vendredi 7 avril 2017

Toi qui sais tout, écoute Papy Dumas !


Face à la méconnaissance assise sur un matelas de certitudes qui ne sont guère qu’une bouillie synthétique de tout ce qu’un individu prétendument libre aura gobé des décennies durant, j’aurais envie malicieusement de lui dire très gentiment : écoute mon petit, tu sais, quand tu étais enfant, tu t’asseyais au coin du feu et écoutais ton grand père, qui connaissait la vie, te raconter des histoires. Souviens-toi bien : ces histoires n’étaient pas des contes pour enfants tels que ceux que te murmurait ta maman avant ton sommeil mais bien des leçons de vie. Ou tu pus alors puiser de quoi devenir un homme.

A ceux-ci je conseille de manière bienveillante et sans ironie aucune d’aller écouter sur Youtube l’interview que Roland Dumas, un vieux monsieur qui a l’âge d’être un grand père, donna en 2013 a Radio Courtoisie à propos de la situation syrienne - et plus généralement de la situation réelle au Proche Orient.

Cet interview d’un ancien Ministre des Affaires Etrangères pour le moins brillant (quoi qu’on pense de ses options et de celui qui fut son mentor) et extrêmement bien informé des choses est un pur régal mais surtout une leçon pleine d’humour et d’enseignements. En mois de 20 minutes le malicieux Papy Roland dévoile tout ce que nos yeux ont refusé de voir et que nos oreilles n’ont pas su entendre – jusqu’à, ce n’est pas dit, l’homme est bien trop correct, notre stupidité d’homme blanc pseudo sachant.

Il commence par conter qu’à Londres en 2009 (deux ans avant le déclenchement du conflit sournois contre elle) il fut à sa surprise approché par des hommes fort bien introduits dans les milieux diplomatiques à propos d’une « affaire » qui devait viser la Syrie. Ne comprenant ni n’admettant que ces non élus se mêlent de politique étrangère, le prudent Monsieur Dumas déclina l’offre.

Quand il vit s’enclencher le processus d’ingérence en 2011 juste après celui de l’Irak puis de la Libye (précisons que Dumas connaissait fort bien ces trois régimes qu’il qualifie de forts sans employer à dessein le mot de « dictature ») il fit aussitôt le lien. Et fut effrayé et confondu par tant de bêtise et de capacité de destruction. Sans peser ses mots tant le sujet est grave, il se montre d’une réelle dureté à l’égard de la politique étrangère française d’alignement sur les USA et Israël suivie par le duo Fabius Hollande. Soulignant à quel point cette vassalisation allait à l’encontre non seulement de la tradition diplomatique de notre pays mais aussi contre nos intérêts sur absolument tous les plans.

Assassinant la bien-pensance des journaux qui comme le Monde alignaient les mensonges et les bêtises (il n’emploie pas le terme de « propagande » mais fait davantage que le suggérer), réglant leurs comptes à cette armada de pseudos experts « poussant comme des champignons sur toutes nos chaines », il réserve un sort tout particulier au plus fumiste d’entre eux, à savoir Bernard Henri Levy, « dont on ne peut que parler tant il fait tout pour qu’on parle de lui ». Mettant sans langue de bois la question du sionisme et de la question palestinienne sur la table, il fait feu de tout bois en n’évitant aucun des tabous imposés, ne se laissant en rien dicter sa liberté de parole tout en demeurant parfaitement respectueux. Chez un vieux sage l’humour rosse a remplacé la véhémence, et Papy Dumas n’en manque pas.

Puis notre grand père dévoile, reculant dans le temps, le tableau d’ensemble, c’est-à-dire la stratégie de départ et ses différents chapitres. Qu’il illustre bien avec de forts nombreux exemples extrêmement bien choisis car simples à comprendre. En racontant notamment qu’en son temps les américains s‘étaient montrés quelque peu enclins à faire entrer la France de Chirac dans le Commandement de l’OTAN. Et qu’après avoir longtemps hésité celui-ci, avisé et malin, leur avait répondu : pourquoi pas si vous m’offrez en échange quelque chose. Quoi donc, demandèrent les diplomates de l’Oncle Sam ? Eh bien, le commandement sur le volet méditerranéen. Incluant donc sécurité d’Israël, ressources pétrolières et gaz.

Evidemment les pourparlers cessèrent aussitôt et on n’en reparla plus jamais à Chirac.

La partie la plus passionnante de cet interview est à la fin. Songez toujours nous conseille Papy Dumas, quand vous êtes pris dans le feu de l’actualité, à prendre tout le recul nécessaire afin de lier les évènements les uns aux autres sur la durée, pour voir le plan d’ensemble. Car celui-ci existe et demeure et demeurera fort longtemps à peu près le même, tant que le réel ne l’aura définitivement pas chassé. Ainsi vous vous tiendrez à la bonne distance de l’émotionnel et de la bien pensance qui sont les ennemies de la juste compréhension des choses. Et vous parviendrez à décrypter le dessous des cartes sur l’instant sitôt un évènement survenu, sans jamais vous fier a autre chose qu’à vos propres connaissances et votre propre capacité d’analyse. 

En d’autres termes, vous serez libres, et vous serez des hommes.


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