samedi 22 avril 2017

Laissons les commentateurs commenter


Ecrire et publier chaque jour et être lu par quelques centaines ou quelques milliers (merci agoravox !) de lecteurs, la plupart inconnus, implique à mon sens une règle de conduite fort simple : rester en dehors de tout débat, ne pas réagir aux commentaires, fussent-ils vulgaires, accusatoires ou agressifs, et poursuivre vaille que vaille au même rythme On ne peut à mon sens être à la fois dans le fleuve et sur les berges Et je me surprends à cultiver, non pas de l’indifférence face aux réactions suscités par mes textes (que ce soit mon roman ou ces tribunes, ou certains billets plus personnels destinés à mon blog seul), mais à distance. Et ce quelle que soit la réaction, de la plus enthousiaste à la plus acerbe. Réactions il y a et donc lectures et cela seul importe. C’est en soi bien, c’est un fait quantifiable qui plus est.

Une œuvre un texte, un film, une pièce de théâtre, sitôt qu’ils sont portés à la connaissance d’un public, sont aussitôt récupérés par celui-ci qui en fait « son œuvre ». Un texte fonctionne comme une projection ou la lecture traduit son lecteur et non son auteur. Cette « évidence » qui n’en est en toute vraisemblance pas une pour beaucoup de ceux qui m’interpellent ici ou là et ne parviennent pas à me faire sortir de ma réserve explique la nécessité de se taire.Ne serait-ce qu’au nom de la liberté d’expression et la liberté tout court. Les réactions (toutes sans exception) je les lis, les survole, certaines me font plaisir, d’autres me distraient, les agressives, les donneuses de leçons surtout, les trolls… Je regarde les chiffres, leur évolution dans le temps, les systemes de notation par étoiles quand il y a, les partages ici et la des tribunes, le bouche-a-oreille dingue pour mon Sundance (qui vient pour le 1er tome de dépasser les 2000 exemplaires vendus et dont le 2e prend le meme chemin). Je regarde le résultat un peu comme le ferait un producteur : en chaussant les lunettes et et en regardant le box office.



Cela fait un bail que dans les écrans de télévision les commentateurs ont pris le pouvoir. Pujadas (qui n’est qu’un homme tronc) s’estime aussi voire plus important que tous ceux qu’il interviewe. Chez Ruquier, les roquets prennent son et lumière et étouffent les invités en les assommant de non questions auxquels ils sont sommés de répondre comme au tribunal. Qu’a fait Moix, sinon quelques romans anodins, deux trois téléfilms Canal plus et flatter BHL dans sa vie ? C’est devenu la norme, on applaudit, on lèche, on tacle, on ricane …  tout en ne laissant absolument rien derrière soi que du vide. En 1983 au Festival de Cannes, Isabelle Adjani, qui présentait alors L’été meurtrier, s’était attirée les foudres des photographes parce qu’elle refusait de jouer leur jeu d’harcèlement. Ils lui firent payer le prix fort : mais au bout du compte de qui se souviendra-t-on ?

On ne se doit, ce me semble, y compris quand on se connait quelque peu, rien. Rien n’est dû, ni pour les uns ni pour les autres. Chacun est libre, de lire ou pas, de publier ou pas, de comprendre ou pas, de commenter ou pas. Chacun peut s’exprimer comme bon lui semble, et je ne censure rien, pas même quelques expressions racistes ici et là sur certains de mes billets. Au contraire, les laisser là où elles sont met les auteurs (anonymes) sous les feux de la lumière. Cette opinion existe, l’interdire la renforce, j’en suis persuadé.

Donc chaque jour (ou presque). Chaque jour. Et ce des années durant. Vous n’êtes pas au bout de vos peines, et moi je suis au commencement de mon plaisir.

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