lundi 29 mai 2017

Les Trolls


Les années 70 nous avaient offert les deux petits vieux du Muppet, sortes de couple de gâteux ricaneurs au balcon, planqués de chez planqués et n’aimant rien, mais reconnaissons-le au demeurant fort drôles et affichant leur bouille sans complexe.

Pas loin de 50  ans plus tard, ces deux-là ont enfanté une multitude d’enfants dégénérés, anonymes ceux-là, qui sur les forums, cachés derrière des pseudos « pseudo drôle » pullulent, infectent, invectivent, polluent, chassent en petites meutes, s’auto promeuvent, se font par les modérateurs dégager du fait d’insultes et de diffamations répétées, réapparaissent tel des nouveaux nés sous un nouvel identifiant tout aussi creux que le précédent… Et reprennent leur tambouille, inlassablement.

Ces bruyants rejetons, faire-valoirs sans le savoir de ceux qu’ils maculent de leurs quotidiens crachats, n’écrivent rien, ne publient rien, ne créent rien. Incapables de détruire ils se contentent tels des laquais planqués du système de salir, ce qui a le mérite de créer des emplois de nettoyeurs. Sous leur mordant de petits roquets, ils demeurent néanmoins à leur esprit défendant comme les jumeaux de ces bisounours qu’ils exècrent, dont ils épousent très exactement la logique à front renversé. Par leur constance et leur prévisibilité quelque peu maladive, les trolls, par le buzz qu’ils génèrent, mettent leurs exécrés en lumière et ne peuvent tout bonnement pas s’en empêcher.

Vers solitaires, ces micro-parasites sans réel pouvoir de nuisance sont fats au point de se prétendre aptes à véroler des organismes ayant développé de longue durée d’excellents anticorps. C’est que ceux-ci sont leur raison d’être, sans cibles, sans personne sur le devant de la scène, comment se mettraient-ils en avant, ces septièmes couteaux à la lame usée ? 

Equivalents contemporains des occupants de la Pension Vauquer de Balzac, ces infantiles zélateurs malgré eux n’arrivent pas à la cheville de leur maitre Rastignac. Leurs quenottes acérées ne peuvent guère plus que macérer incisives en avant des bouts de carottes précuites. Se croyant drôles, féroces, cyniques, méchants, teignes et galeux, ces petits lapins-crétins durs-acell et mous d’ailleurs donnent à voir d’eux-mêmes, sous le masque du rebelle, leur propre vacuité. Et parsèment la toile de petites crottes recouvertes de bave. Inaptes à se regarder en effet miroir comme ils prétendent le faire avec tout un chacun, ils ne peuvent tout bonnement pas concevoir ce que leurs fils d’actu donnent à voir clairement de leur être. Le masque avec les ans s’étant trop enfoncé dans leur peau, ces pourfendeurs des arrière-cuisines sont devenus quelque peu borgnes.

Je les aime bien mes trolls, je les asticote, les chasse, les vois revenir, les laisse ensuite faire, et me distrais de voir d’autres, véritables commentateurs non masqués ceux-là, les tacler avec précision. Aucun Baygon fut-il rouge ou vert ne viendra à bout d’eux, ce qui est rassurant, tant nous qui faisons avons notamment besoin d’eux, de leur addiction, de leurs risibles acharnements, de leurs insultes, de leurs crachats.

C’est un honneur d’être une cible, écrivait Rostand au travers de la bouche de Cyrano. Oui mes chéris, restez avec nous, continuez comme vous le faites : vous, parasites sans poison, êtes sans que vous le sachiez aussi sur scène. Et (navré de vous le dire) : loin d’avoir la capacité à décrocher LE rôle, vous, anachroniques, demeurerez les figurants d’une pièce dont le script est écrit à l’avance par d’autres, et dont vous ne saurez rien.


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