samedi 8 juillet 2017

Deneuve et Gainsbourg - Ouverture du Palace (extrait de SUNDANCE/GENESE vol.2)


De mémoire de parisien, l’ouverture du Palace le 1er mars 1978 demeure sans nul doute le plus incroyable événement festif jamais organisé à l’époque moderne dans la capitale. Comme si, à force d’avoir écumé pendant quelques mois les excentricités du Studio 54 depuis l’an passé, Fabrice Emaer avait creusé un tunnel traversant l’Atlantique, d’où il avait importé tout ce qu’en Amérique on savait faire comme personne pour faire des rêves les plus fous une réalité tangible.
Ils vinrent tous, et se bousculèrent à l’entrée. Wharhol, Dali, Amanda Lear, Harvey Keitel et De Niro, Mick Jaeger, Paul Mc Cartney, Bowie et Iggy Popp, Hallyday et Vartan, Alice Saprich, Delon et Belmondo, Romain Gary, Liz Taylor, Gloria Lasso, Lauren Baccal, Bette Davis, Brialy et Romy, Catherine Deneuve, Kenzo, Lagerfeld, Dalida et Orlando, Sheila et les B.Devotion…
Et, clou de la soirée, Grace Jones, pour un récital haut en couleur. Vêtus par Thierry Mugler de flamboyants costumes rouge, les serveurs, passant de table et table, lancèrent dans les travées le show. Désignée égéries du lieu, Suzanna et Pierre les avait recrutés un à un les jours précédents en écumant les discothèques et les bars branchés de la rue Saint Anne.
« Encore merci pour le coup de fil à Chirac. Ces cons de la sécurité ont bien failli m’interdire d’ouvrir, fit Emaer en accueillant sa star.
-          Tu m’as bien castée, petit malin, sourit-elle en attrapant la coupe qu’il lui tendait.
-          Il viendra, finalement ? Il m’a dit qu’il ferait un saut.
-          Oh, t’attends pas à un miracle, ici c’est pas son truc, je le connais. Grace passe dans combien de temps ?
-          D’ici une heure si tout va bien.
-          J’ai fait un saut dans sa loge. Ca sniffe, ça baise et ça picole sec.
-          Avec elle faut s’attendre à tout. Mais c’est une pro, elle assurera. Je l’ai vue se mettre dans des états apocalyptiques, vomir en beuglant deux minutes avant d’entrer sur scène puis faire le show comme si de rien était.
-          Il y a des natures comme ça.
-          Grace est insubmersible »
Elle aperçut les deux silhouettes se détacher de l’ombre. La chevelure blonde de l’actrice apparut la première, suivie d’un nuage de fumée.
« Catherine, l’accueillit Fabrice. Catherine et Serge !
-          Bonsoir Fabrice, fit-elle en levant sa main. On est à l’heure j’espère.
-          A cette heure là il n’y a plus d’heure, fit Gainsbourg en ricanant nerveusement.
-          Ah mais, arrête avec ça !, fit-elle en riant aux éclats. Il peut pas s’empêcher, ces mains baladeuses, j’ai horreur de ça, moi.
-          Tu dis pas toujours ça !
-          Ca t’apprendra à vouloir sortir une bourgeoise, répliqua t-elle en allumant une cigarette.
-          Dieu fume des havanes et sa belle se pavane, fit-il en l’agripant à la nuque.
-          Dieu fait tomber sa cendre dans mon décolleté, fit-elle en s’écartant de lui pour s’asseoir à la table d’Emaer. Bonsoir, fit-elle en remarquant Suzanna. Dieu, ces cheveux, quel noir, c’est splendide !
-          C’est 100% naturel, fit Suzanna
-          Oh naturel, moi vous savez… La seule chose qui me reste de naturel c’est mon sens de la répartie. Serge, lâche-moi un peu, tu veux ! Vas donc te chercher un double scotch. Mais quel pot de colle !
-          Je la caste, elle me castre, fit-il en se penchant vers Suzanna. Je l’aime, moi non plus, once again. And again… »
Il fit un pas en arrière, et s’évanouit dans un nuage de fumée.
« Je vais pas tenir longtemps à ce rythme, fit-elle à Suzanna dès qu’il fut parti.
-          Vous l’aimez ?
-          Je l’aime bien. Je l’admire. Mais il est proprement invivable. Cette angoisse permanente qu’il vous balance à coup de mains aux fesses… Heureusement qu’il y a le reste.
-          Le reste ?
-          L’homme. L’homme bien sûr. Et puis la musique. Et puis les textes.
-          Dark Genius.
-          En location je veux bien. Mais pas plus.
-          Vous allez arrêter ?
-          Il fait tout pour. Avec Bardot il a fait pareil. Elle l’a plaqué, vous avez comme moi entendu le résultat.
-          Un chef d’œuvre.
-          Oui »
Elle avala une gorgée de champagne et se cala au fond du canapé.
« Ne vous laissez pas happer par ça. Vous n’y pouvez rien, c’est comme ça.
-          Un à un je les retourne. Il n’y a  qu’avec Marcello que ça s’est bien fini. On a fait un enfant. Il existe. Et puis Marcello, que voulez-vous, lui, il est léger comme une plume. C’est moi qui, à côté, ai l’air d’une baleine.
-          C’est l’homme de votre vie ?
-          On a plusieurs vies en une seule.
-          Il y a l’avant et l’après Françoise ? »
Soudain le visage de l’actrice s’obscurcit.
« Pardon, fit Suzanna en caressant sa main. Je n’aurais pas dû.
-          Pourquoi ? Vous dites les choses, c’est bien.
-          Mais ne développons pas. Faisons comme Marcello. Allons danser.
-          Bonne idée. Avec nos coupes ?
-          Ecoutez ! Sunny de Boney M.
-          J’adore. C’est si gai.
-          Si lumineux.
-          Le soleil !
-          Le soleil au zénith…
-          Pardon ?
-          Le soleil au zénith me surexcite. C’est les paroles de la dernière chanson de Serge. Sea, Sex and Sun, que ça s’appelle. Ca sortira pour l’été. C’est irrésistible.
-          Vous venez ?, fit Suzanna en se levant.
-          Je vous suis. Où allons-nous ?
-          Sous le soleil exactement »


