jeudi 3 août 2017

Hommage plus que mérité à mon Ami Néo


A vous qui pensez connaitre mon Ami Néo alias Moshe A. -  ce texte écrit en 2016 qui va j’en suis persuadé vous faire découvrir une de ses plus belles facettes. Les faits, et ce qu’ il a fait remontent à deux ans et ont duré deux ans et trois mois durant. Vous allez voir, peu seraient capables de pareil sacrifice et lui l’a fait. J’en fus un témoin bouleversé et admiratif. Et pus après avoir épaulé mon Ami lors de l’enterrement de son père en décembre 2015 le prendre avec moi quelques mois plus tard et lui proposer d’être mon compagnon pour ce magnifique voyage. Ou il se révèle le parfait complément, le meilleur partenaire qui soit. Plus mature, adulte, la tête sur les épaules, concret que tous les gens que je connais – il était vraiment le seul et le meilleur choix qui soit. Et c’est bien qu’il se repose et se distrait pour le moment car il donna beaucoup avant comme vous allez le découvrir. 

Lui que je connais depuis 11 ans et dont l’adage est NE GRANDISSEZ PAS C EST UNE ARNAQUE est devenu un grand monsieur et j’ai un infini respect pour son parcours de vie. J’espère prochainement comme nous en avons déjà parlé écrire un livre sur sa vie à la première personne comme si c’était lui qui l’avait écrit. Car cet homme est un modèle, et lui qui a quitté l’école à la fin de la 3eme est devenu un adulte mature extrêmement intelligent et clairvoyant, qui connait mille choses et s’intéresse énormément a notre monde. Il voit juste et perçoit la vérité des êtres parfois mieux ou plus rapidement que moi. Est sans doute plus cool mais aussi plus dur ou plus intransigeant car la vie fut plus dure avec lui qu’avec moi qui suis l’indulgence incarnée et fais toujours le distinguo entre les êtres et certains de leurs comportements. Mais – et notre amitié splendide en est une preuve éclatante – nous avons su toujours nous pardonner et nous transcender. 

Je vous souhaite d’avoir au moins un être comme ça dans votre vie. L’amitié est le plus bel amour qui soit quand elle est à ce point désintéressée. Bonne lecture et belle découverte.
 d une facette splendide de Néo.


