samedi 3 juin 2017

SUNDANCE / GENESE (9)


L’antre devint leur domaine. Chaque fois Suzanna insistait pour que Laure la suive, chaque fois Laure résistait. Puis cédait.

Le couple se forma ainsi, à trois. Suzanna attirait Laure, puis l’ignorait. Pierre, quant à lui, ne décidait de rien, mais la retenait. Mieux : s’en préoccupait. A sa manière, frustre, mais efficace. Avec Suzanna, il inspirait de l’air et expirait du feu. Envers Laure, au contraire, son souffle était comme retenu à un fil invisible.

L’été passa, égrenant ses jours et ses nuits de flamme sous les effluves de fumées d’alcools. Les corps libérés se mêlaient le long du fleuve aux eaux salies. La rue était fête, en ces années suspendues au-dessus du gouffre. Qui aurait songé se pencher, alors qu’au firmament brillaient d’aveuglantes étoiles ?


Charles, le petit frère comme l’appelait Pierre, apparut un soir, et avec lui l’automne. Ils étaient tous trois affalés à même le sol, cheveux relâchés et chemises ouvertes autour d’un Monopoly. Pierre, c’était presque un jeu pour les deux sœurs, remportait toutes les mises, palpant les faux billets de cinq cent avec un appétit insatiable. Elles aimaient le voir ainsi, gourmant, rieur et incroyablement sexué, avec sa défroque des beaux quartiers maculée de tâches. Les prendre l’une par la taille, l’autre par la nuque, masser l’une et embrasser l’autre, dans un même mouvement généreux. Toucher était pour lui un langage dont elles se montraient ensemble et différemment dépendantes.

Ce fut Laure qui, alertée par le courant d’air occasionné par la porte ouverte, leva la première les yeux. Celui qu’elle surprit se tenait là, penché. Ce qu’elle vit lui fit aussitôt mal.

« Te voilà donc, petit frère, l’accueillit Pierre, tendant son propre verre sans se relever, tant il avait avalé d’alcool.
Suzanna lança les dés, et exulta.
« Rue de la Paix ! Rue de la Paix !
- La rue qui mène droit au magot, ponctua Charles.
Elle s’était précipitée sur la banque, et de ses longs doigts aux ongles vernis attrapait un à un les billets.
« A deux on a tout, fit-elle en sautant au cou de Pierre.
- A deux on rachète tout, répondit-il en contenant son entrain.
- Il est loin, le temps de la rédemption, murmura Charles en observant Laure à la dérobée, qui lui sourit.
- Toujours le mot pour rire, petit frère »

Charles s’appuyait sur une canne. Son visage pâle était traversé de part en part par une fine cicatrice, passant au-dessus de l’œil droit en direction des lèvres, et se perdant dans les poils d’une épaisse barbe rousse. Il n’avait pas vingt ans, mais semblait déjà las que d’avoir trop vécu. C’est ce que sentit Laure, qui reconnut la peine sous le rictus, et la beauté désolée dans le regard.  

« As-tu bien vécu ?, questionna Pierre.
- Aussi vrai que tu es ivre, je suis sobre, répondit Charles en s’affalant sur le canapé. Et désarmé. Aussi nu que les branches en hiver, à la fin de l’été.
- Tu pourrais parler simple ? Par égard pour ces charmantes demoiselles… Mais je te préviens, petit saligaud. La brune aux billets, elle est à moi !
Charles fixa Suzanna, qui plissa ses yeux en amandes et pinça ses lèvres.
« Enchantée, se contenta-t-elle de dire, enserrant son gain contre son cœur.
- Tout est dit ! », lui répondit Charles.
Puis, se tournant vers Laure :
« Et toi, belle enfant ?
- Je suis la sœur de Suzanna… La jumelle…
- T’as bien un nom ?
- Laure.
- Laure. L’aurore.
- L’or. Money !, ricana Suzanna en se frottant contre Pierre.
- A livre ouvert ! Amusant !, ponctua Charles le visage fermé. C’est bien frangin, ça marche pour toi. Elle est belle, et bien carrossée. T’investis comme il faut. Content pour toi.
- C’est du costaud, maugréa Suzanna en redressant sa poitrine.
- Du costaud. Mais qui se raye. Faut faire gaffe !, reprit Charles.
- Pas envie d’abimer ça !, répondit Pierre en posant sa main sur les hanches de Suzanna.
- Une mauvaise manœuvre, et elle s’abime toute seule, frangin ….
- Hey vous deux, s’exclama Suzanna en riant. Je suis pas si conne, je sais conduire !
- En marche avant, certes, ricana Pierre.
- La marche arrière c’est plus tordu, continua Charles. Faut être souple ! Et quand tu regardes dans le miroir, t’as intérêt à pas trop fixer ton cul !
- Pourquoi il dit ça, lui ?, se renfrogna-t-elle. »
Les deux frères éclatèrent de rire.
« Te vexe pas, Mélusine. J’ai la vanne facile, au premier abord. Mais comme dit Pierre, j’ai mes raisons. Et elles sont pas forcément mauvaises… »
Il s’approcha du couple.
« Alors, à deux vous rachetez tout ?
- Je suis riche, fit Suzanna
- C’est bien. C’est le minimum requis.
- Elle est riche, mais pas que là. Et pas qu’elle. L’autre aussi. En package : un pactole ! Les filles Lewit, ça te parle ?
- Le ministre ? »
Suzanna découvrit un sourire éclatant.
« Les chiens…
- Font des chiennes et des chattes, s’esclaffa-t-elle.
- Joli mot ! Mais pas que… De l’esprit, crénom, de l’esprit !, répondit Charles.
- Et du coffre, reprit elle, se redressant de toute sa taille et posant le pied sur le Monopoly.
- La partie est finie ?, osa Laure.

- Elle ne fait apparemment que commencer… », murmura Charles.



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- Christophe Cros Houplon Writer
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