jeudi 25 mai 2017

Le Vaste Plan -3- Le Gouverneur du 51eme Etat


Ce fut Belzebuth qui, bondissant depuis le canapé de Frère Suprême, accueillit, exultant de ronronnements, le Gouverneur du 51e et 1er des Etats. Entrant d’un pas lent, avec le regard froid de l’étrangleur, celui-ci tenait en laisse son obligé Gouverneur des 50 autres, à ses pieds jappant comme un cabri, le bout de moquette rouquin vissé au crane.

« Bien Chers Frères et Maitres, se lança-t-il en attrapant le chat noir dans ses bras, non sans avoir marché abruptement sur la main droite du chien yankee, lequel retint un cri. Joie Funèbre de Vous revoir en ces lieux de mort ! Cela faisait un an : que ce fut long, loin de vous !
-          Nous étions là à chacun de vos pas, l’accueillit Frère Suprême, et avons gouté vos heureuses initiatives. Je vois que le pantin qui vous accompagne vous sied : nous l’avons bien casté celui-là.
-          O combien, Frère Tant Honni ! Ses danses de Saint Guy font virevolter les diplomaties comme des derviches tourneurs, et me laissent toute latitude pour avancer mes pions dans le silence. Le précédent m’agaçait fortement ! Son coup de la résolution manquée des derniers jours fut un coup de poignard inadmissible. Quand je pense à tout ce que nous avons fait pour lui !
-          Le voilà rentré à la niche ! La déclassification par vos services des papiers incriminant les élites de DC lui a aussitôt fait comprendre de quel bois nous nous chauffons. Et la bouffonne étêtée de novembre peut toujours faire actionner ses marionnettes : sa tête, ainsi que bien d’autres, finira par tomber. Nous prendrons simplement notre temps, et distillerons les preuves filmées de ces orgies à ne pas mettre sous les yeux des pondeuses.
-          Cette affaire est une honte !, glapit la bestiole en laisse. En prison : elle finira en prison !
-          Vas-tu te taire, sinistre marionnette avariée, maugréa le Gouverneur du 51e en lui adressant un coup de talons aux parties. Tu n’as pas droit à la parole en ces lieux : contente-toi d’éructer et de tweeter au dehors, et ici de te taire et d’aérer ton micro cerveau !
-          Laisse, Gouverneur. Laisse ce triste cocker s’exprimer : il est devenu notre mascotte, la moindre de ses interventions nous fait nous gondoler mes frères et moi. Que les yankees aient pu faire confiance à ce gugusse est la plus belle preuve de la dégénérescence de ce pauvre peuple. De la télé poubelle au Bureau Ovale chaque jour : bien beau spectacle qui permet de faire ce qu’on veut sans que quiconque ne moufte. Tant l’animal tient le haut du pavé avec ses gesticulations illisibles !
-          Il est vrai, O Fin Limier, que ce gallinacé hystérique lâché dans le poulailler excite sans rien résoudre et que cela nous sert à merveille. Mais dis-moi, O Vénérable : Ou en sommes-nous du calendrier ?
-          J’y viens, car en cela s’explique ta présence. Comme stipulé dans les Atroces Ecritures, le coup est imminent, je veux dire avant cet été. Tes hommes sont-ils suffisamment bien infiltrés à Damas ?
-          Jusque dans sa garde rapprochée, Sire.
-          Alors voilà : une gorgée, et dans d’horribles convulsions il passe à trépas. Tout commencera à ce moment-là ! Une fois le perse occis, ça sera la cueillette des champignons !
-          Quel territoire ?
-          Nous songeons, sans nous y être arrêtés définitivement, au Royaume des Windsor. Ceux-ci bien entendu auront été au préalable exfiltrés en Norvège, la ou tu sais. Il y a dans ce choix plusieurs intérêts. Le caniche à tes pieds ne pourra que réagir immédiatement, et son vassal d’outre atlantique lui emboitera le pas. A eux deux, ils forceront le Lion de Saint Petersbourg et Le Joueur de Go à enfin cesser leur sempiternelle tempérance. Tout ça ne devrait prendre que quelques fractions de minutes.
-          Me garantis-tu que mon Sanctifié Territoire …
-          Plaisantes-tu, Gouverneur ? Evidemment, que crois-tu ? As-tu au fait pu avancer sur le retour du Guignol ?