Il vint me chercher à la gare J’étais parti de bonne heure, par le train de sept heures depuis la gare de Vaugirard. Je le reconnus de loin, surpris son sourire éclatant. Nous ne nous étions pas vus depuis près de deux ans, et il m’avait fallu un an et demi pour faire le voyage. Simplement le revoir, me serrer fort contre lui, suffit à me rendre heureux. Il y a un tel amour, entre lui et moi, une telle connaissance de l’autre, le meilleur comme le pire. Nous avons traversé tellement d’épreuves, aucune n’a eu raison de nous. Il a pris quelques kilos, en parle comme d’une catastrophe, se trouve laid, difforme, se dit malheureux, est seul, complètement seul avec son vieux père malade dont il s’occupe nuit et jour. Je lui dis : que tu es beau, tu n’as pas changé, ça ne t’a pas changé, tu as toujours ce charisme qui fait que les gens se retournent sur ton passage. Et puis, c’est extraordinaire ce que tu fais, si tu savais combien je t’admire, et combien mon père à qui j’en ai parlé t’admire, lui aussi. Quelle belle âme tu es, tu es devenu un sacré bonhomme. Ça lui fait du bien, d’entendre ça, il verse quelques larmes, me serre contre lui. Puis nous montons à pied, et pénétrons l’appartement. Je découvre son quotidien. Son père a énormément changé, il n’a plus toute sa tête, et son corps est dans un sale état. Il ne marche presque plus, passe la journée, assis devant le poste, sans comprendre quoi que ce soit, à tourner les pages du journal. Il se croit dans la Nièvre, c’est le journal du 148 Centre. Parfois on l’entend murmurer, il semble rêver à voix haute. Il faut presque le forcer pour avaler une assiette, il n’y a que l’apéro qui ne pose pas de problème. Je vois Néo faire, cet effort de chaque instant, il n’arrête pas. Laver, préparer à manger, faire le lit, changer les draps, les couches, donner les médicaments, sortir le chien, appeler le tuteur, s’occuper des papiers… Il parle à son père comme on parlerait à un enfant, répète plusieurs fois la même chose car l’autre ne comprend pas, parfois s’emporte, l’engueule, puis se calme quand son père pleure. Je le regarde, admiratif, sur le rebord de la table de la salle à manger, agir, donner sans compter, quitter le lit très tôt, et puis boire, et fumer, pour tenir le coup. Nous nous endormons dans le même lit. C’est la première fois depuis sept ans. Je m’endors contre lui, il a le corps chaud. Ma main est posée sur la sienne, il me caresse gentiment. Il est comme avant, d’une incroyable douceur. Le second soir nous nous embrassons. Cela fait deux ans que je n’ai pas fait l’amour me dit-il, je suis devenu horrible, ici il n’y a personne, je ne peux plus. Nous le faisons. En douceur. Puis intensément. Comme avant, il y a des années de cela. On parle, après, blottis l’un contre l’autre. Moi aussi tu sais, cela fait longtemps. Pas comme toi, bien sûr… Mais que je n’ai pas ressenti ça. Je lui dis le premier soir, cette évidence : je n’ai jamais cessé de t’aimer. C’est si difficile nous deux, tu sais, dit-il, tu te souviens ? Veux-tu essayer à nouveau, je réponds. L’histoire reprend. Sept ans après. Il est d’une douceur incroyable. Sous la table, sa main qui cherche la mienne. Pas un instant sans qu’il ne m’agrippe tendrement, par 149 derrière. Sa manière d’étreinte est la plus apaisante du monde, il est d’une telle délicatesse et d’une telle intensité en même temps… Je reste quelques jours, puis repars. Je le sens affecté : tu es revenu me dit-il, et tu es à présent tout pour moi. Te voir partir me fait peur. Je reviens très vite, très vite, je te promets. Il me raccompagne sur le quai de la gare. Au moment où je monte dans le wagon il fond en larmes. Je te promets, lui dis-je à nouveau.
Je repars en Normandie peu de temps après, pour une semaine. Jusqu’à l’été, près de deux fois par mois, à peu près le tiers de mon temps. J’ai quelques contrats, financièrement ça passe tout juste. En dépit de cet amour revenu je ne suis pas encore sorti de ma dépression, certains matins sont pénibles, j’ai du mal à émerger avant dix heures. Le soir, face au poste qui hurle, je bois, moins que lui, mais la bouteille y passe. L’ambiance n’est pas simple, on est comme enfermés, le temps est souvent à la pluie, il fait froid, il y a si peu de choses à faire. Nous nous forçons à sortir ensemble, depuis un an et demie qu’il est là il reste le plus souvent dans sa chambre, à se réfugier dans le sommeil l’après-midi. Je me réfugie dans mon ordinateur, trop souvent à son goût, c’est la seule façon que j’ai de créer une petite bulle de protection. Je suis un ours, tu le sais. J’ai l’impression que tu t’ennuies, me dit-il sur le ton du reproche. Je tâche de faire au mieux, avec mes faibles moyens, y parviens parfois, échoue également, mais ma présence égaie son quotidien. Chaque matin, comme autrefois, il