jeudi 13 juillet 2017

J'ai deux amours ...


Deux. Deux graines que j’arrose, les deux mêmes depuis un an et demi. Et (d’ici la fin de la saison) un an sans avoir vu l’un ou l’autre ou sans avoir eu la moindre nouvelle. Tout en sachant pour l’un et sentant intuitivement (peut être que je me fais des idées, ça arrive…) pour l’autre que l’un comme l’autre en toute discrétion me suivent. Ce qui me convient fort bien.

Aimer signifie aimer l’autre pour lui, non pour soi. L’exercice a donc tout pour m’accompagner à transcender ce qu’on nomme besoin ou dépendance : c’est plus que réussi. Pas un jour sans que plusieurs fois l’un puis l’autre apparaissent, fassent un petit tour au jardin de ma belle solitude. Et qu’a l’un puis l’autre j’adresse plus que des vœux de bonheur et des petits mots chouettes.

Deux amours comme chantait l’autre. Et la vie va (comme ce fameux soir d’anniversaire en février dernier) faire le choix à ma place.



Le célibat me va très bien, onze mois maintenant, je n’ai jamais été aussi paisible et épanoui. Aucun besoin donc, absolument aucun. Ça peut être un cadeau de la vie, un plus, un bonus : car partager avec un autre c’est quand même pas rien. Mais en rien nécessaire. J’ai mis une telle distance que s’engager dans un truc comme ça faut vraiment avoir les reins solides et être porte par quelque chose de fort, vu le temps que j’ai mis pour oser faire le grand saut. Personne est obligé de suivre, mais comme je disais a une amie ici qui me demandait : mais tous ces gens que tu aimes derrière toi, si tu ne reviens plus en Europe … ? Je lui ai dit en souriant : ceux qui m’aiment vraiment prendront l’avion et ils ne le regretteront pas !

J’ai ma préférence, bien sûr, et celle-ci fait sens, profondément sens. On ne peut si l’on s’engage véritablement et entièrement avoir comme dit le proverbe « deux maisons », sous peine de perdre sa raison. Donc le plus âgé des deux, celui à propos duquel déjà ce fameux samedi soir j’avais plus que pensé : pardi, nous avions passé une heure tous deux à converser sur un registre que je ne qualifierais pas de « séduction » mais bien de « on est vraiment séduits ». En tout cas tel fut mon sentiment, sans trop préjuger du sien, restons modestes …

Malicieusement la vie, sans que je m’en rende forcement compte, a fait rentrer dans le jeu le second, tandis que je venais de proposer au premier de rentrer avec moi à la maison. Et nous fumes donc trois, sur le lit, à converser en sirotant des bières. L’un me massait et me caressait gentiment, l’autre observait silencieusement, le ton était léger, et la nuit fut traversée. L’un partit, l’autre resta. Ce ne fut point celui que je voulais qui resta, mais, o surprise, à peine laissés seuls qu’advint un miracle. Ça s’appelle la pré destination : le couple doublement cathartique (car tel est le sens de cette rencontre unique dans nos deux vies : le sens profond c’est ça et rien d’autre, et il n’y a aucun hasard) est né ce dimanche matin vers sept heures, au jour se levant.

Il tomba amoureux, je le vis et le lus dans son regard, et ce fut tellement extraordinaire, voir un aussi jeune homme tomber pour la première fois de sa vie amoureux, que mon cœur claquemuré depuis des années s’ouvrit : ce fut un apport décisif pour toute la suite. Sans ca je ne serais et n’en serais pas là. Si c’avait été l’autre je serais encore à Paris. A quoi ça tient les choix de la vie …Comme le film d’Alain Resnais : Smoking/No smoking…

Un mois et demie de bonheur, d’amour et de légèreté ; nos débuts furent plus que prometteurs, magiques. Je le connaissais depuis deux ans, avais dit non sans le dire la première fois, il avait patiemment attendu, s’était sur la durée montré fort amical, prévenant, fin, extrêmement présent tandis que je traversais sans qu’il en sut rien des moments durs. Me proposant de le rejoindre, pour un film, pour un verre. Présent, vraiment, et patient, très patient : un véritable bonheur que de l’avoir eu à mes côtés en ces temps-là. Jusqu’à (malice du destin …) avoir vu ensemble six mois avant le coup de foudre ce film : LOVE… Qui illustre admirablement ce que nous vécûmes ensuite…

Je me souviens, la première fois que je l’ai trouvé désirable, je lui avais confié à mi mots. Quelque chose en lui avait changé, muri, l’été avait transformé ce poupon en jeune homme sexué, il était devenu soudainement à mes yeux fort séduisant. Il était alors sur la réserve mais fin, subtil, tout en douceurs et en nuances. Le charme à l’état pur éclairé par l’intelligence et la bonne éducation.