-          Rien : ni à Bethleem, ni à Nazareth ! C’est à n’y rien comprendre.
-          Il est à nos yeux crucial, et O combien davantage pour l’A., que ce vermisseau soit au plus tôt étouffé par sa langue. Continue la traque, ne laisse aucun recoin de ton royaume à l’abri de celle-ci : là est la condition, non du Règne, mais de sa pérennité.
-          J’ai peine à croire en cette histoire, O Vénérable. Tout ça flirte avec le charlatanisme pour mon esprit rationnel.
-          Si tu ne crois point en Lui, comment peux-tu croire en l’A. ? N’as-tu point discerné que ces deux-là sont les deux faces d’une seule et unique pièce ? L’un sans l’autre, il n’est tout bonnement pas possible de l’imaginer. C’est un combat entre frères ennemis, ou il nous faut faire accroire que le Bien est dans notre camp. Tous ces peuples des provinces de l’Occident ayant en 300 ans abandonné leurs racines, il est aisé de le leur faire accroire. Ces gueux ne croient qu’en eux, qu’en leur pauvre raison, et s’imaginent encore que leurs Elus sont Bons. Seul le Russe m’inquiète, et pas qu’un peu : sa clairvoyance en la matière a beau être glaçante, elle est d’une orthodoxie impeccable. Son allocution de Noel nous a tous fait vomir !
-          Diable d’homme, c’est de tous le seul que je crains. Son regard est un scanner, sa poignée de mains une prise de judo, et sa voix qui jamais ne hausse le ton est à proprement parler effrayante. Que ne pouvons-nous le faire occire aussi !
-          Nous aurons besoin de lui pour l’après. Son prêchi prêcha est une posture, l’homme est un stratège et un politique de haut vol, ne l’oublie pas. Il aime les ors, il a besoin d’un public. Nous saurons en son temps le flatter dans le sens du poil. Et il signera des deux mains le Pacte.
-          Je l’admire tant, glapit le roquet à moumoute en sautillant.
-          Ah mais tais-toi ganache !, pesta le Gouverneur.
-          Comment se portent nos joueurs du Golfe ?, questionna le Fêlé, sortant de son assoupissement.
-          Mes meilleurs alliés, sourit le Gouverneur. Nos Armées liées comme les deux cordes poursuivent leur travail. Nous avons pu placer en tous coins les mercenaires basanés, dans chaque agglomération européenne, avec armes de tous genres. Le goutu gruyère de Schengen et les vagues d’Italie : que rêver de mieux !
-          Les tueurs sont dans la place, prêts pour le Grand Chaos. Nos assoupis vont avoir un réveil brutal, et seront propulsés dans Living Dead At Home sans l’once d’un contrepoison. Ça va saigner à tous les coins de rue, dans la Patrie des Droits de l’Homme, ricana le Suprême.
-          Ces coupeurs de tête royale m’inquiètent, O Insurpassable Horizon Ridé. Ils ont en leur sein des éclairés comme nulle part ailleurs sur cette terre. Si jamais ceux-ci parlent …
-          Ils jactent sans cesse mais personne ne les croit. Nous avons la liste, et cela nous sert. Ces éclairés sont nos idiots utiles, nous savons les localiser et saurons au moment adéquat leur trancher la gorge.
-          Fort bien alors. Fais-moi plaisir, Gouverneur : frappe-moi un peu ce teckel à l’infecte crinière ! Fais-le quelque peu geindre, nous avons si peu d’occasions de nous distraire à nos âges respectables.
-          Tout ce que tu veux, O Sagesse Incarnée, répondit le Gouverneur en assommant de coups le grotesque molusque. Tiens, prends ça, sale petit consommateur de chair fraiche, vieux cochon, vilain macaque tweeter. Ah que tu es vilain, ah que j’aime t’exécrer !
-          Kai Kai, hurla le milliardaire émasculé sous les coups, déclenchant l’hilarité.
-          Nos maxillaires vont se décrocher, parvint à articuler le Suprême. Par Satan, cesse, O Ami, nous allons étouffer !

-          Tes paroles sont des ordres, Vénérable. Allez-toi, aux pieds et ouste, on rentre ! Demain c’est samedi ! »


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