samedi 15 juillet 2017

Le cancer des applis de rencontres GAY


Le développement inouï des applications de rencontres et de tous ses produits dérivés dans la communauté gay a transformé un nombre phénoménal de garçons à la base sincères et désireux de trouver le bel amour en un ramassis de futurs dépressifs frustrés, n’aimant en rien le reflet que leur renvoie le miroir, celui d’un quadra ou d’un quinqua qui a laissé passer sa chance et s’est par naïveté autant que par immaturité adonné avec excès aux vices de la société de consommation.

Gayromeo, Scruf et Grindr ont rendu quasi impossible le fait que deux hommes se trouvant dans un même espace avancent l’un vers l’autre après une phase délicieuse d’observation. Ce charme miraculeux de la belle rencontre est devenu rare : les gars sont là avec leurs applis et discutent deux plombes avec le mec d’en face sans faire un pas. Il faut des pastilles magiques pour que les corps osent, les esprits sont en mode bug depuis des lustres.

C’est triste, se transformer en produit, mettre ses photos avantageuses, celles d’il y a 10 ans, torse poil de préférence avec tout le matériel pixélisé en moche caché. Se mettre dans les bonnes cases, daddy, chubby, bear et tutti quanti, ce langage de Disney pour des gars de 50 piges avec de la cervelle, et qui l’abandonnent pour un peu d’amour à trouver dans une ville tentaculaire. Passer des heures, des mois, des années la dessus dans bouger, comme on prend son métro pour le bureau en espérant la promotion.

Les plus jeunes n’y voient goutte, ils sont encore à leur avantage, et n’entrevoient guère cette vérité première : dans cette gigantesque boucherie, tout le monde a pour horizon la poubelle a viande avariée.

Ces kilomètres de messages ou on déballe le menu et où l’on se livre en omettant beaucoup, comme lors d’un entretien de recrutement. A la moindre mauvaise réponse tu peux te faire éjecter, bloquer, insulter. Les gens s’achètent, se louent, se crachent à la gueule par écrans interposés puis font mine de l’avoir oublié deux jours plus tard. Dans ce cloaque, les plus lâches et les plus méchants sont les seuls vainqueurs, et les plus fragiles et sincères les cibles préférées. On glose beaucoup sur l’homophobie, en omettant de dire que la plus féroce est celle pratiquée en son sein.

C’est si beau, l’humain, l’amour, la rencontre, la sensualité, la douceur, l’écoute, le long cheminement pour connaitre un autre. Tout a été massacré et piétiné, de tristes `plans cul qu’on préfère oublier et qui parfois remontent sans qu’on leur veuille alors qu’il pleut.

Alors l’homme seul et esseulé pleure sa triste solitude d’homo occidentalus. Ils avaient eu tant d’occasions avant pourtant mais sont allés tous ou presque au plus simple, la chair facile, l’addiction sexuelle, les trucs glauques entre deux courses, les petits arrangements avec la vérité, les je te lâche pour rien et je passe au suivant, et je reproduis en moins bien, et me voilà seul a 55 ans avec mon boulot de merde. Trop vieux et pas assez riche pour entretenir un petit salopard qui me trompera et me piquera sans doute mes sous.

Vous vous êtes laissés peu à peu détruire par renoncement ou lâcheté, les gars, mais sachez-le vous êtes encore en vie. Il n’est point trop tard pour les désactiver, ces applis, pour réapprendre ce que vingt ans auparavant vous faisiez. Sortez, osez, entrez dans ce bar, ouvrez les yeux, prenez votre temps, contemplez. Lâchez cette tension intérieure, y’a pas le feu, ce qui doit advenir adviendra pourvu que vous soyez ouvert et vous-mêmes.

Soyez plus forts, plus grands, plus sensibles, en un mot plus vous-même que cette logique mortifère qui envoie tant de vos copains chez le psy et à la pharmacie voire à la case suicide. L’amour ne se doit, ne se mérite ni ne s’achète ou se loue : il se vit, se donne à vivre à celui qui l’a en lui et se donne à lui. Ceux qui vous disent le contraire sont des serpents, n’écoutez que votre cœur les gars, et réveillez moi ce bel endormi. Et aimez-vous un peu mieux, vous en deviendrez aimables.


Quant à vous les beaux gosses auto proclames aux pectoraux piqués aux stéroïdes, rabattez votre caquet et écoutez vos ainés. Cessez de vous prendre pour des dieux parce que la nature vous a gâtés. C’est provisoire ce truc, ça dure pas, le nombre de likes sous vos photos c’est un leurre. Faites preuve de grandeur d’âme, montrez-vous respectueux et bienveillants envers cet homme qui a l’âge d’être votre père et que vous bousculez sans ménagement. Car quand à votre tour…


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