samedi 24 juin 2017

Au bord du ruisseau


Je me suis réveillé tôt, une fois encore, peu avant six heures du matin. La nuit laissait place lentement à l’apparition du jour, et la lumière d’or, par échappées, caressa les branches des arbres dans le jardin, tandis que café aux lèvres je m’éveillai.

Ca a beau être l'hiver, il fait beau, soleil haut dans le ciel, rayons chauds et nuages au loin. Chaplin le chaton dort à la cuisine après avoir couru après mille insectes. Et moi, en ce samedi paisible, m’assieds au bord de la route et observe les passants en laissant filer mes pensées.

Le temps passe, une heure, ainsi immobile, respirant à pleins poumons. Jusqu’à ce que vers dix heures je me lève et lentement me dirige vers le ruisseau à vingt minutes d’ici.

Je traverse la grand route, emprunte la rue en direction de l’église, avec ses petites maisons vertes et rouges vifs, et leurs habitants souvent assis sur le perron, sirotant un téréré. Le soleil cogne, vingt-deux ou vingt-cinq, j’ouvre en grand ma chemise, m’aère, puis répond aux sourires des gens assis sur le trottoir.

Les pavés disparaissent au profit de la terre rouge, celle qui marque aux semelles. Le sentier descend abruptement, je vois au loin le petit pont, suis obligé de ralentir car mes chaussures heurtent la terre. Plus personne à l’abord du ruisseau : je descends en m’agrippant aux branchages, évite les flaques de boue et les détritus, et reconnais le filet d’eau.

Comme un plongeon dans le passé, le Lot qui me revient, ces échappées, depuis l’enfance jusqu’à l’été dernier, dans le fleuve majestueux ou je me baignais nu et faisais du canoë seul pendant des heures, sans croiser âme qui vive.

Je franchis le ruisseau en bondissant sur les pierres, puis m’assieds sur l’une et ôte mes chaussures. M’assieds. Pieds dans l’eau froide : l’esprit s’envole et vagabonde, passe d’un souvenir à un insecte qui s’approche d’une fleur. Et je reste là : merveilleuse solitude, surtout que personne, pas une voix humaine, rien que le bruit de l’eau et certains moteurs au loin.

Rien ne me convient mieux comme cadre que ça : la solitude, en pleine nature, les pieds dans l’eau. Là, sans rien faire, jaillissent les idées, ce sera ici qu’en juillet et aout je viendrai puiser les scènes fermant le 3e volume de Sundance. Inutile de réfléchir ou de se concentrer, ça vient tout seul d’on ne sait d’où, de haut et du dedans j’imagine.


Me relevant une heure après je songe à ces paroles de la chanson de Barbara, Mon Enfance : J’ai mis mon dos nu à l’écorce, l’arbre m’a redonné des forces tout comme au temps de mon enfance. C’est exactement ça, sans la nostalgie qui va avec. Celle-ci quand elle survient fait comme un moineau : elle se pose puis s’envole. Le passé n’est plus, il se pose lui aussi puis s’envole.

                                                                                                         
                                                                                          (A Florent)


Barbara : Mon enfance 



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