« Ne vous approchez pas trop près »
Pierre l’avait saisi par la manche, sans brutalité, tandis qu’il s’avançait vers elles, un peu comme un insecte vers une ampoule brulante.
« Hey, ça va, lâche-moi mec »
Pierre lui fit face, et le regarda. Serge Gainsbourg semblait difficilement tenir sur ses jambes. Il fit quelques gestes brusques avec ses bras, mais ceux-ci manquèrent leur cible.
Pierre se saisit de ses deux mains, et s’approcha de son oreille.
« Serge, elle est là, t’inquiètes. Tu es venu avec, tu peux repartir avec.
-          De quoi tu me causes man ?
-          De ton soleil »
Il surprit un voile dans le regard de l’artiste.
« Je t’offre un verre, viens. On sera à quelques mètres, tu la verras, t’inquiètes. La femme avec elle, c’est la mienne.
-          Putain mon salaud.
-          Elle est belle hein.
-          De la bombe. Elle brûle non ?
-          Avant oui.
-          Tu l’as dégoupillée ?
-          C’est pas possible de dégoupiller une femme. Faut qu’elle le fasse d’elle même.
-          Comment t’as fait ça ?
-          Je peux pas te dire.
-          Mec, aide –moi.
-          Je peux pas Serge, sérieux. Je peux juste te dire de venir avec moi, et de les laisser un moment ensemble, sans flipper.
-          Putain, le stress.
-          Je sais man. Je sens »
Il lui toucha le cœur.
« Ca bat fort.
-          A le faire craquer
-          Il tient bon.
-          Ca fait un bail que je fais tout pour qu’il lâche
-          Mais t’y arrives pas
-          Il est plus fort que moi on dirait.
-          Ton cœur c’est toi »
Serge se figea un instant, et plongea son regard dans le sien.
« Putain, mec, c’est beau ce que tu viens de dire
-          C’est surtout juste.
-          T’es sérieux pour le verre ?
-          Ouais mon gars », fit-il en l’agripant et en le poussant presque de force en direction du bar.
Pierre l’entraîna vers un canapé, les deux verres à la main.
« On trinque à quoi ?, fit Serge.
-          Au soleil. Au soleil qui réchauffe.
-          Il me crâme.
-          J’ai connu ça
-          Tu t’en es sorti ?
-          Pour l’instant.
-          Ca dure jamais éternellement
-          Je sais. Trinquons à l’instant plutôt.
-          Ouais. Ca c’est une idée qui me plait. Ton nom c’est quoi ?
-          Pierre.
-          Comme un roc ?
-          Qui roule.
-          Tu roules ?
-          Pas dans la farine. Je danse, mec. Je reste pas immobile. Je glisse.
-          T’as l’air heureux.
-          Je le suis.
-          Ca fait longtemps ?
-          Pas tant que ça.
-          Et avant ?
-          L’enfer
-          Vraiment ?
-          Pire que toi.
-          Qu’est-ce que t’en sais ?
-          Je le sais »
Gainsbourg plongea son regard embrumé dans le sien, et resta interdit.
« La braise, man. Putain, t’en as chié.
-          L’instant, mec
-          L’instant c’est qu’elle est là à se dandiner et que je picole
-          Sirote et admire-la. T’as la star que tout le monde veut, et tu te lamentes.
-          Je suis un pauvre connard.
-          T’es un sacré artiste aussi
-          Ca va ensemble
-          Pas forcément. Mais faut que vous dégustiez, vous les artistes. Je veux dire les grands
-          Je fais de l’art mineur
-          En do majeur
-          Bien, man. Tu me plais »
Il avala cul sec son whisky, et rota.
« Cul sec et bite molle. Un vrai nullard de juif, que je suis
-          T’es au zénith, les pieds dans ta merde
