vendredi 16 juin 2017

SUNDANCE / GENESE (24)


 Auguste referma la porte. Il invita le couple à s’asseoir dans un canapé, et vint se poster face à eux, sur un fauteuil étroit.

Suzanna lança des œillades à Pierre. Son père lui semblait trop ému, sous ce masque solennel qu’elle ne connaissait que trop. Mais Pierre ne se laissait pas distraire.

« Il faut qu’on se parle, commença le vieil homme en raclant sa gorge.
- On est un con, il connaît pas son prénom, minauda telle.
- Pierre, poursuivit son père sans se formaliser. Tu fais maintenant partie des nôtres. Suzanna, ma chérie, tu ne pouvais me faire plus plaisir ! »

Le jeune homme recula son assise, et posa délicatement sa main sur le bras de sa compagne.
« C’est l’homme qu’il te faut.
- Tu es sérieux ?
- Aussi vrai que je puisse l’être »
Suzanna planta ses griffes dans le bras de son compagnon.
« A trois nous allons faire de grandes choses, poursuivit-il.
- Papa !
- Attends ma fille ! Laisse-moi juste expliquer.
- On est deux, Papa !
- Je sais mon ange ! Ce n’est pas ce que je voulais dire…
- Mais tu as dit que … Ah !
- Pierre travaille avec moi.
- Ben tiens !
- Chérie, j’ai dit avec. Je n’ai pas dit pour moi.
- Me fais pas rire !
- Suzanna, s’il te plait !, l’interrompit Pierre.
- Ah Pierre, s’il te plait ! Tu ne le connais pas. Moi si !
- Suzanna, coupa Auguste !
- Suzanna quoi ? Suzanna quoi ?, s’emporta-t-elle.
- Chérie, ton père et moi sommes associés. A égalité. Nous n’avons signé aucun contrat. Il ne me l’a pas proposé, je n’ai pas eu à refuser.
- Mais quel naïf ! »

Elle inspira profondément et tira de sa poche une cigarette.
« Je sais comment ça va finir. Ça finit toujours comme ça, avec lui !
- Suzanna ! », crièrent-ils de concert en se redressant en même temps.
Elle ouvrit la bouche en grand, et resta un instant, interdite.
« Ça marche, on dirait, votre petite association ! Vous avez monté tout ça dans votre coin ? Je suis censée faire quoi, moi ? De la figuration ? »
Elle tira sur sa cigarette et demeura songeuse. L’un et l’autre l’observaient.
« Faites comme bon vous semble. Mais ne vous avisez pas de m’imposer vos choix ! Je ne suis pas du genre à me laisser manipuler aussi facilement !
- Ma chérie, reprit Auguste en se renfonçant dans le creux de son fauteuil. Je comprends ce que tu ressens. Tu es en colère, tu as tes raisons. Ni Pierre ni moi ne souhaitons t’imposer quoi que ce soit. Tu as voulu cet homme ? Il est à toi, il le veut, je suis d’accord. Et plus que ça !
- C’est ça qui pose problème, papa ! Que tu sois plus que d’accord. On ne te le demande pas !
- On est un con, il connaît pas son prénom, murmura Pierre ! »
Elle se retourna vers lui, et esquissa un sourire.
« T’es con !
- Ta cendre !
- Qu’est-ce que t’es con ! »
Il attrapa sa main plus fort.
« C’est toi qui es conne, Suzanna. Conne, t’as pas idée ! Aussi conne que belle !
- Une belle conne ! Parfait ! Ca cadre bien dans votre schéma ! »

Se relevant, elle fit quelques pas en direction de son père.
« Papa, je te le dis. Je préfère être franche devant vous deux. Et je te prierai de remarquer ceci : je me tiens debout devant toi. Et dos à lui. »

Auguste la scruta avec perplexité, dressée devant lui. Sa silhouette lui faisait presque de l’ombre.
« Quand tu dis que Pierre va devenir ton associé, je te dis ceci. Tu mens. Tu te mens à toi même. Tu mens à ton futur beau fils. Et tu mens à ta fille. Je te le répète. Jamais cela ne se passe comme ça. J’ai beau être conne, et n’avoir que dix-huit ans, je sais ça. Quiconque a un minimum de sens commun sait ça. »

Elle surprit son trouble, et poursuivit d’une voix plus douce.
« Je vais vous laisser faire. Puisque je n’ai pas le choix. Je vais donc vous laisser vivre ce que vous avez à vivre. Ça se terminera comme ça devra se terminer. Mais si d’aventure il devait y avoir rupture, papa, c’est lui que je choisirai ! »


Elle maintint son regard. Au bout de quelques secondes, il baissa les yeux.

« Voilà, conclut-elle. Les choses sont dites, entre nous trois. Le spectacle peut commencer »

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