A mon retour de Barcelone tout changea. A ce merveilleux compagnon complice se substituait parfois un autre en tous points opposé, celui que je nommai le personnage ou l’enfant roi. Mal élevé, désagréable, mufle, arrogant, méprisant à un point dingue : bref, l’inverse de l’autre, de celui que j’aimais. Je compris devant l’accumulation de preuves que c’était malgré lui, qu’il ne s’en rendait pas compte, il entamait sa mue à partir de notre amour et son personnage public s’enracinait. Il trouva son public dans la comédie des apparences, phase nécessaire dans la vie d’un jeune homme, et le faisait avec les moyens du bord, comme toujours vu l’absence de père comme de repères.

Lui si introverti s’ouvrait sur les autres, devenait populaire et apprécié, et j’en faisais sans qu’il s’en rende compte les frais. Cela réveilla mes blessures, celles que je pensais guéries, ce fut extrêmement dur après tant d’amours déçues puis cet espoir si récent et si magique, ce retour à la douleur. Et je développai à partir de ses réels dysfonctionnements un comportement plus qu’inadapté, hystérique : la peur avait pris le contrôle malgré moi, j’accumulais à partir de ses sorties de route dysfonctionnements et bugs à outrance de manière totalement disproportionnée sans pouvoir y faire grand-chose.

Il ne me fallut que trois petites semaines pour me prendre en mains. On était vraiment à deux mois d’un commencement merveilleux en train à deux sans le vouloir de massacrer une splendide histoire d’amour et je ne pouvais en tant que plus âgé des deux que commencer à partir de moi-même à agir pour stopper la chute. Il me fallut quatre séances sur près de deux mois. Pendant l’inventaire les affaires continuèrent, et je vis combien malgré mes efforts l’un et l’autre étions en dépit de magiques moments et d’une indéniable sincérité incapables de stopper cette logique destructrice qui nous avait pris aux tripes.

Je fis donc ce que fait un adulte en ces circonstances et lui annonçai que je stoppai. Il s’écroula, en larmes, et je vis à terre l’enfant blessé abandonné. Fis aussitôt le lien avec son histoire la plus enfouie et la plus ancienne. Compris et admis que je ne pouvais une seconde fois lui imposer ça, que l’issue était inscrite mais qu’il fallait avoir l’élégance de lui laisser a lui le choix du moment. Il était trop jeune et trop inexpérimenté, trop inconscient surtout de ce qui lui était arrivé autrefois, il n’avait fait que son possible avec cœur en fonction des moyens du bord.

La thérapie se poursuivit et atteignit son climax le soir de son anniversaire. L’aigle sortit, la douleur avec, je lui explosai son anniversaire et recréai sans le savoir et sans le vouloir (quand la peur prend le guidon tu n’es plus toi-même) le trauma originel. Naturellement il fut traumatisé et se bloqua, son cœur se referma, sa bulle de sur protection l’enveloppa. A compter de la tout fut évidemment condamné.

A son tour après moi il commit erreur sur erreur, mais des belles, ce que j’appelle des erreurs formatrices. Des qui donnent après matière à réflexion et à changement. Rien de condamnable bien au contraire donc. Je lui tendis la perche juste avant mon départ en Grece, persuade et désireux qu’il dise STOP : il bloqua, n’y parvint point, et prononça alors une phrase décisive : l’intuition encore une fois, marque d’un être supérieurement doué.

Comment reprocher à quelqu’un de ne pas avoir eu de père, d’avoir été adulé et protégé de manière foncièrement bienveillante, de ne pas connaitre certaines limites : on ne peut inventer ce qu’on ne nous a pas appris, ce fut donc pour lui comme un apprentissage en situation. Il fit de son mieux, et je fais confiance à sa stupéfiante intelligence et à son intégrité pour parvenir avec le temps à débroussailler tout ça.

