L’Histoire nous apprend, d’après l’amie
Wikipédia, qu’autrefois, le Paraguay (pays actuellement démocratique dont le
renversement de l’avant dernier président Fernando Lugo au profit de son vice-président
fut qualifiée par la présidente argentine Christina Kirchner de « coup d’état »)
fut entre 1954 et 1989 sous la férule d’un dictateur, le général Alfredo Stroessner. « Fasciste », insiste la
notice écrite par on ne sait qui.
Fort bien. Etant sur place, et logé
chez un couple de personnes âgées de plus de soixante-dix ans, donc
contemporains de la geste fascisante (…), je ne pus faire autrement que m’enquérir
auprès d’eux, et de quelques-uns de leurs amis, de cette époque funeste.
Quelle ne fut pas ma surprise (sic)
que de recueillir de leurs récits une réalité tout autre que celle défendue par
notre occidental rédacteur (du moins puis-je le présupposer, à moins qu’il ne s’agisse
d’un dissident, comme on dit…)
Dans leur souvenir très net, parti
unique il y avait en effet, et pression sur les opposants et muselage de la
presse. Ce qui, de leur point de vue de petites gens simples, ne posait pas foncièrement
problème en soi, n’étant pas eux destinés à faire une carrière politique ou
journalistique mais simplement faits pour vivre en paix et travailler convenablement
sans s’user.
Ce qu’à les écouter tous l’affreux dictateur fasciste parvint à
leur apporter comme aucun de ses prédécesseurs et successeurs. Education quasi donnée,
système de soins parfait et très peu onéreux, travaux leur apportant téléphone,
eau, électricité. Du travail pour tout le monde. Des prix très bas. Et une sécurité
si parfaite que partir un jour portes ouvertes était alors possible.
Quand je leur parle de dictature mes témoins de l’époque s’insurgent :
« On était libres, heureux, on avait du travail, les prix étaient bas, et
on construisait énormément. Il n’y avait envers nous autres aucune répression,
bien au contraire. Ce n’était pas une dictature mais un régime fort qui nous
convenait parfaitement, à nous et a tous nos amis. C’est quand ils ont mis ca
par terre, qu’ils ont créé les partis avec leurs corruptions et leurs
magouilles et qu’ils ont fait rentrer des multinationales étrangères que ça a commencé
à être plus durs pour la plupart des gens comme nous ».
Etrange comme les témoignages comme
les intérêts des petits peuples et des bourgeois divergent. Ce sont ces
derniers qui, écrivant pour tous et tenant les leviers, semblent imposer ici et
là leur vérité bien comprise a tous les autres. C’est valable ici et dans bien
d’autres endroits du monde. C’est crucial, l’histoire dite officielle, ça
permet à certains de prendre et de conserver le pouvoir, comme Dostoievski nous
l’avait conté dans Les Possédés.
Le
bien, le mal, ces étranges notions si pratiques à conjuguer,
avec lesquels, pour peu qu’on soit quelque peu éduqué, on peut jouer comme a la
marelle. Comme on peut jouer avec les
mots et les concepts.
Sauf que voilà : le petit
peuple, celui qui ne publie pas, qui n’écrit pas, a qui on ne donne pas ou si
peu la parole, ou alors pour la lui confisquer au bout de deux minutes,
celui-ci dit tout autre chose. Lui n’a pas la prétention de dire pour autrui,
mais simplement s’exprimer, dire son
fait, ce qu’il vit, ce qu’il a vu, ce qu’il sait, ce dont il se souvient.
Mais si ce vécu-là ne « cadre
pas » avec ce qu’au-dessus on veut, alors on lui oppose du mal pensant, du
mal pensé, du « mais non, voyons » du fasciste xénophobe ». Avant de lui couper le micro et le renvoyer
a son anonymat.
C’est métier que savoir à la place
des autres sans tendre une oreille, c’est métier que de dire un réel qu’on n’a observé
que de la chambre d’un Ibis ou dans une série de notes autorisées. C’est un métier,
et ça se rémunère fort bien parfois.
C’est une disposition d’esprit,
gratuite celle-là, que de savoir à un moment se taire, descendre de son piédestal
pour aller dans l’arène voir les soit disant gueux, ces petits vieux, ces
petites vieilles, ces ouvriers et paysans aux mains calleuses, ces caissières courbaturées
dont tant prétendent savoir mieux qu’eux tous ce qu’il leur faut.
Pour les regarder, les écouter,
prendre le temps de connaitre et de comprendre. Pour s’intéresser à ces mille
histoires si peu officielles, qui sont des histoires de femmes et d’hommes
aussi humains que nous. Et au creux desquelles nous avons tant à apprendre.
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