vendredi 30 juin 2017

SUNDANCE / GENESE (47)


Ce fut une nuit de la Saint Sylvestre particulière, que celle conduisant du 31 décembre 1976 au 1er janvier 1977. Une nuit de noces après l’heure, bercée par les accords mélancoliques du Could it be Magic, le deuxième tube de Donna Summer, aussi tendre et désespéré que le précédent, Love to love you baby, était excitant.


Ce furent sur ces notes de Gorgio Moroder que les corps nus de Pierre et de Suzanna se découvrirent. Laure leur avait prêtés sa chambre, et se réfugia jusqu’à l’aube dans le vestibule, avec les enfants.

Suzanna lui apprit, dès les premières heures. Les coups l’avaient rendue stérile. Pierre prit alors sa tête entre ses mains, et écrasa ses paumes contre son front, à la faire exploser. Elle dut le couvrir de baisers pendant de très longues minutes pour qu’il accepte enfin de la regarder, et de comprendre que pour elle, le mal appartenait au passé.


Laure s’était éveillée la première. A ses côtés, les deux frères dormaient d’un profond sommeil. Elle attrapa sa robe de chambre et s’en emmitoufla. Il faisait extrêmement froid. Elle recouvrit ses pieds d’épaisses chaussettes, et sur la pointe des pieds, sortit.

Elle aperçut, dans le grand salon, sa mère, de dos, qui buvait une tasse de thé.
« Bonjour Maman.
- Bonjour ma fille. Bonne année à toi.
- Bonne année à toi Maman. Que puis-je te souhaiter ?
- A moi ? Oh, rien ! Il est revenu, n’est-ce pas ?
- Hier soir. Ils ont passé leur nuit ensemble.
- Une nuit douce ?
- Cette fois, oui. »
Suzanne sembla se perdre dans ses pensées.
« Ton père a préparé quelque chose, pour le nouvel an, reprit-elle. Une galette des rois.
- Une galette ? Ça ne lui ressemble pas.
- Ton père devient soupe au lait, avec l’âge.
- Allons-y pour la galette alors… Tu as pensé à inviter Charles ?
- Ton père s’y est opposé. Il veut le clan Lewit. Son monde vacille, il ne se le formule pas, mais je vois bien qu’il le sent. Déjà, cette peur à l’idée de ne pas être renouvelé dans ses fonctions…
- De quoi a-t-il peur ?
- Oh… De ce dont tous les hommes ou presque ont peur, ma fille… La vieillesse. La retraite. Ne plus en être. Il a tout misé là-dessus, et ta sœur l’enterre jour après jour…
- Elle ne va pas à son encontre…
- Pas volontairement. Mais elle le démode, chaque jour. C’est terrible, il est écartelé. D’un côté il veut tout donner, et de l’autre ne rien lâcher.
- Tu n’essaies pas de l’alerter ?
- C’est trop tard. »
La porte s’ouvrit, et Suzanna apparut, Expédit dans les bras, suivie par Pierre.
« Bonjour Maman, bonjour Laure.
- Bonjour ma chérie, lui répondit sa mère. Bonjour Pierre. Contente de vous revoir parmi nous. Bonne année à vous deux. »
C’était la première fois qu’elle les voyait ainsi ensemble. Pierre maintenait Valérian endormi contre lui. Il regardait son épouse avec amour. Et elle, elle souriait.
« C’est la première fois que je te vois avec Expédit dans tes bras. –
 Nous avons fait connaissance, fit-elle en déposant délicatement l’enfant endormi sur un sofa.
- J’en suis heureuse. Pour lui. Pour toi. Et aussi un peu pour ta sœur. Qui j’espère va retrouver un peu d’appétit.
- Pardon pour mon silence, maman, reprit Suzanna. Après le mariage, Pierre et moi avons ressenti le besoin de nous isoler.
- Trois semaines, une goutte d’eau ! Lorsque ton père m’a épousée, je n’ai pas eu droit à un jour.
- Autre temps, autres mœurs… »
Laure s’avança avec la théière, et servit chacun.
« Maman m’a informée que papa souhaitait nous avoir tous les quatre à diner ce soir.
- Dans le petit salon du premier, compléta sa mère. Si possible sans les enfants.

- Comptez sur nous, Madame », répondit Pierre. 

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