m’accueille d’un sourire radieux à mon réveil, m’embrasse tendrement, me sert une tasse de café. Il est d’une gentillesse bouleversante, la situation qu’il vit l’a fait mûrir à marche forcée, il a gommé à peu près tous ses défauts. A la moindre occasion, lui comme moi nous faisons ces petits gestes, ces petites surprises, ces cadeaux, il est capable de merveilleuses attentions, voit tout, se souvient de tout. Nous sommes toujours aussi différents, choisir un film qui nous plaise à tous deux relève toujours du casse-tête, mais nos sensibilités sont si proches… Et puis cette clairvoyance qu’il a, sur les êtres, cette politesse qui le fait observer sans réagir à tort et à travers, cette intelligence de la vie, cette intelligence tout court.  Il me dit : autrefois c’était toi qui étais en demande, et à présent c’est moi. Nous faisons souvent l’amour, il me dit chaque jour, combien tu es beau, tu dis n’importe quoi, sur ton âge, je te trouve plus beau à présent que lorsque je t’ai connu avec ton corps parfait.
Quand je lui apprends, pour lui et moi, elle sourit. Je sens que ça ne la surprend pas, que ça lui fait plaisir aussi, à elle. C’est lui qui nous a présentés, souviens-toi. Elle sourit, bienveillante et discrète, comme toujours. Je bloque l’été, et le préviens. Je reste un mois et demi avec toi. Il exulte. Je t’avais dit de me faire confiance, il n’y a rien que je désire d’autre qu’être avec toi. Ici chacun sait. Je communique beaucoup, des photos, sur Facebook, de lui et moi. Beaucoup le connaissent, d’avant, certains nous ont même vus ensemble il y a longtemps. Il est magnifique, ton homme, me dit-on souvent. Sur lui, il reste discret, il n’approuve pas cette amitié, il me le dit, mais il accepte. Quand je suis là-bas, je prends soin de ne pas trop l’appeler, de ne pas le laisser entrer ici. Néo me dit : tu peux le faire, je ne t’interdis rien, vous êtes amis, que veux-tu que j’y fasse ? Je lui réponds : ici je suis avec toi, même si je suis souvent avec facebook à regarder ce que fait tel ou tel, je suis avec toi. Je parviens à le convaincre de venir, pour mes cinquante ans. Il accepte, pour moi, de lui-même il appréhende, revoir tous ces gens qui ne lui ont pas donné signe de vie, se retrouver confronté à cette foule d’amis que j’ai tandis que lui est si seul, et puis sa présence… Il finit par me dire oui, un matin, tandis que je lui confie que s’il n’était pas là cela m’attristerait profondément. Je passe le chercher à la gare et l’accompagne jusqu’à l’appartement. Il aime, me le dit, la retrouve, six ans plus tard, la trouve changée, pas en bien, me le dit discrètement. Elle est dans une phase compliquée lui dis-je, ne t’arrête pas à la forme, c’est vraiment une très belle personne. Il n’a pas tort, le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne l’accueille pas avec chaleur, et lui si sensible et si nerveux, ressent les choses avec intensité. Prudent il s’isole dehors, me fait remarquer : cette maison n’est pas la tienne, elle occupe les deux tiers de l’espace, et règne en maitresse sur les lieux. J’approuve, tout en relativisant. Ce n’est qu’un cycle, ça ne durera pas, c’est compliqué pour elle en ce moment, alors je m’adapte. Tu sais, elle a été vraiment bien, quand ça n’allait pas, elle est fiable et d’une grande droiture, chacun a droit à ses moments de faiblesse.
Il prépare les lieux, décore la cour, pour la fête. Une fois encore je m’émerveille de sa faculté à faire, à inventer et à donner. A peine ici qu’il est dans la générosité et dans l’action, efficace comme toujours, et adorable. Tu vas revoir certaines personnes qui sont impatientes de te retrouver : mon père, ma sœur, Delphine et Fred. Ils me posent souvent des questions sur toi. Les miens t’aiment, tu sais. Les invités arrivent. Elle s’est installée aux fourneaux, et ne quittera pas la cuisine jusqu’au moment où elle partira danser. Tendue, elle me fera ce superbe cadeau, se mettre entre parenthèses au service de, pour que je puisse profiter de ma soirée. Lui aussi multipliera les efforts, s’occupant de chacun, rapportant à boire et à manger. Ton mec est un amour : j’entendrai ça toute la soirée.
Il arrive avec une heure de retard, il m’a prévenu avant. Il a préparé un plat, un taboulé. Entre, reconnaît des présents, vient m’embrasser. Il mettra peu de temps à me dire : je suis content de le revoir, content que l’occasion soit enfin là pour que je puisse lui parler. Je l’agrippe par le bras et lui dis : s’il te plait, n’en fais rien. Il n’en a aucune envie, il m’a promis de se montrer poli, mais ne le cherche pas. Sans que je m’en rende compte il n’en fera rien, passant la soirée à le poursuivre du regard, à se poster non loin de lui, à chercher le contact. Néo le sent aussitôt, et passe la soirée à le fuir.