-          Avec la plus belle femme du monde
-          Avec Bardot
-          Après Bardot
-          Tu te les es toutes faites mon cochon
-          Je me les fais pas. Je les honore, nuance.
-          Avec des poèmes ?
-          Et des caresses.
-          Tu es pas bon au lit ?
-          Je suis un gros naze au lit, je bande mou. Mais elles s’en fichent. Elles baisent ailleurs. Ce que je leur offre, moi, personne d’autre ne peut
-          Tu vois quand tu veux
-          Je suis lucide, tu sais. La bibine m’aide à voir clair.
-          Tu sais que tu vas la perdre.
-          Bien sûr que je sais. C’est quand elles s’en vont que j’écris le meilleur. Je t’aime moi non plus ça s’est passé comme ça. Sauf Jane. Elle je sais pas pourquoi, elle reste
-          Elle t’accompagne.
-          Elle partira aussi
-          Elle t’aura apporté ce qu’aucune autre ne t’aura apporté.
-          Charlotte.
-          Ta fille ?
-          Mon diadème »
La scène s’éclaira, et la musique s’éteignit
« C’est Grace Jones, fit Pierre.
-          Et allez, encore une chaudasse !
-          Tu la connais ?
-          Elle m’a foutu la main dans le fut, un soir. Je bandais mou, cette conne s’est acharnée.
-          Et alors ?
-          Elle est arrivée à ses fins. J’ai giclé dans sa main. On était à table. Elle a tout léché.
-          Elle a pas froid aux yeux.
-          Dans le genre chaudasse, c’est la tête de gondole. Elle est démente, et drôle en plus.
-          Tiens, voilà nos femmes »
Suzanna et Catherine s’assirent à leur côté.
« Ca va ?, demanda Catherine à Serge en passant son bras autour de son cou.
-          C’est le mec de ta nouvelle copine. Il s’appelle Pierre.
-          Ah bonsoir ! Je vous l’ai empruntée, ça vous dérange pas ?
-          Suzanna fait ce qu’elle veut. Vous pouvez même vous bécoter si ça vous tente.
-          C’est déjà fait.
-          Elle embrasse super bien
-          Moi aussi vous savez
-          C’est une proposition ?
-          Appelez ça comme vous voulez »
Pierre se pencha vers Serge.
« Ca te dérange ?
-          Fais comme chez toi.
-          Dans ce cas »
Il se pencha légèrement, et posa sa main calleuse dans la sienne.
«  Ca sent la terre, ça
-          Ca en vient
-          Hum, Dieu Marie Joseph
-          Vous allez pas me réciter le Notre Père ?
-          Pas si vous m’en empêchez »
Il posa ses lèvres sur les siennes, et plongea son regard dans le sien.
« Intéressant, fit-elle
-          Chut
-          Je …
-          Tais-toi », murmura t-il.
Il sortit sa langue et délicatement passa le bout sur ses lèvres.
Puis l’embrassa à pleine bouche.
« Elle va grimper aux rideaux, murmura Suzanna à l’oreille de Serge.
-          Il me prépare le terrain ?
-          Pas question que je le laisse partir avec elle.
-          Merci poulette.
-          Je t’en prie, poinçonneur.
-          T’aimes les blagues de cul ?
-          Je préfère le faire.
-          Avec qui ?
-          Mon mec, rien que lui
-          Putain, ça existe donc ?
-          Pour certains
-          Je suis pas sur la liste
-          T’es sur une autre.
-          Je préfère la tienne
-          La tienne est plus condensée.
-          Ca me fait une belle jambe.
-          File-moi un peu de ton whisky. Et embrasse-moi s’il te plait »

Extrait de SUNDANCE – Livre 1 : GENESE (vol.2)

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