jeudi 18 mai 2017

La nuit : l'orage ...


Ce fut le bruit de la pluie battante sur les carreaux de ma chambre qui une nouvelle fois me tira de mes songes. A peine avais-je remué que Chaplin le chaton accompagnait mon mouvement, s’extrayant lui aussi de ses rêves et venant frotter son museau sur mon nez. Il devait être quatre heures du matin, et une nouvelle fois l’orage, un orage majestueux, tombant sur la nuit et envoyant un déluge dans le jardin.

J’aime – o combien – les orages, surtout de nuit. Et m’éveillai donc, hirsute et dans les vapes pour y assister, recouvert d’un épais blouson.

Je sortis sur la pointe des pieds, précédé de Chaplin bondissant entre les flaques immenses sans crainte aucune, et tous deux filâmes en direction de la table ou reposait le petit pot de café. Les éclairs tonnaient, le ciel littéralement nous tombait sur la tête dans la nuit noire, on pouvait les voir haut dans le ciel soudain nous éclairer dans un concert en 3D stupéfiant.

Viens, lui-dis-je, allons au-devant près du trottoir, et le chaton comme à son accoutumée me suivit, me laissant à peine m’asseoir avec ma tasse de café froid et bondissant sur mes genoux avec ses petites pattes trempées. Tandis que j’avale la première gorgée il se dresse sur mes genoux, moustaches en éveil, alerte. Tous deux regardons la rue devenue fleuve, ici pas de canalisations, celle-ci est en pente, des flots coulent et emportent sur leur passage les détritus. Tout dort autour mais tous deux veillons. Il se retourne et vient se frotter à moi, manquant de faire rentrer une patte avant dans la tasse à moitie remplie. Le museau froid vient se frotter à mon nez.

Regarde, je lui dis, regarde chaton, cette pluie : que c’est beau ! De ses petits yeux verts il m’observe, sort un petit bout de langue et me lèche avant de lâcher un miaulement, histoire de dire : ça va, je suis pas plus bête que toi, tu crois quoi, j’en suis à ma 8e vie moi ! Il se retourne à nouveau et se met en boule – et ronronne.

Les éclairs s’éloignent, la pluie fouette l’air, c’est l’automne, nous sommes ici à fronts renverses, à un mois de l’hiver, et pendant la nuit il ne fait pas vraiment froid, juste un peu, mais ça reste doux si on est un peu couvert.

L’été, quand j’étais au Brésil, je me couchais vers deux trois heures du matin et mangeais trop fois rien. Là, je suis au lit à vingt et une heure et m’éveille en plein milieu de la nuit. J’ai un sommeil profond, il ne me faut guère que cinq minutes pour tomber chez la mère Morphée, sous les ronronnements de Chaplin. Ça permet ça, ces moments de rêve à s’éveiller quand tout le monde dort, rester là immobile sur le banc à regarder l’immobilité, à méditer avec le chaton sur les genoux. A m’émerveiller de la beauté de l’orage, il y en a au moins trois par semaine des comme ça, et ils sont d’une force insensée.

Quitter les limbes, s’extraire d’un profond sommeil, basculer lentement dans cet immobilité, ne penser à rien, respirer à pleins poumons, se retrouver face à ca – cette nature déchainée et surpuissante, qui te rappelle que tu es chez elle. Que nous ne sommes guère que des invités provisoires.


Le jour se lève, étire ses minutes, l’aube vient et avec elle la lumière douce, dans les recoins du jardin. Lentement je me lève, tenant Chaplin dans mes bras, comme un bébé. Ses griffes sont rentrées, il me regarde en tirant un bout de langue. Direction le jardin. Je le pose au sol : il saute et gambade en tous sens. Je m’amuse de le voir si vif. Dans la maison, une lumière, quelques pas. 

Puis la porte qui s’ouvre, el señor … Hola, que tal …


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