mercredi 10 mai 2017

Vivre son homosexualité au Paraguay


La société paraguayenne est une société dite “traditionnelle” ou la religion catholique, ses rites et ses dogmes jouent le rôle de pilier et de guide pour tous. Personne ici qui se déclare athée, beaucoup de jeunes ne vont pas à la messe, leurs parents s’en chargent pour eux, mais tout le monde croit en Dieu et Jésus est ici Roi. Loin d’être contraignante, leur lecture de la religion les conduit à une attitude en chaque instant mue par l’amour et la douceur dans les relations. Ce qui est plus qu’appréciable : génial à vivre.

Pour autant ici, comme ce fut le cas en France il y a quelques décennies seulement, l’homosexualité est un tabou. Il n’y a pas d’homophobie à proprement parler, je m’en suis entretenu avec pas mal de monde pour commencer à m’en faire une idée, mais « ca » ne se fait pas, c’est péché.

Pour autant et comme partout celle-ci existe, elle se terre et se dévoile dans les regards insistants, dans les éclats d’yeux, dans ces garçons qui me fixent quand je marche avec désir, qui bloquent parfois avant de baisser les yeux. Dix pour cent j’imagine comme partout, il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement. C’était déjà le cas à la Réunion, c’était tabou aussi mais moins du fait du brassage culturel, quasi inexistant ici.

Etant étranger (c’est-à-dire pas à même de dénoncer ou de blablater ici et là) je suis de facto une cible de choix, et pas un jour sans que du matin au soir dans les rues je le sente. Les garçons et les hommes d’ici sont pour énormément d’entre eux des bombes de charme, très virils, avec un coté à la fois rugueux et doux, des poils noirs sur des mollets épais, le contraire de trucs bodybuildés avec des tatouages : de vrais hommes. Le pire c’est que même à quinze ans voire moins ils sont déjà hyper sexués. T’en as même qui a douze ans… bref, quand même pas, faut pas pousser : mais eux, à cet âge-là ils sont déjà bien éveillés et pas farouches pour certains, y’en a un au centre de formation, chaque fois qu’il me déshabille du regard je me dis : mais gamin hey, retiens-toi tout le monde va te surprendre à ce rythme-là …

 Heureusement que je ne suis plus dans la consommation je passerais ma vie à ça. D’autant que physique mis à part ils ont ce qui m’a toujours fait le plus fondre : de l’éducation et de l’éthique à revendre.

Avec mon new look à la Tom Selleck, la barbe épaisse et brunie chez la barbiere du coin j’ai pris dix points en vingt-quatre heures. Allant au marché j’ai senti, les regards des gars sur les motos qui freinent : putain de cheptel ! C’est tellement agréable, même pas à mon âge une question d’ego, c’est juste hyper plaisant et bon à vivre. C’est aussi ça la vie, le désir, le corps, la pulsion animale …

Ils ont le contact à la fois extrêmement facile (certains traversent la rue pour venir te serrer la main, et la façon dont ils te la serrent ne laisse aucune place au doute, il y a même parfois de petites caresses fort discrètes sur le bras avec un doigt, et un petit clin d’œil) et beaucoup de retenue et de pudeur dues justement à ce tabou. Il convient donc de faire énormément attention et de respecter cette peur, et donc d’adopter un comportement sur la réserve, doux, rassurant, ouvert, faire comme si de rien était et attendre gentiment qu’ils te proposent de se retrouver le soir à tel endroit pour prendre une bière chez eux ou chez toi.

Là, toujours le même cérémonial, on n’aborde jamais le sujet frontalement, on s’assied, on parle à voix basse une bonne demi-heure, les regards se font sensuels et à un moment le garçon fond sur moi.

Les élans sont fougueux, incroyablement fougueux, ils font vraiment l’amour, ça c’est tellement retenu que quand ça sort et ça s’exprime le résultat est stupéfiant. Il n’y a aucun théâtre, on ne joue pas, on se donne, c’est sensuel, très, et très intense, on finit en sueur en se retenant de rire tellement ce fut plus que bon. Je suis pas prêt de l’andropause, vous pouvez me croire. Plaire autant à des gars si beaux et aussi clean à cinquante piges : j’aurais jamais cru ca possible. Faire l’amour devrait toujours être comme ça.

Je me l’autorise parfois, sans excès, et constate qu’à chaque fois c’est la même chose : il n’y a aucun engagement, aucune suite, ce n’est pas nécessaire, mais sur le moment je puis dire qu’on s’aime, et que pour eux ce moment fut sacrement important vu ou ils vivent.

C’était pareil à peu de choses près à la Réunion, là où je vivais autrefois. Je savais me fondre dans la culture, j’attirais sans rien faire l’attention de superbes garçons hétérosexuels, j’attendais qu’ils fassent le premier pas, je relevais les signaux, distillais les signes d’approbation puis après quatre whiskies leur donnai mon adresse. Ça marchait tout le temps, et les garçons, des mecs géniaux, adorables, hyper beaux, étaient tous des potes d’enfance, surfeurs, vous imaginez le tableau … Le lendemain on se revoyait au même bar que d’habitude et on faisait comme si, ils se connaissaient tous, pas question de montrer quoi que ce soit, la réputation, et puis ils avaient tous une nana, une petite peste en général. On restait potes, après, parfois on remettait le couvert, parfois pas.


Ce retour en arrière fonctionne pour moi comme un bond en avant. Tout autoriser et bien davantage a signifié des dérives et un assèchement collectif du désir et de l’amour véritable, qu’ici je redécouvre avec joie. Pas d’applis, pas de bars, pas de vie « gay », sauf à la capitale, mais il parait que c’est naze. On ira y faire un tour, juste pour voir. On sait jamais, si on tombe dans un Roule Roule avec Village People et Patrick Hernandez ça peut être rigolo. Surtout si y’a deux trois trans drags avec un humour rosse et un flipper a la droite de la piste de danse avec boule à facettes… 


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