont oreiller comme s’il était-là, je l’imaginais plus âgé, forcément, tronc solide contre lequel reposer ma timidité et ma jeunesse.

Trente-cinq ans plus tard, loin d’avoir renoncé à mes rêves d’enfant et d’adolescent, je me suis donné les moyens de les vivre de mon vivant. Et j’y crois. Et sans doute parce que j’y crois à ce point, sans doute si Dieu le veut … Chaque jour je m’éveille émerveillé et chaque soir me livre au sommeil avec le sourire aux lèvres.

La vie, trois décennies et quelques après, me fit apparaitre un soir de l’an passé son incarnation. Je dus attendre un an pour le comprendre, comprendre le sens de cette miraculeuse rencontre, car nous nous sommes vus peu, cinq ou  six fois mais vraiment. 

Je puis pour ces rares occasions parler de convergence des âmes, de compréhension profonde, comme si avec lui dialoguer était inutile, les choses étaient posées avant, les deux heures de découverte, ces deux heures à converser sur un bout de trottoir, cela ne m’était jamais arrivé auparavant, ce sentiment de m’entendre dans la bouche de l’autre, de me voir dans son regard et de le voir dans le mien, je veux dire à ce point d évidence, ou la séduction n’a pas droit de cité car tout est déjà là comme si tout avait été écrit en dehors de nous-mêmes.

Ce fut – cette première fois – un éblouissement, la première fois que cela m’arrivait, l’âme sœur, la même éthique, pas le même être non, surement pas, mais le complément, celui qui s imbrique admirablement. Il commençait une phrase et je l achevais, et inversement.

Plus tard je découvris son œuvre, son œuvre artistique, ces splendeurs, qui s’imbriquent à la fois dans ma part d’enfance et dans mon œuvre romanesque. L’un écrit et l’autre dessine, et ces dessins puisent leur source à la racine de ces BD qu’enfant j’aimais, et s’élèvent jusqu’à l’âge adulte. Ces dessins dont je suis le premier admirateur, un admirateur ébloui et content de l’être - ces personnages de l’un de mes romans que je vis publiés il y a peu, qu’ il l’ait lu ou pas, qu’il le sache ou pas, ce furent bel et bien eux deux tels que mon imaginaire les avait créés, exactement eux, si ce n’est un miracle, qu’est-ce…

Un an et un mois sans un mot, la dernière fois il fut… admirable, d’ailleurs et c’est pour moi une première dans ce milieu, j’ai envers lui une profonde admiration, sur tout et inconditionnelle. La base, le ciment de l’amour, c’est ça, admirer, regarder l’autre comme on contemple une splendeur qui jamais ne trahira ou ne décevra, un autre qu’on sait et qu’on aime libre et que l’on voit grandir, évoluer, créer, vivre dignement, accumuler sur deux ans un les beautés et realisations, faire les bonnes rencontres sams perdre de temps, aller droit et dans le bon sens, indépendamment de soi, moi qui suis l’indépendance incarnée je ne puis qu’aimer en profondeur un être aussi indépendant et aussi créatif. Et aussi ambitieux !

Complémentarité parfaite, ce qu’ il fait, ce qu’il dit, son regard sur les êtres et sur la vie, sa tolérance et cette aptitude à reculer exactement au bon moment, à ne pas se mêler du trouble, cet instinct éveillé, cette force intérieure aussi, ce sentiment d’un roseau en équilibre qui glisse et reste propre de tous temps, cette voix douce et mélodieuse, cet humour bienveillant qui peut à certains angles faire preuve de rosserie, mais d’une rosserie dépourvue de dureté, cette manière ferme de dire NON que j’ai un jour entendue de sa bouche et ou je me suis entièrement reconnu, cette forme de discrétion pleine de respect, ce respect de soi, cette élégance, vêtements, appartement, démarche, façon d’entrer dans une pièce sur la pointe des pieds mais sans s’effacer, à sa place, partout.

Dans un palace je l’imagine, sur une scène devant un auditoire, sur un grand écran, devant une caméra : partout à sa place ! Lui-même et ne se confondant jamais avec son image, sachant en jouer intelligemment, de manière subtile, à la fois moderne et classique, je sens bien, derrière, les parents, la ligne qu’ ils lui ont à deux tracée, ce Monsieur et cette Madame (ils méritent les majuscules) j’aimerais un jour les connaitre, je le sens, je les aimerais aussitôt… Si bien éduquer leur enfant, c’est devenu si exceptionnel !

Pas un copier-coller de moi mais un complément, une différence à compter d’un socle fort proche, originaires de régions limitrophes, le sud-ouest, éducation parfaite, adultes avec une part d’enfance assumée, l’un rêveur pierrot lunaire et l’autre intello à grande gueule mais doux au fond, très doux, paisible, apaisant. Tous deux humanistes o combien, ne jugeant point les êtres, l’un en âge de conduire le véhicule (et le faisant admirablement) et l’autre le lui cédant bien volontiers avec (maturité oblige) la connaissance subtile de l’itinéraire et une intuition du point d’arrivée.

L’un le choix du calendrier et l’autre la confiance de la patience.

Je le vois, le sais au plus haut, capable d’y arriver, je suis prêt à tendre l’échelle, puis  aussi si telle est sa préférence le laisser libre d’y parvenir seul, au firmament à mes côtés, il y parviendra je le sais, absolue certitude de cela. Comme j’y parviendrai moi. Le firmament : vivre la vie de nos rêves, le bonheur simple, tout bêtement, en faisant rêver les gens.

Nous ne ferons pas cela pour nous, nous n’en avons guère besoin, de cette reconnaissance, de ce que les autres disent, de ce tralala, on accomplit nos deux destins, on le fait dans le don et la légèreté à des âges différents, en parallèle ou ensemble. 

Il choisira -posons-les choses ainsi. A mon age j ai compris, le libre arbitre est un leurre. Tout est écrit déja. 

J’entrevois déjà les œuvres communes, celles du partenariat, tout est ouvert et possible avec cette combinaison, les choses qui semblent inatteignables, avec nos efforts et êtres conjugués comme une courte échelle qui accélère vraiment, avec lui surtout qui est au-devant, j’y tiens, qu’il connaisse cela le premier.


Quand l’amour se détourne de l’ego et s’incarne à ce point en un autre, en SON autre, Dieu que la vie est belle… Comme une transcendance, qui élève, devenir plume, et s’envoler aux vents pour retomber tel un duvet en douceur …


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