jeudi 8 juin 2017

SUNDANCE / GENESE (15)


Il la poussa légèrement de la main gauche, et elle entra devant lui. Les convives attablés retinrent leur fourchette. La jeune femme qui venait de pénétrer était une pièce de choix.

Une femme d’une quarantaine d’années se leva et, s’approchant, dévisagea Suzanna. Elle ne portait qu’une courte robe échancrée au niveau des épaules, ouverte sur une paire de jambes longiligne.

« Nous n’attendions plus que vous ! Toujours en retard, Pierre !
- Pas plus que d’habitude »


Suzanna échangea une œillade complice avec la femme. Elle vit en elle un spécimen intéressant de cette espèce bien particulière qui donne envie qu’on la maltraite avec son consentement.

« Tu es Suzanna, c’est ça ?
- Pour toi, oui. »
Les deux femmes se dévisagèrent. C’était à celle qui tiendrait le plus longtemps le regard. La femme surprit une complicité dans l’œil de la nouvelle venue, et lui tendit le bras.
« Il m’a dit. Tu as besoin de te distraire, toi aussi. Je m’appelle Dani. Tu es ici chez toi »

Elle l’accompagna jusqu’à la table, et lui présenta un à un les présents.
« Jeff, mon mari. Ne te formalise pas s’il ne se lève pas, il a encore trop fumé. Lui, c’est Silvio, un de mes meilleurs amants. Il vient de Naples, et ne parle pas un traitre mot de français. Mais est-ce bien utile, tesoro ? Quant à ce vieux pochtron qui bave sur sa chemise froissée, ne fais pas attention, on le mettra au lit au moment intéressant. Il a bien un nom, mais à cette heure ci il l’a déjà oublié. Comme moi, d’ailleurs »

Les trois hommes la dévisagèrent en continuant à avaler leurs bouchées. Suzanna s’aperçut que Jeff la dévorait des yeux.
« On finit le dessert. Il reste deux parts. On ne va quand même pas les donner aux chiens ? » ria Dani en attrapant une bouteille de vin.
« T’as pas plutôt un peu de whisky ?, demanda Pierre
- Combien de doigts ?
- Fais pas ta débutante »
Portant le verre à ses lèvres, Suzanna fut saisie d’un frémissement.
« Pas trop dur cet accouchement ?, reprit Dani en la dévisageant.
- Parlons d’autre chose !
- Purée ! On en est au dessert. Moi j’en ai eu trois. Le premier, c’est toujours le plus désagréable.
- Faut dire que t’en voulais pas vraiment, ricana Jeff.
- J’avais 20 ans, gros malin ! Les 43 salopes, elles étaient où !
- Mais maintenant tout a changé !, reprit son mari. Vous les femmes, on vous a déroulé le tapis rouge.
- Aussi rouge que la robe de ma charmante compagne », conclut Pierre.
Suzanna sentit ses joues s’empourprer.
« Pierre vous a raconté comment on s’est connus ?, lui demanda Dani
- En fait il ne m’a rien dit du tout. Je pensais qu’on allait se faire une soirée en tête à tête
- C’eut été du gâchis, vous avez toute la vie pour ça… Vous n’êtes pas contente de me rencontrer ?
- S’il m’avait dit, peut être … Là je suis intriguée.
- Et moi donc ! »


Jeff rapprocha sa chaise des deux femmes qui venaient de s’attabler côte à côte.
« Je connais votre ange noir depuis longtemps. En fait je l’ai un peu vu grandir. Là-bas, dans son île lointaine. Je l’ai eu sur mes genoux. Ça crée des liens.
- N’en dis pas trop, murmura Pierre.
- Il déteste ça, qu’on parle de lui !
- J’ai remarqué, dit Suzanna. Pourquoi « ange noir » ?
- Façon de parler »
Pierre trahit un rictus.
« Que vous êtes bavards ! Toujours à vouloir mettre des mots là où c’est pas nécessaire…
- Et toi, toujours à couvrir de silences tes petits recoins, lui répondit Dani.
- C’est où, cette île ? ».
Suzanna la fixait.
- Tu lui demanderas !, répondit-elle en adressant un clin d’œil à Pierre.
- Décidément !
- Suzanna, reprit Pierre, je t’ai déjà dit cent fois que quand tu commences une histoire, ça sert à rien de sauter directement à la page 100. »

Jeff se leva, et sans quitter des yeux sa cible, éteignit une des lampes éclairant le grand salon. Il s’approcha d’une pile de disques vinyl, et en choisit un, qu’il plaça sur le tourne disques.
« Tu mets quoi ?, lui demanda Dani.
- De quoi détendre l’atmosphère ! »
Il enclencha le bras automatique, qui vint se poser sur le sillon.
« Par-fait ! Par-fait ! », ria Dani en se redressant, et en ondulant des hanches aux premiers accords.
Elle dégrafa langoureusement son soutien-gorge :
« Oh, Love to love you baby… Oh, love to love you baby »
Son regard alluma celui de Suzanna, qui à son tour se redressa.
« Oh, love to love you baby, reprit-elle en écho.
- J’étais sûr que tu serais bien ici », lui souffla Pierre à l’oreille en regardant les deux femmes se déhancher l’une près de l’autre.
Silvio à son tour quitta la table, et s’approcha. De sa main droite Dani le tira vers lui. Ses lèvres étaient humectées de vin.
« Chardonnay !, dit-elle après l’avoir embrassé
- When you’re laying so close to me, répondit-il en un murmure.
- They’re no place I’d rather be… chanta Dani.
- Than with me here », conclut Suzanna en collant son dos au couple enlacé.



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- Christophe Cros Houplon Writer
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