samedi 15 avril 2017

Amélie Poulain est un chromo et rien de plus (Lettre à Jules)


La photographie maculant ce livre que j’ai écrit qui t’était dédié ayant disparu en moins de 48 heures comme par enchantement de la toile, j’en ai donc déduit ce qu’il fallait. La menace a fonctionné illico.

Poussant le raisonnement un peu plus loin je me suis demandé : quelle est la logique sous-jacente et donc inconsciente (ou tout du moins extrêmement mal réfléchie) de cette abêtissante et juvénile provocation venant après 5 mois non-stop de paix des braves (comme on dit dans le jargon militaire) ? Qui survient au début du printemps après un hiver désastreux pour toi et surtout pour ton ego - pour des motifs qu’il est inutile de te rappeler.

J’en suis arrivé sans trop de mal à me formuler ceci : ce jeune enfant roi frappé au cœur de sa supposée supériorité de manière publique par réaction (réponse du berger pour ce dernier point) semble, sans le savoir, chercher à sous-traiter ce qu’il ne peut faire lui-même faute de méthode et surtout de courage : casser cet ego qui l’a détourné d’un des épisodes sans doute les plus durs à avaler de sa toute jeune existence, mais à ce jour le plus fort. Celui ou la meilleure partie de lui-même s’est révélée, celle d’un homme amoureux placé face à ses retranchements – jusqu’à la plus que probable répétition d’un trauma originel un certain soir d’anniversaire.

Il y a du masochisme et un aspect « quête absurde » dans cette attitude en apparence illisible pour quiconque est clair dans sa tête. Et pourtant cela fait sens. Chercher dans des mecs le substitut paternel manquant, chercher la source d’admiration et les leçons qui vont avec tout en les récusant par principe parce qu’à l’origine papa est donné comme mauvais et m’a abandonné : c’est simple à lire et donc à comprendre pour qui connait l’âme humaine et ses méandres. Et donc dans ce cas récent (celui de la photo censée réveiller papa en mode fouet), chercher inconsciemment la punition, l’appeler inconsciemment. Comme le fait un gosse pour tester ses limites. Provoquer l’adulte en jetant sa fourchette par terre. Tout en réclamant son attention.

Je me souviens de ce petit garçon qui par deux fois s’est littéralement effondré quand je lui ai dit chez moi « je te quitte ». Ayant sur l’instant fait le lien avec la source de ton histoire personnelle je n’ai pas eu la force de t’imposer cela une 2e fois d’où mon retournement d’alors. Ce soir-là j’ai enfin vu l’enfant sous le masque du jeune adulte, et loin de le prendre en pitié me suis finalement interdit de le blesser en plein cœur. Préférant finalement le laisser lui-même mettre le terme là où il le pouvait, plutôt que prendre le risque d’ouvrir en grand une plaie saignante à un bien jeune âge. J’ai, je le pense toujours, bien agi. Un adulte fut-il un homme blessé ne peut imposer cela a un si jeune homme en conscience.

Faire donc payer à d’autres ce que tu ignores et penses avoir subi sans le savoir, sans en être conscient, tout en le niant. Puisque tu fus élevé en enfant roi, cela ne t’est tout bonnement pas possible de réaliser actuellement autre chose que ce qui te fut donné sitôt que tu fus en âge de comprendre le langage. Ce qui conduit donc à la construction d’une cage intérieure ou tu en entraines d’autres qui ont l’âge de papa, qui eux ont aussi leurs problèmes, mais certainement par le tien. Mépriser ton père comme tu le fais tout en recherchant son image et son substitut : sacrée problématique …

Que je sois encore plus clair : ton comportement hiératique pour ne pas dire tordu sur le plan affectif comme tes deux personnages crée une impasse ou tout le monde y perd, mais toi surtout. Le premier : masque de suffisance et de cynisme, le mec qui se la joue à l’aise en société, le mec qui casse les gens dans leur dos (tu es d’une incroyable dureté dans tes propos des lors que les gens ne sont pas en ta présence, tu juges, toi qui n’as encore rien fait du tout dans ta vie sinon avoir été adulé : et ça tu le caches bien, très peu le savent) : bref, cette espèce de fiction de toi qui peut devenir toi. Et le second, profondément opposé au précédent, subtil, hyper sensible, prêt aux plus belles choses et aux plus belles émotions.
Ces deux personnages, le vrai et l’ersatz, ces deux toi qui font plus que s’opposer, se contredisent et s’annulent : un jour cela va imploser. Mais c’est à toi de faire le travail, pas à d’autres, certainement pas. Il va te falloir descendre de tes échasses en carton, celles-là que je fus le premier à scier avec tout le sang-froid requis pour détruire une illusion dangereuse.

En l’état actuel tu as tout d’une grenade dégoupillée pour quiconque entre affectivement dans tes rets. Or les gens ne sont pas là pour répondre à tes besoins ou à tes manques. Si tu ressens un manque, une blessure originelle, comporte-toi comme un homme. Va directement à la racine du manque, va voir ton père et pars a sa rencontre. Aie ce courage de mettre en doute l’histoire qui est celle de tes origines et dont il te manque une moitié déterminante. Et ramène-en de quoi combler ce trou. Quelle que soit la réaction de ton père, bonne ou mauvaise, ouverte ou fermée, tu en tireras de la force pour ton avenir, et la fierté d’avoir su agir. Au lieu de t’abaisser ainsi à un niveau indigne et où tu te perds en demandant à d’autres de combler le manque par trips sado maso interposés. Ou tu en viens à mentir, à tromper, à trahir, et in-fine à souiller ce qu’il y a de meilleur en toi tout en feignant d’être une victime. Il faut choisir son camp : soit on est cynique ou on l’est tout le temps soit on ne l’est pas.


A mon niveau dans le droit fil des mois précédents, bienveillante distance mais distance surtout. Ne te fais aucune idée fausse : je reste fidèle et reconnaissant à celui des débuts mais atterré et désolé de ce chemin de facilité que tu prends. Assister à un cycle naze d’un type vraiment bien à la base ne donne pas vraiment d’envie de le revoir en l’état ou même d’avoir indirectement la moindre nouvelle. Je préfère o combien conserver le meilleur par devers moi et espérer le réveil, fut il tardif, d’un petit bonhomme parmi les plus attachants et intelligents qu’il m’aura été donné de connaitre. Amélie Poulain est un chromo et rien de plus.


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