mercredi 3 mai 2017

Quand j'avais 22 ou 23 ans ...


Je me souviens de celui que j’étais à l’âge de 22 ou 23 ans. Loin bien sûr d’être comme on dit « fini », j’avais du fait d’un certain nombre d’écueils mais aussi de réalisations et de choix déjà mis pas mal de pieds dans ce qui se nomme la vie adulte.

Quelque peu bousculé par un long divorce parental s’étant étalé sur des années et m’ayant, ainsi qu’à ma sœur, imposé, outre un climat parfois très pesant, contraint à aller chercher ailleurs calme et liberté, j’avais en parallèle passé huit interminables années dans un bahut catho pour fils de riches a la limite du décervelage, ou le premier de classe que j’étais s’était pris de face un nombres incalculable de chausses trappes et de peaux de banane de la part de nombre d’enseignants.

Quelque peu rétif à tout embrigadement, j’avais déjà dû assumer plusieurs longs et pénibles combats avec pas mal d’entre eux, et livré bataille avec quelques-uns de mes congénères, tout en veillant, car ni l’époque ni le milieu ne l’autorisaient, à mettre plus qu’en veilleuse cette sexualité naissante et que je ne voulais alors à tout prix vivre et encore moins exposer.

A peine achevées ces années de cauchemar qu’il me fallut avaler le choix paternel de suivre le même cycle d’études secondaires dans la même prestigieuse faculté que lui, m’y rendre trois mois d’affilée, puis refuser un jour sans rien dire à personne de poursuivre, pour, à la rentrée de septembre imposer, majeur, à deux parents consternés, mes propres choix, ceux d’aller étudier la philosophie et les lettres à la gauchiste fac de Nanterre.

J’avais déjà depuis 19 ans un job, un vrai, et une autonomie financière, et faisais un temps plein dans un théâtre de l’ouest parisien ou je pus à un âge fort jeune rencontrer de sacrées personnalités.

Sans être un foudre de guerre je prenais la plupart du temps, moi à l’époque d’une timidité maladive, l’initiative, ce qui forcement donnait lieu à des râteaux et à des déceptions, mais aussi à de sacrées belles surprises. Loin de me contenter de rechercher la compagnie de gens de mon âge, j’étais alors en quête de garçons plus âgés et surtout matures, si possible avec une vie intéressante et une bonne situation et la capacité à m’apprendre des choses. Je fuyais les ratés, les négatifs, les pleureurs. Quelques-uns me permirent à la fois de m’enrichir et de m’endurcir, et je ne me souviens pas avoir jamais récusé une seule de leurs bienveillantes leçons, y compris quand d’aventure elles heurtaient mon ego.

Il m’arrivait de ne pas tout dire, mais je n’étais pas menteur. Je n’ai pas souvenir d’avoir en ces années difficiles jamais rougi d’une de mes actions ou connu ce qu’on nomme mauvaise conscience. A ce jeune âge j’étais assez fiable, et très présent quand mes aimes étaient à la peine. Déjà je pensais que vivre ce n’est pas se divertir. Je n'ai pas souvenir de m'etre une fois fait passer pour une victime.

Loin de me maintenir sur les berges à observer et à commenter sans trop me mouiller, je me jetais souvent à l’eau, ce qui forcément signifia parfois de boire la tasse, mais eut pour conséquence de forger mon caractère pour la suite.

Je n’étais pas vraiment léger, pas encore, ce que je vivais ne me le permettait alors point. J’étais tendu, vivant, très, pas extraverti mais au front. Je cherchais l’authenticité, la profondeur. J’étais en quête de moi-même et ne prenais pas de gants, ne me protégeais pas, bien au contraire. J’avais pu bénéficier de mes deux parents tant en acquis que par les bâtons qu’ils me mirent à tel moment dans les roues, et qui me furent vraiment profitables. Il furent deux, aucun ne fut absent, aucun ne démissionna, et jamais je ne fus le pote de l’un ou de l’autre.

S’il n’y avait eu tout ça, jamais je n’aurais pu vivre la suite, ces longues histoires fortes sur le plan sentimentales, qui furent tout sauf normées et ennuyeuses. Pas plus ma vie professionnelle ou a 30 ans je me mis à mon compte et fis à peu près toujours ce que j’entendais. J’étais totalement prêt pour affronter le monde économique et ses réalités et à me faire bien mieux qu’accepter dans toutes mes différences par des patrons haut de gamme.


Je ne vois guère comment on peut vraiment devenir un homme dans le sens fort du terme, a fortiori un homme libre et sans entraves, si l’on n’accepte pas de s’affronter vraiment aux écueils pour lui préférer une terne zone de confort et un horizon train-train. On a une vie, certes, qui vaut ce qu’elle vaut, qui peut être agréable ma foi et convenir a beaucoup. Mais sans risques, sans passions, et surtout sans rien qui à la fin puisse faire qu’on se dise : « Voilà c’est fait, je peux le dire : j’ai vraiment réussi ma vie ».


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