Car il est supérieurement intelligent, supérieurement sensible, et d’une maturité hors du commun. Ce garçon (que je connais intimement) est très très au-dessus du lot, il n’y a qu’à voir ce qu’il lit, à l’écouter commenter un film exigeant qu’il vient de voir : il comprend vraiment tout, et s’il ne comprend pas son intuition lui souffle. Dans sa bulle il a appris à développer quelque chose d’absolument unique, personne ne lui a dit : coco tu es appelé à être sur le dessus du panier, à toi l’excellence, à toi l’exigence, à toi ce qui est impossible à la plupart des êtres que tu côtoies. Il fait des choix conformistes, donne l’impression d’aller vers la facilité, est très cossard, mais le potentiel est insensé. Un jour il choisira ce chemin, celui de son destin, j’en fais le pari.

Son apport à mon égard est énorme : m’accompagner près de deux ans, me faire à nouveau croire en l’amour, me mettre en situation de guérir du passé, réveiller ma créativité (la reprise de Sundance, c’est grâce à lui), me donner la possibilité (y contribuer) de m’envoler une bonne fois pour toutes.

Je lui suis donc plus que redevable. Et ai donc fait ce qu’il faut depuis pour répondre à son inconsciente injonction. Fais peter ma bulle, donne-moi ce que je n’ai point reçu, transmets moi ce que mon père absent n’a pas donné (comment ne pas comprendre ainsi son attirance envers des quinquas et moi en particulier), aide moi à développer des armes pour affronter sereinement la vie adulte dans laquelle je vais tout prochainement rentrer, apprends-moi à ne pas avoir peur et à gérer avec distance la violence des aures etc… Je vais (je le sens) y parvenir, pas pour moi mais pour lui. Il sera le fils que je voulais avoir, en quelque sorte. Le cycle des regrets fera partie de l’apprentissage, que ceux-ci soient formulés ou non. Et je l’aiderai à le dépasser le plus doucement possible, a le sublimer comme on dit et à puiser à compter de le meilleur de lui-même. Que l’effet qu’il ressent sous pilule il puisse trouver encore mille fois mieux sans, pour faire simple. Avec pareille intention et pareil bonhomme : impossible d'échouer.

L’autre – le plus âgé - : le cas est mille fois plus simple. Le garçon est déjà un homme depuis belle lurette. Deux parents présents et aimants, socle de valeurs impeccablement posé, attitude éthique en toutes circonstances, artiste et pas de second plan, beaucoup de distance et de hauteur de vue, et presque pas voire pas d’ego. C’est ce que j’appelle une pépite, quelqu’un de rare, au comportement en toutes circonstances impeccable, léger comme une plume, fort drôle et incapable de méchanceté, couillu et sachant appeler un chat un chat et en effet un des rares individus dans ce drôle de milieu que je connaisse pour lequel je ressens une sincère admiration.

La première rencontre exposa tout l’essentiel : nous parlâmes deux heures durant éthique. Et la sienne correspondit parfaitement à la mienne. Capacité à voir la vérité des êtres, à ne pas les juger tout en dénonçant ou déplorant certains comportements. Faculté à se tenir à distance, à reculer quand il faut. Apres ces deux heures je suis rentre ébloui de cette rencontre.

Le peu de fois que nous nous vîmes ce fuit pareil : du coton. Le soir d’anniversaire, l’achat de son dessin dans ce drôle de bar, les deux heures en juillet sur cette barque, et puis évidemment le soir de mon retour de Grèce, ou il eut a un moment clef une attitude et des propos inoubliables.

Pas envie d’en dire plus. Pas matière, et puis un peu de discrétion… Je guette son passage en décennie d’ici peu et me satisfais de le voir si léger et si inchangé. Ce garçon tout le monde l’aime, il est irrésistible parce qu’humainement parlant, la classe 7/7,24/24.

Je vais continuer à arroser ces deux belles plantes, à les chérir, à rêver à, à ne rien exiger, rien attendre, à espérer que, qu’ils aillent bien surtout l’un et l’autre, et surtout à laisser la vie qui fait si bien les choses jusqu’ici continuer à décider à ma place. L’un, l’autre, ni l’un ni l’autre : il n’en sortira que du bon.


Bel été à vous deux et à celles et ceux que vous aimez.


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