mercredi 26 avril 2017

Liberté Egalite Choucroute


Ce pays – le Paraguay – ou je vis depuis maintenant plus de deux mois, est une société humaine basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité jusque dans ses plus petits détails de la vie quotidienne.

Ainsi, dans pareil cadre, quand sans avoir la nécessité d’inscrire ces trois devises sur les frontons des bâtiments publics tout un peuple partage ce socle de valeurs de naissance, ériger des règles est inutile. Ainsi pouvons-nous, avec notre regard occidental, nous montrer les premiers temps stupéfaits de ce que nous observons. 

Les conducteurs et passagers de motos et scooters roulent presque tous sans casques, parfois à trois ou quatre sur un même engin, parfois en portant des planches de trois mètres de long en travers de la voie. Les voitures se garent un peu n’importe comment sans avoir besoin de l’indiquer par un clignotant, et tournent à droite ou à gauche de la même façon. Très peu klaxonnent, vu que le trafic, en apparence soumis à un joyeux bordel, est fluide et que personne ne cherche à doubler qui que ce soit. On double d’ailleurs par la gauche ou par la droite selon ses envies sachant que la plupart des routes sont à sens unique. Il n’y a pas de limitation de vitesse pour la simple raison que personne n’appuie à fond sur le champignon. Avec ça il y très très peu d’accidents.

Le soir, de grosses caisses dont les coffres ont été équipées de sonos dignes de clubs traversent la ville et s’arrêtent ou bon leur semble, notamment à coté de maisons dont les occupants sont endormis, avec la musique poussée à fond, et personne jamais ne se plaint. Les ordures sont jetées a même le trottoir et tôt ramassées par des fonctionnaires qui sont ici en nombre et nettoient ce que chacun laisse trainer.

Les gens débarquent à n’importe quelle heure chez toi et viennent souvent avec de petites victuailles. Il n’y a pas d’heure pour cela, y compris la nuit on peut venir frapper ou sonner, même si dans l’ensemble personne n’exagère c’est permis. Personne ne vient t’emmerder si tu fumes ou si tu bois, les paquets de clopes sont vendus à moins d’un euro, l’Etat ne prélève aucune taxe dessus et il n’y a pas de campagne anti-tabac. Dans ce pays peu fument, ce n’est pas nécessaire. Ca picole pas mal, de la bière surtout, mais jamais de tapage nocturne, même bourré le paraguayen sait se tenir.

On ne parle généralement pas politique même si c’est parfaitement autorisé, seulement les gens ont autre chose à faire que commenter un truc qui leur semble très éloigné de leurs préoccupations quotidiennes, lesquelles préoccupations ne sont vraiment pas graves à leurs yeux. De problèmes on ne parle jamais, on les résoud, en famille et entre amis.

Quand le gouvernement va trop loin, on sort a dix mille toute la nuit, on tient face aux forces de l’ordre et on fout le feu au Parlement (comme ça eut lieu a Asunción le mois dernier) et le gouvernement recule – jusqu’à la combine d’après.

Cette société (j’aimerais presque parler de « civilisation » tant ils sont « civilisés ») est basé sur le contraire de la norme, de la coercition, du flicage et de la compétition de chacun avec chacun.  Ça marche extraordinairement bien, d’autant mieux que le reste du monde les ignore complètement, eux qui sont coincés entre Brésil, Pérou, Chili, Bolivie et Argentine et qui sont fort heureusement préservés de ce fléau qui se nomme tourisme de masse. Pas un hasard si de nombreux dignitaires nazis ayant fui l’Allemagne en 1945 sont venus se réfugier ici. Ici, tout le monde te fout une paix royale.

La multiplication des règles m’apparait au contraire de toute l’éducation que j’ai à mon corps défendant reçu le gage d’une société frileuse et repliée sur elle-même, ou l’on veut étouffer la liberté de la plupart au profit d’un petit nombre. Ces normes sclérosantes me font penser à ces maisons ou on ne peut arriver qu’après avoir prévenu, et dans lesquelles, sitôt entrés, on doit obéir a mille caprices de la maitresse de maison « parce que Madame pense que ».

Des comme ça on en connait tous. Pour ma part, être invité chez quelqu’un qui a peine touché un verre a envie de me taper sur les doigts et m’imposer sa vision étriquée de la liberté « parce que je suis chez moi et que c’est comme ça » ne m’intéresse en rien. Je n’ai tout bonnement plus envie d’y mettre un pied, dans ces geôles ou on doit signer un bon d’autorisation pour pouvoir respirer ou ouvrir la bouche.


A partir d’un certain âge plus utile de transiger : ma liberté avant tout, et si la tienne consiste à limiter la mienne, basta. Je préfère encore jeter mes mégots par terre et regarder cet homme payé pour le balayer. Au moins lui et moi nous nous complétons. Et je préfère mille fois ce bordel harmonieux à cet ordre auquel tu t’es tant et tant enchaîné que songer le quitter te fait avoir des sueurs froides. 




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