lundi 22 mai 2017

La Tête Ouverte en Deux - Un extrait de SUNDANCE - Livre 2 - EXODE vol.1


Ils s’arrêtèrent à l’Ilet des Trois Salazes après une montée d’une heure de marche. Le soir tombait, et Nathalie, assise dans la petite cahute où elle proposait ses tisanes aux plantes et ses gateaux, les accueillit en silence. Charles la connaissait depuis enfant, c’était avec sa mère qu’autrefois, il n’avait pas plus de trois ans, il avait pris cette habitude de venir s’y reposer, loin du tumulte d’en-bas. La case de Nathalie, à deux pas, avait une chambre d’amis suffisamment grande pour quatre.
« L’enfant dormira dans ma chambre, murmura Nathalie à sa grand-mère. C’est important pour lui, cette énergie-là. Ca lui apporte des forces pour le bien-après.
-          Tu sais, je n’y comprends rien, à ce que vous dites tous au sujet d’Expédit. Mais depuis que ma tête …
-          Qu’est-ce qu’elle a ta tête Mamie ?, demanda l’enfant.
-          Mamie est tombée il y a longtemps, répondit Charles.
-          Tombée sur la tête ?
-          OUI »
L’enfant prit une inspiration et leva une main à l’horizontale.
« Pas vrai.
-          Tu ne me crois pas Expédit ?
-          Pas vrai, répéta t-il. De méchantes personnes ont fait de méchantes choses à mamie. Ils ont mis des choses dans sa tête et ont envoyé des éclairs.
-          Mais que dit-il ? s’étonna sa grand-mère. Que raconte cet enfant ?
-          Mamie tu n’es pas tombée. Papy il y a longtemps a fait des choses, et puis tu es partie dans un endroit tout blanc avec des gens tous blancs aussi, et toi tu étais la seule à ne pas être en blanc. C’était pas possible pour toi de ne pas être vue, à cause de ça. Tu essayais de te cacher mais c’était pas possible, car tout était blanc, beaucoup de blanc, même la nuit. Alors… »
Laure surprit sa belle-mère frémir. Les branches des arbres à leur tour se mirent à trembler.
« Alors les hommes sont venus, parce que tu criais. Tu étais dans la cuisine, il y avait Papy, et puis un lit avec un grand drap blanc dessus et des crochets. Tu étais là tonton, aussi, avec papa. Tu avais très peur, et papa lui il essayait de se mettre entre les hommes et mamie, il voulait la protéger, alors comme ils étaient plus nombreux que lui, ils ont fait barrage, et alors ils ont attaché mamie sur le lit, avec les crochets. Papy avait une bouteille dans la main, il la buvait vite, on aurait cru que c’était de l’eau mais c’était pas de l’eau car de sa bouche il sortait du feu. C’est à ce moment qu’il y a eu les éclairs, dans la tête de mamie, et qu’elle a fermé les yeux »
Laure vint s’asseoir aux côtés d’Elise, qui, perdue dans ses pensées, laissait couler quelques larmes.
«  Mais il ne faut plus que mamie pleure. Car c’est moi qui vais aller après sur le lit blanc, dans la cuisine. Ca je sais, je sais ça. Je sais ça depuis le début, dans ma tête ».
L’enfant s’était rapproché de Nathalie, qui de la main lui caressait les cheveux.
« Ca fait un peu mal à la tête quand elle s’ouvre en deux. Ca je sais aussi. Mais après il y a des choses qui se passent et qui ne font plus mal comme avant. Les gens en blanc ne sont plus là, ils ne crachent plus de feu. Je sais qu’après alors je vais pouvoir ouvrir les yeux et voir. Ca aussi je sais. Je vais pouvoir après voir aussi bien que je vois dans ma tête ».
Lentement, Elise, à tâtons, s’approcha de lui.
« La nuit est tombée, mais je vois, lui murmura t-elle. Merci mon pitchou »
Elle le prit dans ses bras et le serra fort contre son cœur.
« N’aie pas peur mon pitchou. Tu sais, à un moment tu ne ressens plus rien. Tu n’as plus mal
-          Je sais mamie. Ca je sais.
-          Avant oui, avant sûrement. Mais quand ils frappent à la tête et qu’elle s’ouvre en deux…
-          Oui »
L’enfant frôla son visage de la paume de ses mains et, l’interrogeant, hésita un bref instant.
« Pas vrai que papy est méchant ?
-          Non mon pitchou. Mamie était un peu spéciale tu sais, avant.
-          Spéciale comment ?
-          Mamie rendait papy un peu marteau.
-          Marteau comme le marteau qui a tapé sur ta tête, mamie ?
-          Si tu veux.
-          C’est rigolo, sourit-il. Papy marteau qui tape avec un marteau sur Mamie Marteau.
-          Oui, c’est la famille Marteau
-          Hi hi hi »
Laure s’approcha d’eux, retenant ses larmes
« C’est comme papa et maman, fit l’enfant. Et puis moi. La famille Marteau aussi. C’est rigolo
-          Oui fit sa grand-mère. Tu vois, c’est pareil. Et tu sais bien que ton papa et ta maman ne sont pas méchants.
-          Oui, ça je sais. Maman parfois aussi elle est spéciale avec papa. Alors ça rend papa Papa Marteau aussi. C’est pour ça qu’il va donner un coup sur ma tête. Un coup qui fait mal, et puis plus mal. Et c’est là que je pourrai enfin vous voir comme vous me voyez. Ca je sais »
Il fit un pas en direction de sa tante.
« Pourquoi tu pleures ?
-          Je ne pleure pas chéri
-          Si tu pleures ! Tu pleures du dedans tata, ça je sais.
-          Je…, balbutia t-elle. C’est que je pleure parce que je suis contente de savoir que tu vas voir.
-          Non tata, tu pleures parce que tu penses que je vais avoir très mal.
-          Oui, murmura t-elle en levant les yeux en direction de Charles.
-          Pourtant tu sais que j’aurai pas peur. Tu le sais ça, tata, hein ? Tu le sais ?
-          Oui mon chéri, lâcha t-elle en retenant un cri. Oui je le sais. Je le sais.

-          Bon ben alors ? C’est rigolo ! Ca fait mal un peu, mais ça fait pas peur, et puis après parce que j’ai pas peur j’ouvre les yeux. Papa a ouvert ma tête et il a sorti mes yeux de dedans ma tête. Et les méchants hommes en blanc ne peuvent rien me faire puisque je les vois »

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