mardi 17 octobre 2017

50 ans de cinéma SF : Blade Runner de Ridley Scott

Sorti en 1982, le 3eme film de Ridley Scott dont la suite vient enfin de sortir ne fut pas loin s’en faut immédiatement le succès et le film culte que les années créèrent. Ce long poème désabusé sur un futur ou au sein d’une mégapole aux néons multicolores, zébrée en permanence par une pluie déprimante, rodent ces répliquants, flics hommes machines au service d’une Elite invisible marqua sans doute à l’époque davantage par son esthétique que par son message, bouleversant d’humanité.

Comme tous les grands films d’anticipation, Blade Runner est une alerte : oui humains vous filez droit sans le savoir, du fait des puissants qui vous dominent et vous aveuglent, vers un totalitarisme ou consommer, travailler, payer son loyer et se distraire sont devenus l’alpha et l’oméga d’existences ternes. Vos villes et leurs tours immenses avec ces publicités envahissantes, tout ceci est fait pour vous asservir, vos droits sont bafoués, en net recul, vous êtes à présent surveillés par une armée qui n’est pas humaine mais symbiose de la machine et de l’homme. Tels ces robots vous êtes esclaves de votre propension à l’individualisme, et prisonniers d’appartements minuscules au 36eme étage d’une tour qui défie les cieux et sur laquelle ceux-ci déversent des trombes d’eau.

Ou est Mère Nature dans ce long poème d’acier et de verre : nulle part. Où est l’humain, sinon niché derrière les masques impassibles, parfois secoués au fond du regard par une émotion, des deux personnages principaux. Harrison Ford : son visage est comme un tableau en mouvement, la mâchoire parfois se détend et l’œil s’allume.




Ces répliquants androïdes qui se rebellent doivent être par le biais d’Harrison Ford, le blade runner du titre, non pas détruits mais forcés au retrait – ce qui revient au meme mais le vocabulaire compte. Le chasseur les poursuit dans un Los Angeles (2019 …) inhumain livré à la pollution. Créatures non dénuées d’âme, les répliquants étonnent, certes font des bêtises, tuent certes, mais ressentent et tentent en eux-mêmes de chercher quelque chose auquel se rattacher, quelque chose qui se nomme vie.

La bouleversante quête en forme de chasse (chaque séquence, éloignée de l’action pure, fonctionne comme une strophe musicale au sein des décors somptueux signés Bilal et Moebius, deux des plus grands auteurs de bande dessinée SF au monde) est comme une mise en abime ou chaque personnage, le chasseur comme les chassés (et les poupées de ceux-ci) partent en introspection dans une mégapole sauvage ou s incarner est du ressort de l’impossible pour quiconque a un cœur.

Entre le Metropolis de Fritz Lang et Soleil Vert, la proposition d’anticipation du cinéaste pointe avec justesse le domaine du possible à portée de regard : Trans humanisme, policiarisation de la société, pollution galopante ayant détruit la nature, villes tentaculaires et désespérante solitude des êtres coupés de tout, ni famille ni amis : rien. Un Chinatown marchand, des tours et puis rien.

Le pouvoir ici demeure invisible, la main du diable se niche dans les ombres, Dieu est absent. La parabole de cette très libre adaptation d’un roman de Philip Dick est limpide : l’homme est un loup  pour l’homme, la fin est proche, la Terre fut tuée à toute vitesse par les marionnettistes qui créent des machines puis les font détruire par d’autres.


Deus ex machina : je tire les ficelles, déverse sur vos villes cette pluie déprimante et observe derrière un miroir sans teint, un peu comme toi spectateur acteur de ce miroir que je te tends avec quelques deux ou trois décennies d’avance sur le monde auquel je te prépare… 




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