La plupart des invités sont partis, nous ne sommes plus que quelques-uns, tous ivres. Je comprends que cette amie si proche est sur le point de vomir, je la conduis en la maintenant debout aux toilettes, puis dans ma chambre où je m’allonge contre elle en lui caressant la nuque. Je n’ai pas saisi qu’ils sont tous les deux restés seuls dans la cuisine. J’entends leurs voix, puis je l’entends Néo, lui dire son fait, en des termes très durs. Je me lève, la tête lourde, et les rejoignant, dis en regardant Néo : ça serait bien les garçons que pour mes cinquante ans vous ne me fassiez pas ça. Nous avons terminé, répond Néo sur la défensive. J’ai trop bu pour comprendre ce qui s’est joué et pour être capable de réagir convenablement, j’ajoute quelque chose, qu’il entend comme un parti pris contre lui. Il part, nous restons tous les deux, j’ai allongé l’amie dans l’autre chambre. Je ne suis pas en état, pourtant l’échange se poursuit, et très vite, dérape. Il est à fleur de peau, il s’est contenu toute la soirée, je n’ai rien vu venir. Et là, parce que c’est ma fête et que j’ai bu, je n’emploie pas les bons mots, je n’adopte pas le comportement adéquat, et ça part en vrille, entre lui et moi, nous nous hurlons dessus, fondons en larmes. Il dit qu’il veut partir, qu’il était certain que ça se passerait ainsi, que c’en est fini de nous, que je viens de lui briser le cœur. On s’endort, côté à côte, sans se toucher, avant de se réveiller deux heures plus tard.
Quand elle rentre, on se hurle dessus, elle panique, appelle un ami, réveille celle qui était endormie sur son lit, ne peut s’endormir tellement la crise entre nous est violente. Le ton finit par redescendre, j’ai admis mon erreur, je le lui dis une fois, dix fois, il pleure sans discontinuer, je mets deux heures à le calmer, je m’excuse platement, les choses reprennent un cours normal.
Je l’appelle avant l’issue heureuse, il décroche, je suis en pleurs, mon couple est en train d’exploser, il me parle de ce qu’il lui a dit, essentiellement de ça, c’est injuste et dur, il ne méritait pas ça. Nous le croisons le soir, c’est soir de Gay Pride, il a dansé toute l’après-midi, il est torse nu, un chapeau sur la tête, il me tend un gobelet. Rends-moi service s’il te plait. Je comprends qu’il urine dedans, sans même avoir pensé que cela pouvait me déplaire. Néo est à quelques mètres seulement. Je le revois deux jours plus tard, une fois Néo reparti, chez lui. Nous reparlons de la scène, pas un instant il ne parle d’autre chose que de ce qu’il a vécu lui, comme victime. Il réécrit l’histoire, mettant cela sur un dépit amoureux qui dure depuis trop longtemps, évacue toute responsabilité, ne songe pas un instant à moi, dont il a en toute inconscience bousillé l’anniversaire.
Je repars en Normandie quelques jours plus tard, pour tout l’été. Début aout, nous décidons de nous séparer. C’est pire qu’avant, me dit-il, avant que tu ne reviennes dans ma vie. Tu es là sans y être, tu lis, tu t’ennuies, c’est atroce pour moi. Je le regarde, il parle les yeux perlés de larmes, longtemps, d’une voix douce, bouleversé. Je le sais, ma dépression est encore là, malgré lui, elle me renferme et nous grignote, je n’ai pas le droit de continuer ainsi, de lui promettre quoi que ce soit. Il a son père sur les bras, dont la santé décline à toute vitesse. Je n’ai même pas été capable de l’accompagner à l’hôpital. Il me raccompagne, le dernier jour, devant l’arrêt du bus. Il pleure, il est d’une tristesse à me remuer le cœur. J’aimerais tant, mais ne puis, j’ai l’impression de déserter au pire moment pour lui, dans les mois qui précèdent la fin, mais comment l’aider si je ne parviens même pas à m’aider moi-même ?
 J’aborde la rentrée le cœur triste, Néo me manque, j’essaie d’entrer en contact avec lui, lui envoie quelques messages, il me répond aussitôt, fermé, extrêmement négatif. Je l’imagine seul, pleurant seul dans sa chambre entre deux nettoyages du père. Je m’en veux terriblement de n’avoir pas su me mettre à sa hauteur. A ceux qui me questionnent j’apprends la nouvelle et dis : je ne souhaite pas en parler. Pendant un mois ce deuil m’habite, assombrit mes jours et mes nuits. Un lundi d’octobre, Place de la Nation, j’éclate en sanglots et reste prostré, sous la pluie, plus d’une heure, à pleurer. Je lui adresse un message, tu me manques, laisse-moi revenir te voir. Il refuse, sèchement, me dit combien il déprime, combien la vie est dure et sans espoir. Il y a deux mois encore nous étions côte à côte allongés face à la mer, sous un soleil de plomb. Sa réponse tarit mes larmes et nourrit ma peine. J’ai envie d’en finir. Cette dépression n’en finit pas, un an et demie ainsi, je n’en peux plus.

Extrait de mon livre L’Ange et la Bête – paru en 2016.

10 euros TTC + frais de livraison 


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